Bachir Bencheikh à la galerie Asselah-Hocine : « à la recherche du temps perdu »

S'il fallait attribuer un thème à cette exposition qui se tient jusqu'au 17 octobre à la galerie Asselah-Hocine, ça aurait été «A la recherche du temps perdu».
PUBLIE LE : 07-10-2017 | 0:00

S'il fallait attribuer un thème à cette exposition qui se tient jusqu'au 17 octobre à la galerie Asselah-Hocine, ça aurait été «A la recherche du temps perdu». Mais ici, c'est malgré tout un temps retrouvé par l'artiste plasticien Bachir Bencheikh, qui ainsi nous donne à voir tout son talent à travers les toiles exposées.
Grosso modo, nous sommes en présence d'une peinture où le mouvement habite la scène, où la lumière éclaire aux couleurs du soir ou du matin, au gré des quatre saisons. Où les embarcations glissent, s'agitent ou se balancent mollement au mouillage selon que le plan d'eau est le port d'attache, la rade profonde, la mer frondeuse qui s'offre tantôt lisse comme le miroir, tantôt hérissée de minuscules crêtes blanches.
Ici on devine que l'assortiment des couleurs est un impératif qui n'admet pas la distraction ou la dispersion, où l'accidentel ne trouve pas sa place. C'est ainsi que Bachir Bencheikh semble avoir peint dans un espace vivant, même si les bateaux sont mouillés dans les ports, même si ces mêmes ports n'existent que par l'activité maritime qu'ils génèrent au quotidien. Mais l'artiste plasticien ne s'en arrête pas là. Avec l'autre variante de l'exposition que sont les scènes et types de la vie campagnarde, les choses se présentent tout autrement, que ce soit lors de «La rencontre» entre femmes du même village, ou lors de «La Cueillette des olives », la «Journée de labour» ou encore «Le jour de marché» . L'artiste semble avoir voulu fixer sur la toile la réalité de ses visions, les accords ancestraux et viscéraux d'une vie pastorale perdue et retrouvée un instant sur les vagues de la mémoire.
Désormais la matière se transforme, la composition cerne de plus en plus le sujet,  il y a une réduction de synthèse du paysage pastoral. La perspective, qui semble innée chez le plasticien, s'obtient par une pose toute différente de la matière. C'est pourquoi scènes intérieures, marines et paysages agrestes ne peuvent offrir à l'oeil des formes précises, parce-que toujours en mouvement, presque jamais un instant de pause, un peu comme des «diapositives» au ralenti.  
Une œuvre originale et vivante
Toujours figuratif, Bachir Bencheikh se veut résolument moderne, et, si «la peinture est avant tout un système de signes qui renvoie à la psychologie de l'époque qui l'a produite», alors, l'artiste prouve qu'il est bien de son Temps. Cela est particulièrement sensible dans les toiles du «Port de Bou Haroun», de «L'amirauté d'Alger» ou du «Port de la Madrague», pour ne citer que ces tableaux. Ce sont là, en effet, des sujets que l'artiste ne se lasse pas de mettre sur toile, et son inspiration produit chaque fois une œuvre originale et vivante. Aucune parenté avec la photo d'Art, rien moins qu'un lien, si frêle soit-il, avec les marines d'artistes peintres des années impressionnistes.
Un très vieil impact dans chaque tableau cependant, autrement dit la vie agreste dans l'Algérie profonde, quelque part en Kabylie, dans les Aurès ou dans le sud du pays : à travers la campagne d’aujourd’hui se profile, certes, celle d'il y a quelques années, avec un découpage toujours aussi harmonieux, mais dont la fourmillante agitation d'alors affleure malgré tout la sérénité d'antan. La structure de la toile traduit certes le temps présent, et la couleur apporte l'atmosphère de jadis. L'artiste semble ainsi dominer les deux, et de cet affrontement avec le passé jaillit un chatoiement de teintes sur la toile, une mosaïque de couleurs, un gamme chromatique montée jusqu'à des accords modernes quelques fois à la limite du réel.
Au regard d'une telle exposition, c'est un constat : l'artiste plasticien ne finira pas de nous étonner, une si riche émotivité promet de beaux fruits à l'avenir. Mais, d'ores et déjà, on peut l'avancer sans risque de se tromper : une exposition de Bachir Bencheikh, c'est un grand voyage, une moisson de souvenirs, d'impressions ; un départ pour le rêve, «à la recherche du temps perdu», entre-temps retrouvé.
Kamel Bouslama


EL MOUDJAHID - QUOTIDIEN NATIONAL D'INFORMATION Edité par l'EPE - EURL El MOUDJAHID - 20, Rue de la Liberté - Alger - Algérie
Tél. : +213(0)21737081 - Fax : +213(0)21739043
Mail : info@elmoudjahid.com