mardi 24 octobre 2017 06:37:53

Arts plastiques, Katia Challal à la fondation culturelle « Ahmed et Rabah Asselah » : Ombres et lumières

Des œuvres inscrites entre image et langage

PUBLIE LE : 12-10-2017 | 0:00
D.R

Bénit soit le jour où la galerie de la Fondation culturelle «Ahmed et Rabah Asselah» a repris du service, car, nonobstant les autres espaces artistiques qui ne déméritent pas, elle nous donne à voir ce qu'il y a de meilleur dans la production artistique algérienne. Ici, une exposition de l'artiste peintre Katia Challal qui interroge le passé, tout en le transcendant par la dimension contemporaine de ses travaux.

Investiguant le thème de «l'Appel / Rappel» à tendance moderne, voire post moderne, se demandant si ce fil conducteur, en ce début largement entamé de troisième millénaire, n'aboutit pas à une impasse, ou s'il ne subit pas moins une radicale transformation, et analysant le rôle dont s'investissent acteurs et intervenants dans ce processus historique, Katia Challal semble suggérer que, dans bien des cas aujourd'hui, l'artiste rejoint quelque part l'historien en repensant la fonction de l'art et en remettant en question les prétentions  traditionnelles à l'autonomie esthétique.
L'artiste global, selon Katia Challal qui est native de France et partage sa vie entre l'hexagone, la ville de Montréal et l'Algérie, pays de ses parents et ancêtres, se rendrait donc au musée ou en galerie non plus pour y étudier des œuvres mais pour envisager l'histoire : il (l'artiste global) reconnaît l'historicité des cultures passées afin de prendre conscience de sa propre historicité. Et la plasticienne d'estimer qu'ainsi l'intérêt anthropologique prend bien souvent le pas sur l'intérêt esthétique.
Le débat est pour une bonne part sous-jacent lorsqu'on aborde les œuvres exposées de l'artiste plasticienne. Ici donc, suivant un «protocole» bien précis, sciemment préétabli par celle-ci —qui, tenez-vous bien, peint presque exclusivement avec ses mains— et qui d'ailleurs fera ultérieurement l'objet d'un entretien, pour reprendre les termes communs aux critiques d'art —s'agissant d'un projet ayant pris naissance au Canada ou d'un retour aux sources en Kabylie à travers la rénovation de la maison parentale, lesquelles  démarches s'imposent comme garantes des véritables intentions de l'artiste—, Katia Challal interpelle le spectateur à travers une trentaine de toiles fragmentées en des séries thématiques dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles dégagent, à travers des œuvres très contrastées, faites d'ombres et de lumières, épurées à l'envi, une impression aérienne, à la limite de l'évanescence.  

Des œuvres inscrites entre image et langage

L'artiste plasticienne remet ainsi la modernité en jeu, au propre comme au figuré. Si indubitablement ses travaux sont un indice de plus d'une modification de la pratique artistique en regard de la pratique sociale de l'art, pas seulement par le statut des spectateurs et le sien propre, Katia Challal ne se substitue pas à la critique, même si elle la met quelque peu en scène. Sans doute, ses œuvres, ses «images» épurées jusqu'à l'abstrait, voire les exclamations élogieuses qu'elles suscitent, ne se donnent pas pour des commentaires ou des descriptions de réalités autres, puisqu'elles sont la substance même de l'œuvre, parce qu'elles ne visent qu'à faire l'œuvre.
Le jeu est néanmoins ironique dans les deux sens du terme car l'artiste plasticienne se veut avant tout observatrice, sceptique, cherchant à définir sa propre pratique artistique, interposant les séries thématiques qu'elle réalise tout en restant fidèle à la sphère de la quête ancestrale, un peu comme si elle voulait appréhender le temps tout en sachant bien qu'elle s'y inscrit en mouvement, dès lors également qu'elle fait fonction «d'interface» précisément face à cette contemporanéité-modernité qu’elle interroge directement par ses œuvres interposées. De ses diptyques dont «L'essence même» et «Monochrome gris» entre autres, Katia Challal semble indiquer que son intervention plastique est miroir ou même autoportrait parce qu'au-delà de son statut d'artiste plasticienne, existe également un rôle dans sa propre histoire, historicité de sa propre pratique artistique.
Pour tout dire, Katia Challal, sceptique, questionneuse, pratique la mise en «exergue» de son propre travail et de son questionnement. Celui-ci renvoie à la pratique en des œuvres inscrites entre image et langage, précisément quant à ce qu'il subsiste encore de ces énoncés performatifs qui ne sont pas sans rappeler les séries qui, elles aussi, mêlent langage et image. Le tout pour, en définitive, susciter un véritable régal pour les yeux. L’exposition se tient jusqu’au 28 octobre 2017.
Kamel Bouslama

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions