Projet de loi de finances 2018 à l’épreuve des réformes

Intervenant, à l'issue de l'examen du projet de loi de finances pour 2018, le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a relevé que ce projet de loi de finances apportera les moyens nécessaires à la mise en œuvre du Plan d'action adopté par le Parlement.
PUBLIE LE : 07-10-2017 | 0:00

Intervenant, à l'issue de l'examen du projet de loi de finances pour 2018, le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika,
a relevé que ce projet de loi de finances apportera les moyens nécessaires à la mise en œuvre du Plan d'action adopté par le Parlement.

Le Président Bouteflika a insisté sur le dynamisme dont devra faire preuve le gouvernement, pour traduire son Plan d'action en résultats concrets continus, autant pour répondre aux attentes sociales de notre peuple, mais aussi pour accroître la croissance, la création d'emploi et la diversification de l'économie nationale. Se référant à l'augmentation substantielle du budget d'équipement pour 2018, le Chef de l'État a relevé que cette situation, dictée par des circonstances objectives, devra être une exception, et que l'acheminement graduel vers l'équilibre des finances publiques devra être reflété, dès l'année prochaine, à travers une baisse du budget de l'État qui sera inscrit dans le projet de loi de finances pour 2019. Le Président de la République a également demandé au gouvernement de diligenter l'élaboration du texte réglementaire par lequel sera institué un mécanisme indépendant de suivi des emprunts du Trésor auprès de la Banque d'Algérie, ainsi que du suivi de la mise en œuvre des réformes structurelles économiques et financières, devant permettre un retour rapide à l'équilibre des comptes publics et de la balance des paiements extérieurs. Rappelons que ce mécanisme indépendant fera régulièrement rapport au Chef de l'État. Dans ce sens, le programme de réformes structurelles économiques et budgétaires, qui va accompagner la mise en œuvre du financement non conventionnel, conduira au rétablissement des équilibres du  budget de l'État et de la balance des paiements, au terme des cinq années prévues par le projet de  loi de finances, c’est ce qu’a indiqué le ministre des Finances, M. Abderrahmane Raouya, au Parlement. Dans un tel contexte, et pour sortir de la dépendance aux fluctuations du prix du baril, de nombreux rapports d’experts insistent depuis plusieurs années déjà, sur la nécessité pour l’Algérie de diversifier son économie. Revenant sur quelques indicateurs financiers qui montrent la vulnérabilité de la situation financière du pays, du fait de la  détérioration des prix du pétrole et de l’épuisement du Fonds de régulation des recettes (FRR), il rappellera que les exportations algériennes des hydrocarbures sont passées de 60,3 milliards de dollars (mds usd), en 2014, à 18,7 mds usd au cours des sept premiers mois de l'année 2017. L’Algérie devra clôturer l’année en cours avec 31 mds usd d’exportations  d’hydrocarbures. La fiscalité pétrolière recouvrée jusqu'à juin 2017 était de 1.100 mds DA, soit 60% de celle recouvrée à la même période en 2014, alors que les réserves de changes du pays devraient descendre en passant de 105 mds usd à  fin juin 2017 à 97 mds usd à la fin de l’année en cours. Parallèlement, le FRR s’est totalement épuisé en février 2017, après avoir couvert 8.800 mds DA de déficit du Trésor durant les exercices 2014, 2015 et 2016. La contraction des ressources financières du pays s’est traduite par un fort recul des dépenses d’équipement entre 2005 et 2016, mais avec une croissance soutenue des dépenses de fonctionnement composées à hauteur de 80% de salaires et de transferts sociaux, a-t-il relevé.

Un coup dur

La chute des prix du pétrole, amorcée mi-2014, a porté un coup dur aux finances publiques qui dépendent très largement de la manne pétrolière à hauteur de 95% de ses recettes extérieurs et 60% du budget de l’État. Un paradoxe, quand on regarde les indicateurs macroéconomiques. C’est que de l’indice des prix jusqu’au taux de croissance, le tableau de bord était plus rassurant. De tous les pays exportateurs de pétrole, l’Algérie est celui qui souffre le moins de la baisse de ses revenus pétroliers, au début de la crise. Mais son économie peu diversifiée manque d’oxygène, et arrive de plus en plus difficilement à mieux digérer la crise. La chute vertigineuse des prix de l’or noir, au cours de ces trois dernières années, a alourdi les finances publiques, très dépendante du pétrole. Contre toute attente, pour amortir le choc, en l’absence d’une réelle diversification économique, le pays continue de puiser dans ses réserves de changes. Il convient de rappeler que dans leurs rapports, les institutions financières internationales (FMI et Banque mondiale) avaient relevé la solidité de l’économie algérienne face à la tempête pétrolière. Solidité qui vient, selon le FMI, de la politique de prudence budgétaire, à laquelle vient s’ajouter le maintien des grands équilibres macroéconomiques durant une bonne dizaine d’années et des grands travaux d’infrastructures, dits structurants.  
Cela dit, en raison de la persistance de la crise, les deux institutions s’inquiétaient de la vulnérabilité du pays et pointaient du doigt l’utilisation accrue des réserves de changes en raison de l’inflation, de la dépréciation du dinar et du financement du déficit public.
Aussi, dès son retour aux affaires, le Premier ministre, M. Ahmed Ouyahia, a indiqué qu’il compte conduire une politique de diversification économique et de développement du secteur privé qui vient s'appuyer sur une vision stratégique de long terme : la vision nationale pour l’Algérie 2030, qui est un programme d'investissements publics considérables.
Toutefois, au regard de la situation financière difficile que traverse le pays, depuis mi-2014, en raison de la chute des prix du pétrole, la priorité est de permettre à l’économie de garder la tête hors de l’eau, avec le concours que devraient apporter tous les acteurs au gouvernement, pour la détermination des grandes orientations de l'avenir de la nation et des objectifs à moyen et long termes de son développement économique, social, culturel et environnemental, et contribuer, par ailleurs, à la préparation des réformes structurelles décidées par les pouvoirs publics.
Dans ce sens, le recours au financement non conventionnel se veut, selon ce qu’a expliqué le ministre des Finances, un soutien aux investissements, pour permettre à l’économie de poursuivre sa mue, entamée déjà dans le cadre d'un vaste programme de réformes, avec la volonté que diversification de l'économie et développement social aillent de pair.

Transition vers une économie diversifiée

Une transition vers une économie diversifiée sera fort bénéfique, tant pour les revenus publics du pays, que pour lutter contre le chômage. Mais il faut encore que ces différentes ouvertures du pays sur le marché international se traduisent par des situations positives de la balance commerciale. Outre la promotion de l’industrialisation, dans le cadre du partenariat public/privé, les pouvoirs publics misent sur les grands projets du pays, que la route transsaharienne prévue, pour être finalisée en 2018, fera de l’Algérie «le moteur de croissance du continent et une plateforme d’exportation vers l’Afrique». Le mégaport d’El-Hamdania sera mis en service en 2020 pour relier l’Algérie au reste du continent, à l’Asie du Sud-Est et aux Amériques. L’Algérie met aussi en avant son potentiel énergétique, et son ambition de diversifier son économie, afin d’atteindre une croissance de 7% hors hydrocarbures. Il faut rappeler que le FMI avait invité les autorités à «être vigilantes» devant un taux de chômage des jeunes très élevé. Le tableau de l’économie algérienne n’est pas sombre.
Le pays, dont l’économie dépend, pour beaucoup, des ressources pétrolières, a su, selon lui, «résister au contre-choc pétrolier». Une performance qui ne suffit pourtant pas, estime le FMI, qui décèle cependant chez les autorités algériennes, «une vraie volonté de s’engager dans la voie des réformes économiques, pour permettre une croissance pérenne qui soit la plus inclusive possible et qui permettra de donner du travail aux jeunes, sans que cela soit soumis aux aléas de la conjoncture pétrolière».
Il faudrait pour cela que l’économie se diversifie afin de promouvoir des emplois indépendants de la conjoncture du prix de pétrole. Des mesures ont été engagées pour mieux faire face à la situation. Spécifiquement, elles visent à contrôler le déficit commercial en bloquant les investissements dans certains secteurs et en imposant des mesures restrictives sur les importations. Des quotas sont désormais appliqués aux véhicules, au ciment et aux matériaux de construction.

Mobilisation de toutes les énergies

Dans le secteur des hydrocarbures, le PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, a affirmé qu’il urge que des réformes profondes soient opérées dans le secteur du pétrole et du gaz afin d’attirer davantage d’investisseurs, d’optimiser la production et de compenser la chute des prix du pétrole qui a gravement affecté les recettes publiques. «Nous demandons au gouvernement de rendre plus attrayant le secteur algérien des hydrocarbures. Les taxes et le cadre juridique doivent, notamment être modifiés», a-t-il expliqué. Il a aussi déploré le fait que certaines entreprises étrangères rechignent à investir dans le secteur, à cause de la lourdeur administrative, des conditions contractuelles difficiles et des problèmes de sécurité. D’ailleurs, plusieurs projets ont été déclarés non viables, pour ces raisons. Il faut aussi noter que des projets de développement phare sont actuellement en souffrance au sein de l’administration, en raison de ces problèmes. Pour le Président Abdelaziz Bouteflika, il importe de poursuivre les efforts visant à la maîtrise des finances publiques et à la rationalisation des dépenses. Ceci afin de permettre à l’État «d’assumer pleinement ses missions au service des citoyens, notamment les plus démunis, et de diligenter la diversification économique, grâce à laquelle le pays se libérera, à moyen terme, de la dépendance des hydrocarbures», a-t-il déclaré. À cet effet, le gouvernement algérien entend poursuivre la réduction du déficit en 2018 et 2019. Avec un objectif chiffré de 400 milliards de dinars de déficit (3,6 milliards $), en 2019, soit à peine 2% du PIB. Il convient de rappeler que les autorités algériennes tentent de pallier les effets engendrés par l’effondrement des prix du pétrole sur l’économie du pays. Dans le cadre de la célébration du 60e anniversaire de la Journée nationale de l'étudiant, Abdelaziz Bouteflika, le Président de la République, a appelé la jeunesse de son pays à se mobiliser, pour l'édification d'une économie moins dépendante des hydrocarbures. «Aujourd'hui, plus que jamais, il est temps que notre jeunesse, en général, et notre élite, en particulier, se mobilisent pour être à l'avant-garde de l'édification d'une économie affranchie de la dépendance excessive aux hydrocarbures, et pour que nous puissions assurer la poursuite du processus de développement socio-économique qui a connu, jusque-là, un parcours remarquable», a t-il exhorté.
Farid Bouyahia
 


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