samedi 16 dcembre 2017 21:36:09

La Chine voit grand… et veut aller loin : Les nouvelles routes de la soie

Une idée, un projet, des réalisations

PUBLIE LE : 02-10-2017 | 0:00
D.R

Le Forum sur la coopération médiatique internationale a eu lieu le 19 septembre dans la ville de Dunhuang, une oasis en plein désert de Gobi, à près de trois heures d’avion de Pékin. Sur invitation du Quotidien du Peuple, plus de 300 représentants des médias des cinq continents ont été conviés pour réfléchir, discuter et proposer des solutions pour faire face à la crise à laquelle la profession journalistique est confrontée depuis l’avènement d’Internet et l’entrée en scène des «réseaux sociaux», et quel type de coopération promouvoir. 

Zhang Jianxing, vice-président du Quotidien du Peuple : « une évaluation positive »

Pour le vice-président du Quotidien du Peuple, Zhang Jianxing,  comme pour le reste des représentants politiques chinois, c’est l’occasion de louer l’initiative lancée par le président Xi Jinping en 2013 sous le nom de « La Ceinture et la Route » et d’en faire une première évaluation : 33 protocoles de partenariat ont été signés jusque-là, rien que dans le domaine des médias, des dizaines de séminaires et de rencontres et quatre forums consacrés au sujet. L’intervenant a annoncé également la création, au niveau de son groupe de presse, d’un centre de recherche international et un projet de reportages conjoints avec une équipe de journalistes de différents pays.
Sur la presse traditionnelle, écrite ou audiovisuelle, il est clair que la situation est délicate. Pour une raison évidente. Ses lecteurs, ses auditeurs et ses spectateurs sont en train de changer d’habitude et migrent vers Internet bien sûr mais aussi vers le téléphone mobile. En outre, elle-même fait partie, qu’on le veuille ou non, de la plate-forme d’Internet et sa présence est loin d’être symbolique. Il faut, certes, devant le rétrécissement du lectorat et de l’audience et corollairement des espaces publicitaires, sans parler de la concurrence des réseaux sociaux, créer davantage de contenus, être rigoureux en livrant une information fiable avec des éclairages approfondis, éviter autant que faire se peut le sensationnalisme et être soucieux de l’éthique mais aussi voir comment mettre sur pied un échange des sources et d’expertise entre les médias de différents pays, un échange de qualité qui soit rapide et crédible. « La coopération m’apparaît comme la clé face à ce qui se passe devant nous, devant la menace qui vient de Facebook ou du manque de publicité. Aussi, faut-il s’associer avec les autres médias, sans jamais oublier que nous sommes au service d’une communauté et que notre rôle est d’être son chien de garde et évidemment de s’améliorer en se tournant vers la complémentarité », estime Michel Chossudovsky, directeur du Centre de recherche sur la globalisation de Montréal. C’est aussi l’avis émis par Ana Pinto, qui anime une agence de presse au Portugal : « La complémentarité dans la collaboration, c’est très important pour nous, d’autant plus qu’il est difficile de couvrir le monde entier avec le peu de moyens dont on dispose. Aussi, la collaboration est nécessaire. » « Il faut reprendre confiance par la qualité de l’info et le développement des formations. Recourir à des reportages transnationaux avec une plus grande ouverture et une plus grande transparence. Notre réussite réside dans notre capacité à s’ouvrir au monde extérieur », soutient Kulk Cheng Kang, de Malaisie. En fait, il s’agit d’un dénominateur commun à de nombreux autres intervenants, lors du panel organisé dans l’après-midi et concernant le premier point à l’ordre du jour.

Trouver un modèle durable

A la question de savoir si à ce malaise quasi général qui traverse la profession journalistique Internet serait la cause, le Canadien répond : « Les deux sont liés. Nous-mêmes nous utilisons Internet. Il s’agit de profiter de l’outil Internet et d’avoir de la profondeur. C’est pour moi le véritable enjeu et il y a une complémentarité. La réponse à la demande, c’est de proposer une production de qualité, sérieuse et rigoureuse. » Pour Alistair Michie de Grande-Bretagne, si le constat est sans appel, la solution existe bien quelque part: « La presse traditionnelle est menacée d’extinction. Mais si la qualité est bonne, on trouvera toujours un modèle commercial durable. Comme le fait que la presse traditionnelle migre sur Internet et faire en sorte qu’elle soit rémunérée comme lorsqu’on effectue un téléchargement de la musique. » Enfin, pour le représentant de Microsoft, David Chen, qui a abordé la question de l’intelligence artificielle et les médias, « les changements sont de plus en plus rapides et les opportunités sont nombreuses pour chaque métier. Les médias sociaux ont changé fondamentalement la communication. D’ici 2020, les espaces numériques seront doublés. Il y a 200 millions de communications vocales chaque jour. Un grand défi pour les médias classiques, mais grâce à l’intelligence artificielle, on peut analyser les opinions, les classer et même identifier le lieu à partir duquel elles ont été émises ». Oui c’est un instrument utile pour déterminer la ou les tendances lourdes de l’opinion publique, mais on ne voit pas en quoi cela peut aider le journaliste à mieux exercer son métier, et encore moins à gagner de lecteurs, à moins bien sûr qu’il fasse en sorte de suivre l’orientation du vent... et de se transformer en girouette. Ce qui n’est pas sa vocation.  Ainsi, si le journaliste professionnel est certes quelque peu inquiet devant le nouveau contexte dans lequel il évolue et notamment l’apport des nouvelles technologies,  les défis qu’il doit relever aujourd’hui sont nombreux, et il lui appartient de regagner confiance et de s’adapter au nouvel environnement.

Dynamique et opportunité
      
Le second thème ayant été débattu est relatif à l’impact de la Route de la Soie, version actuelle, sur l’économie mondiale. La « connectivité » (« Hu Lian Hu Tong » qui signifie « relier les fils ») est le mot clé de l’initiative du président chinois. Grâce à un dialogue permanent, elle se propose de réaliser au moins cinq connections : d’abord politique, logistique (infrastructures), économique, financière et enfin culturelle.  Ce n’est pas de la théorie ou une vue de l’esprit. Le 1er janvier 2017, un train chargé de marchandises est parti de Chine  et est arrivé directement à la gare de Barking, à Londres, après 19 jours de voyage et un autre a fait le voyage inverse le 29 avril 2017. Le souhait du géant asiatique est de faire de même par la mer, en s’affirmant comme une nouvelle puissance maritime. Le 15 mai de cette année, pas moins de 29 chefs d’Etat ainsi que le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, et la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, sont réunis à Pékin lors du premier «Sommet des routes de la soie». Un grand moment diplomatique et politique.

Alfred Schipke, représentant du FMI en Chine :
« Exigence d’un cadre d’investissement régulateur pour un développement sans risque »

A propos de cette initiative, nous retenons deux points de vue développés lors du Forum. Celui d’Alfred Schipke, représentant du FMI en Chine : « Notre réflexion sur l’initiative et son impact économique est la suivante: en juillet 2016, l’économie mondiale a été confrontée à de grands challenges et la situation s’améliore aujourd’hui avec de petits signes de croissance, du moins à court terme. Toutefois, un certain nombre de problèmes demeurent et l’Initiative nous aide à les régler. Mais comment garantir une perspective plus prometteuse ? Voilà les recommandations du FMI : d’abord encourager les signes de croissance par des réformes structurelles (monétaires entre autres), renforcer la coopération commerciale (équitable et libre),  —et c’est le plus difficile à concrétiser—, ensuite il y a le problème de l’égalité à régler. La Chine a accéléré la construction des infrastructures. Ce qui manque ailleurs, et c’est un obstacle. Donc, le projet de la Route de la Soie est d’abord une garantie de la qualité des projets, en mobilisant davantage nos ressources et chaque pays fait jouer ses avantages pour aller vers l’intégration régionale, créer des emplois et un climat de concurrence et de compétitivité des exportations. Avec son assistance, le FMI exige un cadre d’investissement régulateur pour un développement sans risque ou à risque réduit et qui permette une fluidité transfrontalière des capitaux. Ensuite, comment gérer les risques et garantir la construction de ses projets. M. Xi Jinping a évoqué la réalisation d’un Centre pour gérer les capacités. »

Oui, mais…

Sylvie Matelly, de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) :
« Oui la Route et la Ceinture est une opportunité pour l’économie mondiale, mais en tirant les leçons de l’expérience du passé »
 
 Quant au point de vue de l’économiste française Sylvie Matelly, de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), il est formulé ainsi : « Est-ce que la Route et la Ceinture est une opportunité pour l’économie mondiale ? Je réponds oui mais en tirant les leçons de l’expérience du passé. D’abord le choix de l’ouverture commerciale, parce que tout développement est impossible sans s’insérer dans le commerce international et se diversifier. La deuxième idée est que l’investissement massif dans les infrastructures coûte cher, et c’est essentiel. Le plan Marshall est à rappeler. Il faut voir trois aspects : l’inclusion —parce qu’on a exclu des pays du mouvement de la globalisation dans les années 70— et penser l’initiative de ce projet dans cette perspective ; la gouvernance par un système de coopération nouveau et renouvelé —et donc une méthode de réflexion— et enfin, la question de l’indépendance et de l’interdépendance. Faut-il développer l’économie sans la diversifier et accompagner les pays pour éviter la dépendance et aller vers un commerce équilibré ? Mais encore une fois, la route est longue. »

Un projet mondial

L’initiative chinoise d’une grande ampleur ouvre une grande porte. Celle d’une mondialisation sans frontière. Ambitieuse, elle couvre près d’un quart du commerce mondial, va toucher au départ 60 pays des cinq continents et 63 % de la population de la planète. Elle consiste à faire circuler les trains (pour acheminer les marchandises) entre le marché chinois et européen, construire des zones économiques ou s’investir dans des projets et des partenariats « gagnant-gagnant ». Certains adhèrent. D’autres prospectent quand d’autres doutent. Toujours est-il qu’il est nécessaire et judicieux de s’informer, de discuter, d’écouter, car selon un dicton chinois : « Il faut du temps pour qu’une tendance prenne forme. » Et les nouvelles routes chinoises n’ont que quatre ans…
C. J.
 

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