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Evocation : Ahmed Azeggagh, l’intellectuel errant

«Plus le temps passe, plus j’en ai marre de publier à Paris à un lectorat que j’estime ne pas être le mien».

PUBLIE LE : 26-04-2011 | 17:49
D.R

«Plus le temps passe, plus j’en ai marre de publier à Paris à un lectorat que j’estime ne pas être le mien».
Cette confidence cinglante et lapidaire est un cri du cœur, l’aveu amer d’un écrivain mort dans l’anonymat, rongé par la maladie qui a fini par avoir raison de son esprit frondeur, de sa verve poétique.
Ahmed Azeggagh, qui a tâté de la poésie, du roman, du théâtre, du journalisme, est un intellectuel «pluriel» qui n’a jamais pu trouver ses marques dans son pays natal. En attestent ses pérégrinations intenses qui, à son corps défendant, le somment de quérir l’exil plutôt que de faire offense à ses idées,  à ses principes et convictions.
Pourtant, il est venu au bon moment. Dans une capitale soumise à une effervescence, à un bouillonnement intellectuel fécond, prometteur, au lendemain de l’indépendance chèrement acquise, c’était le temps des grandes espérances, des rêves lucides, que portaient et que nourrissaient une kyrielle d’hommes de lettres prestigieux, d’artistes, de peintres, de dramaturges aussi jeunes que talentueux.
Ahmed Azeggagh y trouvait chaussure à son pied, un exutoire dans l’Algérie des Mohamed Boudia, Bachir Hadj Ali, Mouloud Mammeri, Mohamed Khadda, Mourad Bourboune, Rachid Boudjedra et consorts.
Une pépinière y étala son art avec talent et conviction mais que les vicissitudes politiques ont fini par disperser leurs rangs, les pousser à l’exil et à faire des choix douloureux.
Ahmed Azeggagh s’installe en France.
L’exil devint son royaume, un port d’attache qui porte les stigmates d’un écrivain désenchanté, forcé de vivre loin de son peuple dont il se sentait viscéralement proche. En évoquant dans son œuvre les espoirs, les douleurs, les carcans et les chapes de plomb, Ahmed Azeggagh abordait des thématiques diverses mais tellement ancrées dans la réalité quotidienne de nos concitoyens.
Son œuvre, pleine de sensibilité, de vérité, de souffrances intimes, d’espérance, est révélatrice d’un tempérament qui abhorre les feux de la rampe, les délices de la notoriété,  des grandes messes où se cultivent ego et narcissisme.
Dans les pénombres de la création littéraire, il creusa son sillon sans jamais se soucier de la célébrité, de ses vaines illusions.
Comme pour maintenir une croyance latente et tenace, Ahmed Azeggagh voulait encore apporter sa pierre à l’édifice, en retournant au pays après l’instauration du pluralisme, après les événements d’Octobre 1988.
Il reprit langue avec son sacerdoce de journaliste, anima des émissions de radio. Mais ce ne fut qu’un feu de paille. Il aura tôt fait de reprendre le chemin de l’exil, convaincu qu’encore une fois, l’Algérie était mal partie.
L’auteur de «Chacun son métier», de «L’héritage», de «La République des ombres», de «(re) trouvailles», natif de Bejaia, ne put se résoudre à vivre dans l’illusion. C’est loin d’être sa marque de fabrique.
Il mourut en avril 2003 dans l’indifférence et l’anonymat.
Au delà des hommages posthume, des gestes de reconnaissance et des réminiscences qui sonnent comme une réhabilitation, l’œuvre de Ahmed Azeggagh gagnerait à être mieux connu des jeunes générations qui découvriront alors un écrivain sincère, profondément attaché aux réalités de son pays. Il n’eut pas toujours les faveurs dus à son talent mais ne dit-on pas que nul n’est prophète en son pays ?
M. Bouraïb

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