dimanche 22 octobre 2017 14:50:10

L’armement durant la Révolution, au Forum de la Mémoire : « Se servir dans les casernes françaises »

Tahar Hmaidia, Abderrahmane Bensalem, deux noms intimement liés au succès d’opérations de détournement d’armes des casernes de l’armée coloniale au profit de la Révolution.

PUBLIE LE : 11-10-2017 | 0:00
Ph. : A. Hammadi

Tahar Hmaidia, Abderrahmane Bensalem, deux noms intimement liés au succès d’opérations de détournement d’armes des casernes de l’armée coloniale au profit de la Révolution. Le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’association Machaâl Echahid, a évoqué, hier, le parcours révolutionnaire de ces deux héros méconnus qui se sont servis  dans les casernes françaises pour doter la Révolution en artillerie lourde.

Qui mieux que la moudjahida Leila Tayeb pour évoquer le souvenir du chahid Tahar Hmaidia. L’homme qu’elle a rencontré et épousé durant la Révolution. Ce baroudeur, né en 1931, qui a choisi comme nom de guerre Zoubir, est originaire de Tiaret. Comme tous les Algériens de sa génération, il n’a pu terminer ses études secondaires. Et comme les jeunes Algériens qui ont connu les affres de la colonisation, il s’est vu, au nom de la conscription, ou service militaire obligatoire, enrôlé dans l’armée française et entraîné dans des guerres qui ne concernait que la France.
Mais ce passage lui a permis d’apprendre les techniques de la guerre et le maniement des armes. De retour d’Indochine en 1955, il se voit affecté au poste de Sbabna (frontière algéro-marocaine) avec le grade de sergent. La Révolution entamait sa deuxième année, et les jeunes rejoignant les rangs de l’ALN, sont de plus en plus nombreux. Il tente, par tous les moyens, de prendre attache avec les responsables de la Révolution. Sa détermination à rejoindre le maquis finit par payer. Grâce à un ami, ll prit contact avec l’ALN. Mais il n’est pas question de rejoindre «les frères» les mains vides. Sergent dans une caserne de Sbabna, il réfléchit à la manière de déserter l’armée française en emportant le maximum d’armes. La préparation de l’opération durera plus de six mois.
Le choix du jour se portera sur un samedi. Parce que c’est le jour où la surveillance est allégée, et le chef de la caserne absent. C’est ainsi que le samedi 16 février 1956 fut choisi pour l’attaque de la caserne, suivie de la désertion d’une cinquantaine de soldats. Les héros prirent le chemin du maquis avec 20 mulets chargés en armes lourdes et légères. Ce fut un coup très dur pour l’armée française. L’écho auprès de la population fut retentissant. Et la Révolution ne fut que confortée. Ce 16 février 1956, Leila Tayeb est élève au lycée de jeunes filles d’Oran portant le nom Stéphane Gsell, baptisé à l’indépendance lycée El Hayet. Elle se souvient, qu’à l’époque, sur les 1.200 élèves que comptait l’établissement, 9 seulement étaient Algériennes. Elle se souvient de cette journée comme si cela datait d’hier. Elle n’avait pas eu écho de l’opération, mais ce jour, les colons et les pieds noirs étaient sortis dans la rue pour manifester à la suite de la mort de 16 soldats français, et qui devaient être rapatriés vers la France, via le port d’Oran. La mort des 16 soldats français avait provoqué un écho retentissant dans les médias. Au lycée, témoigne Mme Tayeb «on avait peur de la riposte». Elle se souvient que c’est la directrice du lycée qui l’avait cachée, elle et ses camarades pour la protéger des représailles. Cet épisode, avait déclenché chez elle un déclic, qui la poussera, à rejoindre les rangs de l’ALN. Concours de circonstances, elle va rencontrer, le capitaine Tahar Hmaidia, qu’elle épousera. Elle dira, que c’est son mari qui a réussi l’exploit de fournir les armes aux moudjahidine de la Wilaya V, et les autres wilayas. Des exploits d’une telle envergure, ils sont très nombreux, explique l’historien Mohamed Lahcène Zghidi. L’approvisionnement en armes constituait un véritable problème pour les dirigeants de la Révolution, surtout après la mise en place des lignes Challe et Morice. Il fallait trouver une nouvelle stratégie, celle de récupérer l’armement directement chez l’ennemi. Grâce à des hommes comme Si Zoubir et Abderrahmane Bensalem, la stratégie a payé. Mais qui est Abderrahmane Bensalem ? le commandant Bensalem, né en 1923 dans le douar de Chebna, commune de Aïn Kerma, est décédé le 9 octobre 1980 à Bouhendef. La vie du grand combattant Bensalem est jalonnée de hauts faits historiques et révolutionnaires. Au déclenchement de la Révolution, Si Abderrahmane était un officier de l’armée française dans le cadre des appelés, mais depuis il s’est dépensé pour pouvoir contacter les moudjahidine dans la région afin de pouvoir les rejoindre. Commandant une unité de soldats de l’armée coloniale, une nuit en compagnie d’autres nationalistes, il retourne les armes contre ses éléments et rejoint les rangs de l’ALN en 1956 dans la région de Kroun Aïcha dans la commune de Bouhadjar (El Tarf). C’était, dit-on, un combattant très dangereux et intransigeant qui n’acceptait aucune forme de compromission. Ce fut un stratège, intelligent et à la une vision claire. Ses qualités lui ont permis de conquérir l’estime de tous ses compagnons.
 Durant la Révolution, il a assuré le commandement de l’acheminement des armes et de toutes les opérations militaires dans la région nord, notamment les Wilayas II, III et IV. Lors de la bataille de Bouhendef, il avait perdu un grand nombre de ses hommes, et notamment amis. Cela l’a énormément affecté. Après l’indépendance, il avait occupé de hauts postes de responsabilité, dont la direction de l’Académie Interarmes de Cherchell. En 1980, des gardes forestiers découvrent des ossements de chouhada, ou a eu lieu la bataille de Bouhendef (wilaya de Taref). Il est alors sollicité par les autorités locales. Sur les lieux, il commence à appeler ses hommes, ceux qui étaient tombés au champ d’honneur. Il les appelait par leur prénom, donnait des ordres... puis il s’est affaissé par terre. Le destin a voulu qu’il rende l’âme là où il avait perdu ses hommes en héros.
Nora Chergui
 

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions