dimanche 22 octobre 2017 14:47:05

La Chine voit grand… et veut aller loin : L’éloge de l’échange

Comment construire une communauté médiatique à l’échelle de la planète afin que les défis propres à la corporation soient relevés et qu’une ère de prospérité soit inaugurée dans la paix et la fraternité ?

PUBLIE LE : 01-10-2017 | 0:00
D.R

Reportage de Chérif Jalil

Comment construire une communauté médiatique à l’échelle de la planète afin que les défis propres à la corporation soient relevés et qu’une ère de prospérité soit inaugurée dans la paix et la fraternité ?

Voilà la problématique générale autour de laquelle plus de 300 journalistes de 126 pays ont été réunis dans la ville chinoise de Dunhuang le 19 septembre dernier. Initiée par le Quotidien du Peuple, l’un des plus grands groupes de presse du pays, la rencontre a permis aux invités de voir de visu les mutations de la société chinoise et son aspiration à proposer au monde un espace de coopération moins conflictuel, inclusif et prônant une prospérité partagée. Il s’agit en fait de la quatrième édition du Forum international de coopération médiatique qui s’articule autour d’un projet plus global, celui que le président chinois a lancé en 2013, sous le nom de «Route et Ceinture» et qui a suscité l’adhésion de la communauté internationale. L’idée est de créer une plate-forme à l’échelle de la planète où sont discutés différents thèmes donnant lieu à des réalisations concertées et concrètes dans un esprit de co-développement et d’un partenariat gagnant-gagnant.
   
Lancer l’idée et la laisser faire son chemin

C’est bien dans la philosophie chinoise de lancer une idée et de voir comment les choses vont évoluer. Chaque année, une évaluation s’impose. Aussi l’événement chapeauté par le Quotidien du Peuple, devenu annuel, se tient à chaque fois dans une province chinoise. L’année prochaine, il aura lieu dans la province de Hunan. Ce qui permet aux convives à la fois de découvrir la Chine profonde, ses changements et ses aspirations. Cette année le choix s’est portée sur Dunhuang, dans la province du Gansu, située au nord-ouest du pays, à près de trois heures d’avion de Pékin, à la lisière du désert de Gobi. C’est un choix pertinent parce que l’oasis, à la jonction de deux pistes de la Route de la Soie, a été un carrefour important des échanges commerciaux entre l’Orient et l’Occident.
Selon l’itinéraire suivi, rien n’indique que nous étions en plein désert. De l’aéroport qui fait partie des récentes infrastructures modernes —un grand théâtre, des salles d’exposition et de conférences— dont l’oasis a bénéficié jusqu’à l’hôtel cinq étoiles, tout aussi vaste, accueillant et fonctionnel, l’environnement boisé de peupliers et de rosiers, comme le peu de mouvement de circulation et les routes larges et bien entretenues, donnent l’impression d’un endroit serein et calme.
Ces nouvelles réalisations situées à la périphérie de la ville que nous n’avions pas eu l’occasion de visiter, s’inscrivent dans une logique, celle de la promotion d’un tourisme interne qui nous a paru bien développé au vu de ces grappes humaines qui peuplent les deux circuits les plus visitées, à savoir la «Dune chantante», son «lac en forme de croissant de lune» et «les grottes de Mogao».

Des marchandises et des idées

Si le deuxième lieu indique que nous sommes bien dans le désert, devenu un loisir avec ses chameaux et ses skimboard, faisant la prospérité d’un tourisme interne intensif, le premier, une série de grottes creusées dans la roche, 492 exactement, donne à voir, sur des milliers de mètres carrées, des peintures murales originales et des statues parfois géantes comme celle de l’immense bouddha de trente cinq mètres. Ses grottes de diverses tailles, selon les époques, les dynasties et les propriétaires, ont servi à la fois de lieu de méditation et d’étude pour les moines, d’escale sécurisée pour les voyageurs ou de cimetière pour plusieurs générations des familles enrichies par le commerce caravanier.

Statues des grottes de Mogao

Cette collection unique de l’art bouddhiste réalisée entre le IVe et le XIVe siècles, le site témoigne du rôle décisif joué par la région dans les échanges entre la Chine, l’Asie centrale et l’Inde. Le site classé patrimoine mondial en 1987 demeure le témoignage vivant d’une période historique au cours de laquelle la Chine a prospéré économiquement, politiquement et culturellement grâce au transit à la fois des marchandises et des idées, comme en témoignent les manuscrits en chinois, en tibétain, en sogdien, en khotanais, en ouïghour qui ont été découverts dans ses grottes livrées au sable, à l’oubli et au pillage des archéologues étrangers après le déclin du commerce caravanier survenu à la suite de l’avènement du commerce maritime.  

Remarquable chorégraphie, clarté du message

Cette période de prospérité a été illustrée par l’opéra donné la veille du Forum, dans la soirée, au Grand Théâtre, par la troupe de danse de Gansu. Intitulé «La route de la soie», ce spectacle de près de deux heures, composé de six actes, fut tout simplement un festin d’ingéniosité et de créativité artistiques avec une fine chorégraphie, des costumes raffinés, des décors grandioses, un langage du corps inédit associant tour à tour des danses chinoise, indienne, persane, turque et composition symphonique. Comédie, opéra et ballet, aventure, combats et romance, un mélange subtil du traditionnel et du moderne, des styles, des cultures et des époques créant un univers en perpétuel mouvement et une forte dynamique de liberté.
A cela, il faudrait ajouter un récit qui structure l’ensemble. Sur la Route de la Soie, là où se croisent les caravanes des marchands venus d’Orient et de Chine, le peintre Zhang et sa fille Ying Niang sauvent Yunus, le marchand persan pris dans une tempête de sable. Mais Ying Niang se fait enlever par des brigands et faite esclave. En signe de reconnaissance, le riche marchand va tout faire pour la retrouver et réussit à la rendre à son père chagriné renouant ainsi avec le faste de la fête et de l’amitié.  Le roulement des applaudissements des spectateurs au tomber du rideau constitue le meilleur des hommages à une troupe qui a su rendre sur la scène un voyage singulier, palpitant et précieux qui célèbre la vertu de l’échange et la valeur inestimable de la réciprocité. Le message est on ne peut plus clair. Pour la Chine, cette période fut une période de grande prospérité parce qu’elle a constitué une passerelle entre peuples et nations et qu’elle mérite, par conséquent, d’être reconduite ou reconstruite aujourd’hui, sous la forme moderne d’un projet mondial et d’une coopération internationale gagnant-gagnant.  
C. J.

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