dimanche 22 octobre 2017 14:47:15

La Chine voit grand…et veut aller loin : éviter toute fermeture

Un modèle de coopération internationale

PUBLIE LE : 03-10-2017 | 0:00
D.R

Reportage de Chérif Jalil

Jeudi 21 septembre, dans la matinée, on a eu droit à la visite du nouveau siège du Quotidien du Peuple, l’organe officiel du Parti communiste au pouvoir depuis l’avènement de la République populaire.

Sorti de terre il y a deux ans, dans la Troisième périphérie de la capitale, il s’agit d’un gratte-ciel oblong d’architecture audacieuse et imposante. Le groupe de presse le plus prestigieux de la Chine se donne les moyens de sa politique. Son principal titre est tiré à trois millions d’exemplaires et décliné sur le web en plusieurs langues étrangères. Sur place, nous avions rencontré une Algérienne, Faiza K. qui travaille comme experte au département arabe depuis vingt deux ans et qui se sent entièrement intégrée : «Il y a quelques années, le siège du groupe ne payait pas de mine. Aujourd’hui c’est tout un quartier ultramoderne qui a été bâti». Elle ajoute : «Les Chinois recherchent les compétences et les valorisent. Ils organisent des formations au bénéfice des journalistes du monde entier. C’est pour cela qu’ils avancent.»   
Dans l’après-midi, les invités du Forum ont été reçus par M. Zhang Gaoli, premier vice-premier ministre depuis 2012, au siège de l’Assemblée nationale populaire (ANP), dénommée localement «Grande Maison du Peuple» et faisant face à la célèbre place Tiananmen de Pékin. Membre du Comité permanent du bureau politique du Parti communiste chinois, économiste de formation, il supervise la finance, le logement, le développement rural et urbain et la protection environnementale. Juste après la traditionnelle photo de famille, et pendant près de deux heures, dans le prolongement des interventions courtoises des invités «distingués» du Forum sur la coopération médiatique et représentant quasiment les cinq continents, il a fait un exposé axé sur deux points : la portée de l’initiative «La Ceinture et la Route» proposée au monde par le Président Xi Jinping et la situation économique du pays.

Un modèle de coopération internationale 

M. Zhang Gaoli, premier vice-Premier ministre :
les choses vont bien et iront mieux.

 «Les paroles doivent aboutir à des actions et les actions doivent aboutir à des résultats», dit-il d’emblée pour soutenir que l’initiative chinoise n’est pas simplement une idée vague et générale, comme la présentent ses détracteurs, mais bien une réalité. Il y a une résolution de l’ONU qui l’a adoptée le 17 mars de cette année et cela signifie qu’elle est partagée par la communauté internationale, car elle prône non pas le conflit et la confrontation mais «l’ouverture, l’inclusion et la prospérité». Déjà, le temps de l’évaluation : signature de conventions de partenariat avec 70 pays et plus de 100 organisations internationales. «C’est toujours à l’issue d’une concertation que nous planifions une action et rendons nos projets bénéfiques pour les populations locales», dit-il, en citant le commerce avec les pays riverains qui a dépassé les 3.000 milliards, la création de 140.000 emplois, l’institutionnalisation de mécanismes de partenariats dans différentes branches au Koweït et en Arabie saoudite, les centrales électriques au Pakistan, la ligne ferroviaire de Nairobi, le chemin de fer reliant Pékin à deux pays européens ainsi que l’exploitation (dès l’année prochaine) de l’uranium en Namibie avec un investissement de 4 milliards de dollars et la construction de 400 km de rails allant de la capitale à la mine. A propos de cette dernière, il précise que seulement une dizaine de Chinois y sont employés et qu’elle sera le deuxième grand gisement au monde après celui de McArthur River du Canada. M. Zhang Gaoli insiste bien : «L’initiative chinoise correspond aux aspirations de nos partenaires, parce qu’il s’agit d’une route pacifique, ouverte et civilisée. Une orientation fortement appréciée par la communauté internationale».
Avec la crise économique à laquelle sont confrontés de nombreux pays, parmi lesquels de grandes puissances, le protectionnisme, notamment avec l’élection de Donald Trump, semble de retour et ses partisans demandent l’adoption de politiques ayant tendance à réguler les échanges commerciaux, estimant que cela permet de sauvegarder l’emploi sur le territoire national ou de se protéger de la concurrence déloyale et de pratiques de dumping social, environnemental ou fiscal. Partant de sa propre expérience, la Chine estime que le protectionnisme nuit à la croissance et que le libre-échange reste historiquement bénéfique, d’autant plus qu’il lui a permis de sortir de la pauvreté et de devenir, en un laps de temps relativement court, la seconde puissance économique du monde après les Etats-Unis.

« Nous visons la qualité »

« La Chine compte 1,7 milliard d’habitants. Notre croissance est continue –6,6 % durant le premier semestre de cette année— et stable et nous maintenons la direction avec des reformes structurelles. Le PIB augmente de 6,9 % durant le même semestre. Même si l’investissement a diminué (au niveau de l’immobilier passant de 70 à 34 %), nous accordons la priorité à l’emploi, parce que 8 millions de Chinois arrivent sur le marché. L’inflation n’a pas dépassé les 2 %. Nous avons réduit les capacités de surproduction en baissant le rythme pour l’acier par exemple et les centrales thermiques. La création de start-up –en encourageant le domaine des nouvelles technologies— a augmenté de 12 %. La priorité est à l’innovation. Avant, notre économie était intensive. Désormais, elle sera extensive. En outre, notre gouvernement dispose d’un programme en dix points en matière d’environnement pour réduire la pollution dans tous les domaines, notamment celle de l’eau ou de l’air. Plus de 220 produits industriels chinois se situent au niveau mondial. Nous avons constaté que nos touristes dépensent des dizaines de milliards dans des achats à l’étranger. Aussi, nous faut-il améliorer la qualité nos propres produits et ne pas se contenter seulement de la quantité. Nous ne pouvons plus soutenir une croissance à deux chiffres et nous visons aujourd’hui la qualité. Nous devons investir 7.000 milliards de dollars et augmenter nos importations. Comme il faut aider les 40 millions de Chinois à sortir de la pauvreté. Enfin, je souligne que la Chine évolue dans un environnement complexe et qu’elle est confrontée à de nombreux problèmes. Toutefois, nous avons la capacité et la confiance d’y faire face. Les objectifs seront atteints.» Tel est l’essentiel de l’intervention M. Zhang Gaoli qui conclut : «Dans le développement, il faut absolument éviter toute fermeture. Seule l’ouverture permet le développement. Nous allons faciliter l’accès à notre marché intérieur et favoriser la concurrence loyale et équitable et renforcer la confiance entre peuples différents. Notre voie nous permet de réaliser notre rêve, le socialisme à la chinoise, et nous en sommes confiants. La stabilité est le mot d’ordre de notre travail, et dans les cinq ans, nous serons mieux et bien, si évidemment le monde se porte mieux et bien. J’espère seulement de vous des reportages plus objectifs sur la Chine et aussi des conseils constructifs ».  
Cette intervention du premier vice-Premier ministre veut d’abord assurer que la Chine de XI Jinping est devenue la garante de la mondialisation et du libre-échange, de la protection de l’environnement et de la paix dans le monde, surtout face à une Amérique plus frileuse, dans la mesure où Trump s’est retiré de l’Accord de Paris sur le climat et a promis de jeter à la poubelle l’accord de libre-échange transpacifique porté par son prédécesseur et de relever ses tarifs douaniers à des niveaux prohibitifs sur les produits chinois. En promouvant les «nouvelles routes de la soie» comme stratégie, la Chine relance ses propres accords commerciaux, en Asie du Sud-est et Pacifique et étend ses réseaux commerciaux à travers toute la planète. Enfin, à la veille de la tenue, au courant de ce mois, du 19e Congrès du parti communiste, un tel discours se présente comme une réponse à tous ceux, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui noircissent le tableau et font valoir que le bilan économique est décevant, que les réformes annoncées en 2013 tardent à se concrétiser et que des barrières en tous genres continuent de décourager l’investissement étranger. De manière pédagogique, M. Zhang Gaoli explique la situation et assure que les choses vont bien et qu’elles iront mieux. Et il a sans doute raison, d’autant plus que son peuple travailleur et chaleureux, à l’échelle historique comme à l’échelle humaine, n’a pas cessé d’avancer et de faire de «l’empire du milieu» non seulement le géant asiatique qu’il est aujourd’hui, mais sans doute la première puissance mondiale de demain et apporter ainsi sa contribution à l’émergence d’un ordre mondial, moins conflictuel, moins agressif, plus amical et fraternel.
C. J.
 

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