Le ministre des Finances à l’APN : « Décentraliser davantage l’acte d’investir »

«Le recours au financement non conventionnel sera accompagné de réformes structurelles importantes portant sur le cadre institutionnel et fiscal», a fait savoir M. Rouya, au cours de son intervention à l’APN.
PUBLIE LE : 07-10-2017 | 0:00

l PAS DE DÉRIVE INFLATIONNISTE
l Projet de loi sur la monnaie et le crédit :examen des amendements aujourd’hui et vote demain

«Le recours au financement non conventionnel sera accompagné de réformes structurelles importantes portant sur le cadre institutionnel et fiscal», a fait savoir M. Rouya, au cours de son intervention à l’APN.

Le ministre des Finances, M. Abderrahmane Raouya, qui a présenté, ce jeudi à l’APN, le projet de loi sur la monnaie et le crédit, a saisi cette occasion pour s’exprimer sur le projet de loi de finances pour 2018, approuvé en réunion du Conseil des ministres, présidé par le Chef de l’État, M. Abdelaziz Bouteflika. Lors de la séance plénière tenue sous l’égide de M. Saïd Bouhadja, président de l’APN, le ministre des Finances a soutenu que le PLF-2018 consacre davantage de décentralisation dans l’acte d’investissement.
Le maintien des efforts consentis dans le domaine de l’aménagement du territoire, la consolidation de l’offre foncière au profit des investisseurs, la promotion de la PME, ainsi que le renforcement de la production agricole font l’objet d’une batterie de mesures incluses, selon M. Raouya, dans le PLF-2018. Sur un autre volet, il fera savoir, à propos du budget de 2017, que seul un prix du baril à 70 dollars permettrait de réaliser un équilibre budgétaire, ce qui n’est pas le cas, puisque le prix du brut n’a même pas atteint les 60 dollars. Au sujet du financement non conventionnel prévu dans le projet de loi sur la monnaie et le crédit, le ministre a défendu cette option qui consolide la souveraineté nationale et permet d’éviter le recours à l’endettement extérieur, judicieusement prohibée par le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, dans ses instructions à l’adresse du gouvernement. «Il est vrai que la majorité des pays qui font face à des difficultés financières recourent généralement à l’endettement externe, mais notre expérience en la matière nous a poussés à privilégier l’endettement interne», a indiqué le ministre des Finances, rappelant l’expérience de l’endettement extérieur, vécue par le passé et pour laquelle l’Algérie a dû supporter un service colossal de la dette, en plus d’un déséquilibre dans la balance des paiements et d’autres répercussions négatives au double plan économique et social.

« Les réserves de changes devraient se situer à 97 mds USD à la fin de l’année »

«Le financement non conventionnel a été choisi comme solution, après épuisement de tous les moyens classiques en matière de couverture du déficit budgétaire», a-t-il encore appuyé. Il a cité, à ce titre, que les avances de la Banque d'Algérie au Trésor public, plafonnées jusque-là à 10% des ressources ordinaires, ont été de l’ordre de 276 milliards de dinars, en 2016, et de 280 mds DA, en 2017. Il a également évoqué les bénéfices de la Banque d'Algérie versés au Trésor ayant atteint 610 mds DA, en 2016, et 919 mds DA, en 2017. Le ministre assure, une fois de plus, que le financement non conventionnel autorisant le Trésor Public à emprunter à la Banque d’Algérie, pendant une période transitoire de cinq ans, comme le stipule le projet de loi, sera accompagné de réformes structurelles importantes portant sur le cadre institutionnel et fiscal, et obéissant à la logique de la rationalisation des dépenses. «Il faut que les plans d’investissements des grandes entreprises soient en adéquation avec leurs besoins réels. Il faut aussi respecter les dépenses budgétaires fixées à moyen terme», a recommandé, entre autres, le ministre des Finances. Les réformes structurelles évoquées par M. Raouya permettront le rétablissement des équilibres du budget de l'État et de la balance des paiements, au terme des cinq années prévues par le projet de loi. Dans son exposé face aux députés, il ne manquera pas de s’ exprimer sur la vulnérabilité de la situation financière du pays, en rappelant, notamment, que «la fiscalité pétrolière recouvrée jusqu'à juin 2017 était de 1.100 mds DA, soit 60% de celle recouvrée à la même période en 2014, alors que les réserves de changes du pays devraient descendre, en passant de 105 mds USD, à fin juin 2017, à 97 mds usd, à la fin de l’année en cours».

Orienter le financement non conventionnel vers l’économie productive

 Jeudi dernier, et au premier jour de l’examen du projet de loi sur la monnaie et le crédit par les députés, nombreuses étaient les interventions des élus. Certains ont mis l’accent sur l’importance des réformes structurelles à engager et dont l’aboutissement se décrit comme une condition sine qua non pour réussir le mécanisme du financement non conventionnel. D’autres députés ont beaucoup insisté sur la réforme du système bancaire, comme c’est le cas de Rahmani Khaled, du RND. Encourager l’investissement productif, faire valoir un environnement économique propice, ce sont quelques-uns des thèmes évoqués par les députés. Ils ont aussi mis l’accent sur la nécessité d’orienter le mécanisme de financement non conventionnel vers l'économie productive et les activités créatrices de richesse. Belkacem Sahli, de l’ANR, a estimé que la réussite de cette mesure, qui constitue la pierre angulaire dans la mise en œuvre du Plan d'action du gouvernement, est tributaire de son orientation vers le financement des activités productives. Mme Aïcha Touta, du parti TAJ, a estimé nécessaire d'exploiter ce mécanisme pour augmenter la production nationale et encourager l'investissement, en accordant la «priorité» aux secteurs de l'agriculture, des finances et des infrastructures commerciales. Pour sa part, le député Abdelkrim Meheni, du RND, a estimé que le financement non conventionnel n'est pas un mode de financement durable, mais une mesure provisoire et souveraine, dont l'objectif étant d'éviter au pays de recourir à l'endettement extérieur et de promouvoir les exportations hors hydrocarbures.
    Karim Aoudia


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