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M. Ali Haroun à notre forum de la mémoire : « les valeurs de la révolution algériennes sont universelles »

Durant la glorieuse Révolution de Novembre, ses artisans avaient pris la décision d’ouvrir, au cœur de la métropole, un second front.

PUBLIE LE : 17-10-2017 | 0:00
Ph : Louiza M.

Durant la glorieuse Révolution de Novembre, ses artisans avaient pris la décision d’ouvrir, au cœur de la métropole, un second front. Objectifs, transférer la lutte armée sur le territoire du colonisateur, et encadrer les 300.000 Algériens issus de l’émigration. Et si l’action de la 7e Wilaya a réussi au cœur de l’Hexagone, c’est grâce à une organisation polico-militaire redoutable et aux amis de la Révolution organisés en Réseaux.

Le 17 octobre 1961, à Paris, capitale des droits de l’homme, des dizaines de milliers d'Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. La réponse policière sera terrible. Des centaines d’Algériens  sont exécutés. Des corps sont retrouvés dans la Seine. L’horreur rappelle les massacres du 8 mai 1945. Si, à l’époque, la censure est instauré comme raison d’État, des voix d’anticolonialistes s’élèvent pour dénoncer cette barbarie. Les anticolonialistes qui ont soutenu la cause algérienne sont très nombreux. Et, justement, pour la commémoration de cette journée, baptisée journée de l’Emigration, le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’association Machaâl Echahid, a remis au jour les sacrifices de ce que l’on appelait les «Porteurs de valises». Parmi les réseaux de soutien à la Révolution, les plus connus, c’est le réseau Jeanson. Un réseau fondé par le philosophe Francis Jeanson, le 2 octobre 1957. Constitué de 500 membres, ce réseau se chargera, jusqu’à son démantèlement par les services français en février 1960, à héberger en secret les militants du FLN, transporter les armes et les fonds collectés auprès de la communauté algérienne en France et en Europe. Pour évoquer le souvenir de ces hommes et de ces femmes, qui, par devoir de lutte contre la servitude coloniale, se sont rangés aux côtés d’une cause juste, qui mieux que Ali Haroun et Akila Ouared. Le premier a été un des dirigeants de la Fédération de France du FLN, et la moudjahida qui a été agent de liaison activant dans la Wilaya 7. Plus de 60 ans après, Akila Ouared est toute intimidée devant Ali Haroun, qui a été son supérieur durant la guerre de Libération. «Le frère est là pour en témoigner», c’est l’expression qui revient sans cesse dans la bouche de cette militante de la première heure. Dans son récit, devant des élèves du centre de formation professionnelle Hassiba- Ben-Bouali, elle dit qu’elle a compris l’horreur du colonialisme, le 8 mai 1945. Elle n’avait que 9 ans, mais le génocide à ciel ouvert commis par les forces coloniales avait éveillé en elle un sentiment d’injustice.
À l’école, on lui apprenait que nos ancêtres étaient des Gaulois, les Algériens étaient appelés à défendre la France contre les nazis. Mais, ce 8 mai 1945 a fait découvrir le vrai visage de la France coloniale. Le peuple algérien avait compris que la libération ne passe pas par des promesses, mais par une lutte armée. En France, Akila Ouared, fille de syndicaliste, adhère à la Fédération de France du FLN. Avec d’autres femmes, elles sont agents de liaison, porteuses de valises et même poseuses de bombes contre des cibles stratégiques.
L’objectif n’était pas de s’attaquer au peuple français, mais d’attirer l’attention sur les souffrances du peuple algérien spolié de ses terres, de son identité. Pour Mme Ouared, la Wilaya VII a été une grande école d’apprentissage dans la stricte clandestinité, mais qui a permis aussi d’acquérir un sens élevé de la fraternité.
Ces femmes, sous la bannière du FLN, ont mené leur front sur le sol français, comme elles ont réussi à faire adhérer à la cause algérienne, des intellectuels et des artistes français.
Des humanistes, comme Francis Jeanson, qui, disait-il, voulait «libérer la France de sa boursouflure coloniale». Et ils étaient nombreux, ceux qui se considéraient comme l’honneur de la France. Et à propos de ceux qui se présentaient comme l’autre face de la France, Ali Haroun, responsable de la Fédération de France du FLN, leur a rendu un hommage appuyé. Ces hommes et ces femmes ont gagné le titre d’amis de la Révolution, car ils qui n’ont pas lésiné sur les moyens pour apporter aide et assistance aux militants algériens en France, et dans d’autres capitales européennes. Tous ces hommes et femmes sont venus de divers horizons, le monde du cinéma, du barreau, intelligentsia, dont des professeurs à la Sorbonne… et notamment le philosophe Francis Jeanson, qui avait commencé à alerter l’opinion française sur ce qui se passait en Algérie dès 1955, avec son livre l’Algérie hors la loi. Ali Haroun dit que le soutien indéfectible apporté par Francis Jeanson et ses amis à la cause algérienne, dès 1957, à travers le réseau des porteurs de valises, reflétait l’adhésion d’hommes libres à une Révolution humaniste.
Il est également revenu sur l’engagement désintéressé d’Européens envers la cause algérienne, en mettant en exergue les sacrifices et le courage dont ils avaient fait preuve, parfois au péril de leur vie, en abritant chez eux des militants activement recherchés par la police. «Ils nous assuraient l’hébergement, le transport et la collecte d’argent.»
À ce sujet, il rappelle le soutien apporté par Henri Curiel, ce juif égyptien, militant communiste et anticolonialiste. «Grâce à lui, dit Ali Haroun, car il était le fils d’un banquier, nous avons pu transférer l’argent des cotisations vers des banques suisses.»
Et de là, l’argent était acheminé vers le Caire, Tunis et la Syrie. Ali Haroun évoqua les autres réseaux de soutien, dans d’autres pays européens, en Belgique, en Suisse en Tchécoslovaquie... par ailleurs, Ali Haroun dit que les cotisations de l’émigration, estimées à 20 millions de francs en 1957, avaient atteint, entre 1958 et 1959, 600 millions de francs. C’est ce qu’a constitué le nerf de la guerre. En conclusion, Ali Haroun dit : «La Révolution algérienne est une grande épopée, avec une dimension universaliste.»
 Nora Chergui


 

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