Lafarge-Daesh en Syrie : Les dessous d’un pacte

«Soit on acceptait le racket, soit on partait.»
PUBLIE LE : 07-10-2017 | 0:00

«Soit on acceptait le racket, soit on partait.» D'ex-responsables du groupe Lafarge, soupçonné d'avoir financé indirectement des organisations terroristes, dont l'«État islamique», ont dévoilé devant les enquêteurs les raisons qui ont poussé le cimentier franco-suisse à se maintenir à tout prix en Syrie.

Un an après l'ouverture d'une enquête par le parquet de Paris, confiée depuis à trois juges d'instruction, les investigations sont accablantes pour la direction en France, suspectée d'avoir «validé» les paiements effectués par sa branche syrienne (Lafarge Cement Syria, LCS), en produisant «de fausses pièces comptables». Octobre 2010 : Lafarge commence à faire tourner son usine de Jalabiya (nord), pour laquelle il a déboursé 680 millions de dollars. Mais six mois plus tard les premiers troubles éclatent. Rapidement, l'Union européenne adopte un embargo sur les armes et le pétrole syrien et l'ONU déclare le pays en état de guerre civile. À partir de 2013, la production de la cimenterie s'effondre et l'EI devient incontournable dans la région. Mais contrairement au pétrolier Total ou à d'autres multinationales, le cimentier décide de rester. «Pour moi, les choses étaient sous contrôle. Si rien ne me remontait, c'est que rien de matériel ne se produisait», a assuré en janvier, selon une source proche du dossier, l'ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, aux enquêteurs des douanes judiciaires. D'autres ex-responsables ont avancé un argument différent pour justifier le maintien de l'activité : conserver un avantage stratégique afin d'être en première ligne pour participer à la reconstruction de la Syrie une fois la guerre terminée. Cette volonté de rester aurait reçu l'aval des autorités françaises. «Le quai d'Orsay nous dit qu'il faut tenir, que ça va se régler (...) On allait voir, tous les six mois, l'ambassadeur de France pour la Syrie et personne ne nous a dit : «Maintenant il faut que vous partiez», a relevé Christian Herrault, ex-directeur général adjoint opérationnel.

« 100.000 dollars par mois »

Se maintenir dans le pays a un prix : LCS monnaye la sécurité de ses employés en versant «de 80.000 à 100.000 dollars» par mois à un intermédiaire, Firas Tlass, ex-actionnaire minoritaire de l'usine, qui ventile ensuite les fonds entre différentes factions armées, a relaté Bruno Pescheux, directeur de la cimenterie de 2008 à 2014. Cela représentait pour l'EI «de l'ordre de 20.000 dollars» par mois, a-t-il précisé. En contre- partie, l'organisation d'Abou Bakr al-Baghdadi édite en mai 2014 un laissez-passer : «Prière d'autoriser le ciment venant de Lafarge à passer les barrages», d'après une source proche de l'enquête. Et, le 29 juin, une rencontre est organisée entre un des cadres de Daesh et le responsable de la sécurité de la cimenterie. Les enquêteurs soupçonnent aussi LCS de s'être, sous couvert de faux contrats de consultants, approvisionné en pétrole auprès de l'EI qui contrôle, à partir de juin 2013, la majorité des réserves stratégiques. «Le gouvernement syrien n'est plus détenteur des raffineries, on achète à des organisations non gouvernementales (...) en toute illégalité», a reconnu Frédéric Jolibois, directeur du site à partir de juillet 2014. Jeudi, plusieurs bouteilles d'essence avec un «dispositif d'allumage rudimentaire» ont été retrouvées sous trois camions du cimentier à Paris, déclenchant l'ouverture d'une enquête. On ignore à ce stade s'il existe un quelconque lien avec le dossier syrien. Sollicité, Lafarge, qui a fusionné avec le suisse Holcim en 2015, a de nouveau assuré «regretter et condamner les erreurs inacceptables commises en Syrie.» R. I.
 

L’armée russe menace d’éliminer les terroristes dans les zones contrôlées par Washington

L'armée russe a accusé mercredi Washington de soutenir les terroristes face à l'armée du gouvernement syrien et menacé d'éliminer ces groupes dans les zones contrôlées par les Etats-Unis en Syrie. «Le principal obstacle de notre mission visant à détruire le groupe terroriste Daesh en Syrie n'est pas la capacité de combat des terroristes, mais le soutien des Etats-Unis aux terroristes», a déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général Igor Konachenkov. Selon lui, les terroristes de l'EI ont attaqué des troupes du gouvernement syrien qui avançaient dans un périmètre de 50 kms autour de la ville d'Al-Tanf, à la frontière syro-jordanienne, où se situe une base militaire américaine. Dans l'une de ces attaques, quelque 300 terroristes de l'EI à bord de plusieurs dizaines de véhicules ont avancé vers la ville d'Al-Qaryatayn, dans la province de Homs (centre), en évitant tous les postes cachés des troupes syriennes. Or, cette opération n'aurait pu réussir si les terroristes n'avaient pas eu à leur disposition les coordonnées exactes des positions de l'armée syrienne, «qu'ils auraient seulement pu obtenir par des activités de reconnaissance aérienne, exécutées par des experts puis transmise avec prudence aux terroristes à des fins de sabotage», selon le général. Le même jour, Daesh a lancé des attaques coordonnées sur d'autres postes de l'armée syrienne situés le long de l'axe stratégique Palmyre-Deir ez-Zor. Ces offensives ont été repoussées par les forces du gouvernement syrien. «Si les Etats-Unis traitent ce genre d'opérations comme des «accidents» imprévisibles, l'armée de l'air russe en Syrie est prête à éliminer tous ces «accidents» dans les zones sous leur contrôle», a-t-il déclaré.
 


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