Crise catalane : nouveau casse-tête pour l’UE

Le défi indépendantiste de la Catalogne est un nouveau casse-tête malvenu pour l'Union européenne, qui espérait enfin se relever d'une décennie de crises existentielles, de la crise financière au Brexit en passant par les migrations.
PUBLIE LE : 07-10-2017 | 0:00

Le défi indépendantiste de la Catalogne est un nouveau casse-tête malvenu pour l'Union européenne, qui espérait enfin se relever d'une décennie de crises existentielles, de la crise financière au Brexit en passant par les migrations. «D'une certaine façon, l'UE est une institution faite pour les temps heureux. Tant que tout va bien, elle fonctionne bien. Mais dès qu'un problème surgit, elle rencontre d'énormes difficultés pour se positionner et agir», note Stefani Weiss, directrice du bureau bruxellois de la Fondation Bertelsmann. «Ce problème s'annonçait depuis longtemps déjà», ajoute cette experte en rappelant que les indépendantistes catalans préparaient leur référendum d'autodétermination depuis des années.
«Mais il n'a pas reçu l'attention requise» à Bruxelles, s'étonne-t-elle. En témoigne le silence gêné observé avant le référendum par l'UE, tiraillée par d'autres velléités séparatistes en Flandre, Ecosse, au Pays basque notamment. Après le scrutin émaillé d'échauffourées entre électeurs indépendantistes et policiers, la Commission européenne a appelé pour la première fois au dialogue et condamné la violence comme «instrument en politique», mais en prenant soin de ne pas froisser Madrid. Elle a ainsi répété que le référendum n'était pas conforme à la Constitution espagnole et fait valoir que «défendre l'Etat de droit peut parfois nécessiter un usage proportionné de la force». Pour l’UE, il est impossible d'ignorer l'ordre constitutionnel de chacun de ses membres. Par contraste, le référendum d'indépendance écossais en 2014 —perdu avec 55% de «non»—, avait été organisé avec l'aval de Londres ce qui aurait ensuite permis une indépendance concertée. Aux yeux des indépendantistes catalans, Bruxelles n'en a pas moins perdu sa «crédibilité».
Ils accusent la Commission, qui n'a pas hésité à engager un bras de fer avec Varsovie sur l'Etat droit, de délaisser les «7,5 millions de citoyens européens" en Catalogne dont "les droits fondamentaux, notamment le droit d'expression» auraient été bafoués.

Le chef de la police catalane devant la justice

La justice entendait hier les dirigeants des principaux mouvements indépendantistes catalans et le chef de la police régionale, à trois jours de la date envisagée en Catalogne pour une déclaration unilatérale d'indépendance qui fait trembler l'Europe. Le chef de la police catalane Josep-Lluis Trapero est arrivé hier matin à l'Audience nationale de Madrid, tribunal spécialisé notamment dans les affaires de sécurité nationale, sans dire un mot.  Il est poursuivi pour «sédition», comme les chefs des deux principales associations indépendantistes catalanes, très puissants dans la région : Jordi de l'Assemblée nationale catalane (ANC) et Jordi Cuixart (Omnium). Ces auditions pourraient encore accroître les tensions entre Madrid et Barcelone, plongés dans la crise politique la plus grave en Espagne depuis que ce pays est redevenu démocratique, en 1977. Une crise qui divise la Catalogne, où vivent 16% des Espagnols et où la moitié de la population n'est pas indépendantiste selon les sondages. L'instabilité dans cette région grande comme la Belgique alarme aussi l'Europe. «Défaire l'Espagne, c'est-à-dire un Etat-nation (...), c'est défaire l'Europe. Et si on ouvre la boîte de Pandore, demain c'est le Pays basque, et après c'est le Pays basque français, et après c'est l'Italie du Nord, et après c'est la guerre», a estimé l'ancien Premier ministre français Manuel Valls, originaire de Barcelone. Les séparatistes catalans envisagent de déclarer l'indépendance lundi, après la publication de résultats définitifs d'un référendum d'autodétermination qui s'est tenu dimanche et qu'ils estiment déjà avoir emporté avec près de 90% des suffrages et 42,3% de participation. Cette situation n’est pas sans conséquences sur l’activité économique et sur l’environnement financier de la province. Jeudi, c'est Banco Sabadell, deuxième banque de Catalogne et cinquième en Espagne, qui a annoncé le transfert de son siège social à Alicante, dans le sud-est du pays, après la dégringolade de son cours en Bourse. Les banques craignent les conséquences d'une éventuelle sortie de la Catalogne de la zone euro au cas où son indépendance serait proclamée.
Par ailleurs, Barcelone, locomotive économique et principal pôle touristique de la Catalogne, région qui a reçu 17 millions de visiteurs en 2016, a vu s'effriter dernièrement les réservations hôtelières, selon le syndicat local de cette industrie. Décidé à empêcher l'indépendance à tout prix, Mariano Rajoy devait réunir son gouvernement hier pour étudier de possibles nouvelles mesures.
Parmi les options figure la suspension de l'autonomie régionale dont jouit la Catalogne, une mesure que le gouvernement central n'exclut pas et que réclament des voix de plus en plus nombreuses en Espagne. La crise affecte jusqu'au monde du football et perturbe l'ambiance au sein de l'équipe nationale espagnole.
M. T. et Agences


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