mardi 26 septembre 2017 17:24:18

verdissement et recyclage des déchets : Oran un chantier pilote

15.135 tonnes d’ordures ménagères collectées en deux jours et 18 points noirs éradiqués

PUBLIE LE : 13-09-2017 | 0:00
D.R

Par: Amel Saher

Oran toujours sur son 31, veut être prête pour le rendez-vous de 2021. Elle veut être davantage belle, coquette, verdoyante, salubre, fraîche, dégager des bonnes odeurs naturelles afin de fidéliser ses amoureux et d’offrir du bonheur à ses habitants ! À vrai dire, le grand rendez-vous de l'accueil des jeux Méditerranéens n'est qu'un «bon prétexte», pour réveiller les consciences citoyennes autour de la question de préservation de l'environnement.

En effet, force est de constater que de plus en plus le citoyen est presque démissionnaire de son rôle dans la protection de l'environnement, en revanche, c'est l'un des acteurs de sa dégradation. Les pouvoirs publics locaux, et conformément aux directives du ministère de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire, font de cette question une priorité majeure, pour laquelle beaucoup d'énergies sont mobilisées.
Ainsi, les autorités locales tentent d'apporter des réponses aux problèmes liés à l'environnement, à travers un plan d'action qui se décline en trois volets prioritaires, à savoir l'hygiène et la salubrité, le traitement et recyclage des déchets et verdissement de la ville. Dans cette optique, le nouveau wali d'Oran, M. Mouloud Cherifi, a lancé une vaste opération de toilettage du grand groupement urbain de la ville, dont la première phase s'est déroulée les 8 et 9 septembre dernier.

15.135 tonnes d’ordures ménagères collectées en deux jours et 18 points noirs éradiqués

Concernant la campagne de nettoiement des principaux quartiers de la ville, organisée sous la direction du wali d'Oran et à laquelle toutes les directions exécutives ont participé, elle vise l'éradication de 81 points noirs répartis sur le groupement d'Oran. Pour cela, les services de la wilaya ont mobilisé 500 camions, 110 engins et plus de 800 jeunes volontaires. Résultats de la première phase de cette opération de toilettage, la collecte de 15.135 tonnes d'ordures ménagères en deux jours seulement, à savoir qu'Oran en produit quotidiennement 2.025 tonnes répartis sur ses communes.
À ce propos, Mme Maâzouz, la directrice de l'environnement à la wilaya d'Oran, a fait savoir que «l'opération va se tenir chaque samedi et ne concerne pas uniquement les actions de toilettage, mais aussi la réhabilitation des espaces verts et des airs de jeux». La même responsable a, par ailleurs, insisté sur l'implication du citoyen, qui, dit-elle, «sans lui, rien ne peut se faire». Organiser des campagnes de toilettage de la ville est certainement une bonne démarche. Impliquer en permanence le citoyen est un grand défi.
Cependant, qu'en est-il des actions quotidiennes, des projets en cours ou perspectives, de la stratégie de protection de protection de l'environnement et l'amélioration du cadre de vie de la population oranaise à court, à moyen et à long termes ? En réponse à ces questions, Mme Mansouri, biologiste, cadre et chef de service à la direction de l'environnement, révèle les grandes lignes du programme d'action du secteur. Il explique d'abord que par «la complexité de la structure géographique» de la wilaya d'Oran, ce programme est scindé en deux parties.
L'une est dédiée aux localités situées sur le cordon du littoral, et l'autre s'adresse aux quartiers et cités érigés sur la bordure de la grange maritime urbaine.

Formation ciblée au profit des jeunes sur le tri sélectif

Concernant le chantier de recyclage et valorisation des déchets, Mme Mansouri a fait savoir qu'un programme de sensibilisation et de formation dans le domaine a été élaboré pour la durée étalant de 2014 à 2017, dont une partie est réalisée en partenariat avec l'organisation non gouvernementale R20Med. Cette dernière organise, depuis 3 ans, des sessions de formation ciblées au profit, entre autres, des jeunes des quartiers et des bénévoles intéressés par les questions del'écologie sur le tri sélectif, gestion et la valorisation des déchets, l'efficacité énergétique. Dans cette perspective, de nombreuses actions ont été réalisées, croit-on savoir auprès de Mme Zhor Brixi, chargée de la formation chez R20 Med. «Suite aux nombreuses actions de formation, d'éducation et de communication sur ce concept, auprès des citoyens, des jeunes, enseignants, des membres associatifs, femmes, gestionnaires de quartiers et de résidences, nous avons relevé un engouement général, une mobilisation et une prise de conscience citoyenne sur l'importance et les bénéfices relatifs à la gestion et à la valorisation des déchets ménagers secs recyclables. Il faut savoir que la diminution de la quantité de déchets à enfouir, et donc allongement de la durée de vie des casiers des centres d'enfouissement technique», explique la responsable, avant de souligner l'importance de la «valorisation des déchets comme matière première, source de richesse et par là-même économie des ressources naturelles». Elle a estimé qu'une meilleure organisation de ces opérations de valorisation et respect de la chaîne de valeurs, avec concertation et implication de l'ensemble des acteurs potentiels, permettra la création de microentreprises de recyclage et d'emplois verts.
Et par conséquent, ajoute-t-elle, «nous parviendrons à une situation d'hygiène des quartiers évoluant favorablement et offrant un cadre de vie meilleur, grâce aux nouvelles bonnes pratiques éco-citoyennes». Le président de cette même ONG, quant à lui, a proposé l'établissement d'un programme de formation à l'attention des communes, pour répondre aux différents appels de projets proposant des financements, en outre l'organisation en partenariat avec l'APRUE, l'Agence nationale de promotion et de rationalisation de l'énergie. Il a également plaidé au profit de l'encadrement des investisseurs potentiels dans la valorisation des déchets et de promouvoir les actions et projets dans le domaine de l'économie verte afin de concrétiser des programmes locaux environnementaux. Dans le même registre, et pour revenir à la première partie du plan d'action, la direction de l'environnement a décidé de réaliser des airs de tri au niveau du centre d'enfouissement technique d'El-Ançor, ce qui va permettre aux habitants des localités environnantes de lancer des activités de valorisation des déchets.
Dans le volet de création, réhabilitation et entretien des espaces verts, la stratégie adoptée localement est basée principalement sur la réalisation et l'aménagement des jardins. À l'est d'Oran, au milieu du quartier d'affaires près du quartier El-Akid-Lotfi, deux superbes jardins ont été réalisés en 2016. Ils ont été baptisés sous les noms «Jardins citadins méditerranéens1 et 2». Sur la gestion et le plan de développement des espaces verts, notre interlocutrice explique qu’«avec la collaboration des services de la wilaya, nous avons élaboré un plan de développement des poches foncières inoccupées situées dans le tissu urbain, pour en faire des jardins, à l'exemple de l'ancienne gare des taxis interwilayas dans le quartier des Castors et pour celle d'El-Hamri». Outre l'aménagement des jardins, ce même plan d'action comprend la réalisation d'une «banque verte» destinée à accompagner la campagne «année verte» ayant pour but la plantation de plus de 50.000 arbres et arbustes de différentes espèces. La gestion de cette opération à laquelle participent la direction de l'environnement, la Conservation des forêts et les communes a été confiée à l'établissement public Oran-Vert.

Une banque verte

«Le wali a donné des instructions aux communes afin de prévoir dans leurs plans de gestion une somme d'argent pour l'achat des plantes. Ensuite, l'idée est de prendre une partie de ces plantes et de les stocker au niveau de la pépinière de l'EPIC d’Oran-Vert et de les mettre à la disposition des citoyens pour le verdissement de leurs cités, et ce par le biais des comités qui les représentent. Notre objectif est d'augmenter le ratio et le coefficient de verdure dans la wilaya d'Oran.»

Le mouvement associatif a contribué à sauver des espaces verts...

Que pense le mouvement associatif de ce plan d'action et comment s'implique-t-il dans sa mise en œuvre ? Et quel constat fait-il de la situation actuelle ? La présidente de l'Association pour la protection de l'environnement et la citoyenneté, Mme Mekki Zoulikha, estime qu’«à Oran, le mouvement associatif est très dynamique, ce qui a permis, poursuit-elle, avec la collaboration des pouvoirs publics, de récupérer et de sauver un grand nombre d'espaces verts qui ont failli être envahis par le béton». Notre interlocutrice souligne la création d'une coordination des associations écologiques oranaises, qui, selon elle, va contribuer à faire évoluer la situation sur le terrain. Par ailleurs, et dans le cadre des actions visant à promouvoir la culture de l'environnement, cette même association a lancé un projet de création d'une ferme pédagogique, «Petit Écolo», qui va être érigée sur une superficie de six hectares.
Les promoteurs de ce projet définissent la ferme pédagogique — par son élevage ou ses cultures — comme un outil au service de l'éducation du public, plus particulièrement des jeunes, dans le cadre scolaire et hors scolaire. Elle permet la découverte d'un autre environnement à travers l'animal et les cultures, des métiers de la terre et de toutes sortes de productions destinées aux consommateurs locaux. «La ferme pédagogique est un lieu privilégié pour l'éducation à l'environnement, la découverte du milieu rural à travers son patrimoine bâti, son patrimoine naturel, ses arts et traditions populaires, la connaissance du métier d'agriculteur avec son savoir-faire, ses actions sur l'élaboration des paysages, sa vie quotidienne», explique la présidente de l'association.

... et rend le citadin responsable et actif dans sa ville

Si une bonne partie du mouvement associatif à Oran semble s'inscrire en droite ligne avec la stratégie tracée par les responsables locaux du secteur, des techniciens et des spécialistes du domaine portent un autre regard sur la situation actuelle et sur les besoins de la ville d'Oran, notamment en ce qui concerne les espaces verts. Contacté par notre journal pour donner son avis sur le grand chantier du verdissement de la ville lancé par le wali d'Oran dans le cadre de l'opération «Année Verte», M. Brahim Toufik Sahraoui, architecte, maître assistant à l'université d'Oran qui réalisé de nombreuses recherches sur l'environnement urbain, estime que «le problème des espaces verts à Oran ne se pose pas en termes de quantité, mais en termes de qualité». Il ajoute que «des études ont montré que les proportions des surfaces destinées aux espaces verts, comptabilisées par habitant dans la wilaya d'Oran, demeurent en deçà des standards de l'Europe du Nord, à titre d'exemple».
Selon lui, les espaces verts dans la wilaya d'Oran connaissent un problème de gestion. «Certains jardins de la ville fonctionnent aux horaires administratifs, ce qui les empêche de remplir leur fonction d'espace de récréation. À cela s'ajoute l'insuffisance des moyens matériels et humains de leurs gestion et entretien. La division de la protection de l'environnement (DPE) relevant de la commune d'Oran souffre d'un manque de personnel et ne dispose pas de compétences spécialisées du domaine. Nous avons constaté aussi que la nature juridique d'importantes surfaces situées à l'intérieur des cités, et qui sont dédiée sinitialement pour la création d'espaces verts, demeure ambiguë et par conséquent se trouvent abandonnés. Dans le meilleur des cas, ces surfaces sont reconverties en parking ou aires de jeux anarchiques», soutient-il. Le même spécialiste relève une prise de conscience chez les pouvoirs publics pour l'intégration des espaces de loisir et de détente comme élément nécessaire au développement de la ville. Cependant, a-t-il ajouté, «la réalisation d'espaces verts par les promoteurs immobiliers au sein de leurs résidences et les couvertures engazonnées est devenue plus un argument de vente pour le produit immobilier». Pour M. Sahraoui, la question de l'espace vert dans la capitale de l'Ouest est le résultat d'un rapport de force entre les usagers, à travers des associations de sauvegarde de l'environnement et des actions collectives pour protéger des espaces dans leur entourage immédiat des convoitises. Dans une approche comparative avec les modèles de verdissement en vigueur dans certaines régions dans le monde, il a indiqué que la «tendance aujourd'hui dans les pays industrialisés est de considérer les espaces verts, non comme des points verts ici et là dans la ville, mais comme un réseau urbain, à l'instar des réseaux de communication. Aussi, l'idée du tout gazon a été corrigée et ne constitue plus une tendance dominante. Il s'est avéré que l'engazonnement amoindrit la biodiversité, consomme beaucoup d'eau et d'énergie pour son entretien. Aujourd'hui, le souci environnemental rend le citadin responsable et actif dans sa ville. On parle d'agriculture urbaine».
A. S.
 

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