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Hommage à Amar Ouzegane au Forum d’El Moudjahid : Un anticolonialiste acharné

Tahar Hocine : « hommage au premier gouvernement de l’Algérie Indépendante »

PUBLIE LE : 27-09-2017 | 0:00
D.R

 L’histoire retiendra qu’Ouzegane, quels que soient les avis des uns et des autres de sa génération, et l’épaisseur des séquelles de leurs vieux contentieux, a été un anticolonialiste acharné, qui a crié haut et fort, en 1952 : «La politique coloniale de la France est un crime contre l’humanité.» (Mohamed Saïd, dans la préface du livre Amar Ouzegane, Le révolutionnaire heureux).

Il y a 55 ans, le 28 septembre 1962, est installé le premier Gouvernement de l’Algérie indépendante. Ses membres sont tous des moudjahidine qui ont participé à la libération du pays du joug colonial. Dans cet Exécutif, qui compte 17 membres, figure le nom de Amar Ouzegane. Il est en charge du secteur de l’Agriculture   et de la Réforme agraire.
Ce qui fait de lui le premier ministre de l’Agriculture. Mais la question qui s’impose —hormis pour ceux qui l’ont connu ou travaillé avec lui— est: connaissons-nous cet homme hors pair qui a passé sa vie à défendre l’identité algérienne ?  Dans le livre d’histoire de la quatrième année moyenne, dans le chapitre qui a trait au mouvement national, il est présenté comme un communiste qui revendiquait la nationalité française. C’est dire que son évocation est toujours accompagnée de l’épithète communiste avec tout ce que cela sous-entend de péjoratif. Hier, au Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’Association Machaâl Echahid,   les participants ont découvert Amar Ouzegane, Le révolutionnaire heureux.
 En écoutant l’historien Djamel Yahiaoui évoquer le parcours de cet homme, qui n’a jamais pu se séparer de l’étiquette communiste, nous avons appris qu’il publiait des articles dans le journal Le Jeune Musulman et qu’il avait pour amis Malek Benabi et Cheikh El Ibrahimi. En remontant le parcours de ce révolutionnaire, relégué aux oubliettes, nous avons appris que cet homme a été porteur de télégrammes à l’âge de 13 ans et secrétaire des jeunesses syndicalistes à 16 ans.
La lutte anticoloniale débute dans les rangs du syndicalisme, pour ce garçon qui a reçu, de sa mère, sa première leçon d’éducation politique. Si à l’école, on lui inculquait l’histoire des Gaulois et de l’Afrique romaine, à la maison, sa mère rétablissait l’équilibre perdu.
Elle ne manquait jamais de lui montrer les titres de propriété des terres que la France coloniale avait spoliées à son grand-père, parce qu’il avait osé prendre les armes contre l’oppresseur.
C’est sa mère aussi qui l’abreuvait des  miracles de la grande époque du prophète, des légendes de Seyyed Ali et des souvenirs de Cheikh El Haddad.
Et si, pour certains, communiste rimait avec athée, Amar Ouzegane, qui, fort de son éducation, écrivait des articles dans le Jeune Musulman, était un musulman convaincu   tolérant et ouvert. Pour lui, l’Islam n’est pas une idéologie totalitaire. Et tout le monde s’étonnait de voir un révolutionnaire moderne étudier le Coran et le Marxisme. Sur les pages du Jeune Musulman, il avait écrit: «C’est un fait indéniable qu’en Algérie, la fidélité rationnelle à l’Islam est l’expression d’un patriotisme  des plus purs. L’Algérie est une terre d’Islam. Jamais elle n’acceptera de devenir une terre franco-chrétienne.» Il était aussi un partisan obstiné de la langue arabe.  
A ce sujet, il a écrit: « La fidélité à la langue du Dhad, lettre de l’alphabet uniquement en arabe et en kabyle, c’est le refus opiniâtre à toute francisation... C’est l’expression du patriotisme le plus pur. C’est l’incorruptibilité de l’Algérien, de son individualité, de sa personnalité, de sa nationalité.» Pour ce militant, le berbérisme en soi, vu sous l’angle culturel, constitue un des aspects de l’originalité algérienne.  Pour lui, «le colonialisme n’a jamais cessé de prôner le berbérisme, non comme un problème linguistique et culturel, mais comme une idéologie rétrograde, anti-arabe, antimusulmane et antinationale.»
En dépit de toutes étiquettes collées à ce militant de la première heure, l’histoire retiendra qu’il a été un des rédacteurs de la plateforme du Congrès de la Soummam. Puis à l’aube de l’indépendance, il figurera sur la liste du premier gouvernement de l’Algérie indépendante.
Nora Chergui

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Ils ont dit

Tahar Hocine : « hommage au premier gouvernement de l’Algérie Indépendante »
«Avant de parler d’Amar Ouzegane, nous devons rendre hommage au premier gouvernement post-indépendance, installé un jeudi 27 septembre 1962.  Le  premier gouvernement de l’Algérie Indépendante.  A cet effet, je  cite le Président du conseil, Ahmed Ben Bella,  le ministre de la Défense nationale, Houari Boumediène, l’Intérieur, Ahmed Medeghri, les Affaires étrangères, Mohamed Khemisti, les Finances, Ahmed Francis, la Justice, Amar Bentoumi,  l’Agriculture  et  la Réforme agraire, Amar Ouzegane,  le  Commerce, Mohamed Khobzi, la Poste et les Télécommunications, Moussa Hassani,  les Anciens Moudjahidine, Mohamed Saïd,  l’Industrialisation, Laroussi Khelifa, l’Education nationale, Abderrahmane Benhmida,  les  Habous,  Ahmed Toufik El Madani, les Travaux Publics et  la  Reconstruction,  Ahmed Boumendjel,  le Travail, Bachir Boumaza,  la  Santé,  Seghir Nekache, l’Information, Hadj Hamou,  et le ministre de la Jeunesse et des Sports, M. Abdelaziz Bouteflika,  notre Président. Amar Ouzegane, né le 7 mars 1910 à  Alger (Casbah). Militant communiste puis nationaliste. Il est issu d’une famille pauvre, il a quitté l’école à 13 ans pour travailler comme vendeur de journaux à la criée : La Dépêche, l’Echo d’Algérie, Dernière heure et Alger Républicain, avant de devenir télégraphiste puis postier. Il a intégré le monde du syndicalisme au sein de la Confédération générale des travailleurs (CGTU) avant de rejoindre les jeunes communistes en 1930. Il est décédé le jeudi 5 mars 1981 et enterré le samedi 7 mars au cimetière d’El Alia.»

Mohamed Ghafir : « Ouzegane a été mon voisin de cellule »
Je suis très heureux d’être encore vivant pour apporter un témoignage sur un symbole, un monument, un moudjahid:   Amar Ouzegane.  Cinquante-six ans après l’indépendance, je me souviens encore  des cadres qui ont activé et fait leur devoir pour la libération de l’Algérie. Moi et Amar on était incarcérés à la prison de Fresnes, en 1959, dans la même division. Il était à la cellule 149 et moi à la 148. On était voisins, mais on se voyait à la cour de la prison lors de la promenade. Un quart d’heure par jour, pour sentir un peu d’air. La cour n’était pas spacieuse, 3 m² pour une trentaine de personnes, on ne pouvait même pas marcher. Y avait un Français qui à travaillé avec nous, un communiste, ingénieur en nucléaire, qui s’appelle Bernard Boudouras. Il travaillait avec le FLN, donc il a  été arrêté et détenu  au même titre que les militants du FLN, dans la même prison. Une fois, on voulait faire un peu de sport, mais Bernard ne pouvait pas sauter parce qu’il était en  soutane, il nous a  donc servi de mouton et nous sautions et jouions ensemble. Le gardien lui a dit: « Non seulement tu leur a servi de mouton à l’extérieur mais aussi à l’intérieur. » Amar Ouzegane lui a répondu : « Vous êtes un garde-chiot, et Bernard n’a fait que son devoir, il a défendu le slogan  de la République française “liberté, égalité, fraternité’’, et il a aidé le FLN pour défendre l’honneur de la France ».
Soumia H. H.
 

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