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CONGRèS DE LA SOUMMAM : Un tournant de la lutte de libération

«Après deux années de lutte sur le terrain, la guerre de Libération nécessite une organisation et une stratégie militaire pour contrer l’ennemi. L’organisation est plus que nécessaire», c’est à partir de cette idée que fut organisé le congrès de la Soummam le 20 août 1956.

PUBLIE LE : 20-08-2017 | 0:00
D.R

«Après deux années de lutte sur le terrain, la guerre de Libération nécessite une organisation et une stratégie militaire pour contrer l’ennemi. L’organisation est plus que nécessaire», c’est à partir de cette idée que fut organisé le congrès de la Soummam le 20 août 1956. La tenue du congrès de la Soummam, le 20 août 1956, à Ifri Ouzellaguen, en plein cœur de vallée de la Soummam, a été un moment décisif de la guerre de Libération face à l’ennemi colonial. «Ce congrès nous a donné ce formidable sentiment que nous avions déjà un État », dira le moudjahid Si Meziane Sadki qui a été chargé de mener la garde sur le lieu du congrès.

Le congrès de la Soummam — présenté comme acte fondateur de l'État algérien moderne et pilier déterminant pour la réussite de la Révolution algérienne — a eu lieu le 20 août 1956 dans la commune d'Ouzellaguen. Il a été organisé principalement par Abane Ramdane qui a réussi à rallier à sa cause Ben M’hidi et Krim Belkacem.
Les partisans du congrès de la Soummam étaient Krim Belkacem, Omar Ouamrane, Si M'hamed Bougara, Youcef Zighout, Bentobbal, Slimane Dehilès, Azzedine, Si Lakhdar, Ali Khodja, Ali Mellah, etc. Mostefa Ben Boulaïd ne sera pas présent lors du congrès. La délégation extérieure, dirigée par Ahmed Ben Bella, n'a pu rejoindre le territoire. La stratégie mise en place par les dirigeants de la Révolution armée algérienne a prouvé que le déclenchement du premier novembre nécessitait impérativement un plan d’action à mettre en œuvre pour affronter l’armée coloniale, qui était mieux équipée sur le plan armement mais qui aurait tout le mal à se dessaisir des combattants héroïques algériens qui ne voyaient en cette guerre que la souveraineté et l’indépendance du pays malgré tous les sacrifices qui les attendaient. Il fallait s’organiser sur le terrain et occuper rationnellement le territoire où la présence coloniale était plus dense afin d’infliger le plus de pertes possibles à l’ennemi, mais surtout mettre en échec toutes les tentatives de représailles sur les populations innocentes.
Ainsi, cet événement historique a permis de jeter les premiers jalons de la Révolution algérienne et de mettre en place une plateforme pour mener et poursuivre héroïquement la lutte contre le colonialisme qui a permis à l’Algérie de recouvrer son indépendance et sa souveraineté nationale.
La tenue du premier congrès du FLN, plus précisément le congrès de la Soummam, le 20 août 1956 dans le village d’Ifri, en plein cœur de la vallée de la Soummam, constitue incontestablement l’une des pages les plus glorieuses de la lutte armée menée par le peuple algérien contre le colonialisme français.
Certes, le choix de ce village, situé dans la commune d’Ouzellaguen, dans la localité d’Ighezer Amokrane et à 8 km du chef-lieu de la commune, au milieu de ses chemins difficilement accessibles et des montagnes fortement boisées, n’est pas fortuit, il a été minutieusement étudié.
Au début, les préparatifs et le choix du lieu furent orientés vers la région des Bibans, dans une localité de Bordj Bou-Arréridj, car la présence des colons était moins importante. Suite à la découverte de documents, se rapportant à la tenue dudit congrès par l’ennemi transportés, sur la mule qui s’est égarée et réfugiée dans une ferme de colons, l’armée coloniale a déployé toutes ses forces armées le long des monts des Bibans jusqu'au haut plateau sétifien, sans pour autant déserter la petite Kabylie et sa vallée où le colonel Amirouche était renommé par la méthode d’organisation de ses troupes dans cette région.
Dès que les forces coloniales se sont déplacées à l’est du pays, le colonel Amirouche a choisi les montagnes d’Ifri. Cette région très boisée est encerclée par une chaîne de montagnes qui s’étend jusqu'à la forêt d’Akfadou, d’où une facilité de repli des moudjahidine en cas de danger et ce, malgré une forte présence des troupes coloniales sur l’axe de Tazmalt à Bejaia.
L’ennemi ne se doutait guère qu’au petit village d’Ifri une réunion pouvait avoir lieu, car en avril 1956, cette même armée avait farouchement bombardé les villages d’Ifri, Ibouzidene, Timeliouine et Tiouririne où plusieurs maisons ont été détruites et plusieurs personnes tuées.
Mais dès l’approche de la tenue du congrès de la Soummam, qui a nécessité une préparation minutieuse et secrète de la part des moudjahidine, les villages d’Ifri et Tiouririne connurent une présence et une activité inhabituelles de troupes de l’Armée de libération nationale (ALN). Une surveillance rigoureuse de tous les villageois était mise en place. Le moindre soupçon risquait d’entacher l’organisation et les préparatifs du congrès. D’ailleurs, les villageois ignoraient totalement ce qui se passer dans leur propre village.
A quelques jours de la tenue du congrès, l’ALN avait chargé les militants de la région de demeurer très vigilants et d’informer les moudjahidine de tout mouvement suspect des personnes étrangères au village. Chaque crête était surveillée, dans chaque ravin était posté un moudjahid, tandis que les femmes poursuivaient leurs tâches, à savoir préparer la nourriture qui sera acheminée vers le maquis.
A partir du 11 août 1956, les chefs de la Révolution des différentes zones ont commencé à arriver à Ouzellaguen pour se rendre ensuite à Ifri en parcourant plusieurs kilomètres à pied à travers les montagnes et forêts denses. Sur place, il fallait repérer un lieu plus sécurisé et difficile d’accès pour se rassembler et définir les grandes lignes de ce congrès. Après une longue et minutieuse inspection des lieux, la maisonnette de Da Meziane, constitué de deux pièces, isolées et cachée par une montagne, a été choisie pour abriter les travaux de ce congrès. Un lieu idéal et sécurisé pour accueillir les organisateurs. Les travaux se sont déroulés du 13 au 22 août soit plus d’une semaine (et non le 20 août uniquement. Car les réunions du congrès ont été achevées par les dirigeants de l’armée algérienne présents au congrès le 20 août 1956. C’est la date historique. Il fallait attendre la signature des documents). Donc une fois la cérémonie d’ouverture faite au village d’Ifri, les travaux des jours suivants se sont poursuivis a Tiouririne. La maisonnette de Da Meziane servait de secrétariat au congrès où tous les rapports manuscrits devaient être acheminés pour la frappe avec deux petites machines dactylographiques. Le 22 août, les chefs de la Révolution se sont regroupés à nouveau dans cette maison pour parachever les documents. De là, l’organisation de l’ALN est définie et les objectifs de la Révolution sont codifiés. Certes, le 20 août 1956 vit le couronnement de tous les efforts de cette armée de libération par cette réunion historique où un plan de lutte armée a été mis en place. Alors que tous les congressistes ont déjà rejoint leurs zones respectives, l’armée française ayant appris la nouvelle s’est lancée dans une répression farouche qui s’est abattue de nouveau sur les villageois d’Ifri et des douars environnants. Le bilan s’est alourdi en quelques jours, des maisons détruites, plusieurs morts et des arrestations ont eu lieu, mais la détermination de ces villageois pour la cause nationale était encore plus importante.

Ifri : un musée du souvenir

Le musée d’Ifri qui demeure le symbole de cette héroïque lutte de Libération a été inauguré en 1984 par le défunt Président Chadli. En cette occasion, ce lieu a accueilli la grande vedette Warda El Djazairia qui chanta pour la première fois le congrès à Ifri. Une chanson écrite et interprétée sur place. Dès lors le musée d’Ifri est inscrit dans le patrimoine historique de l’Algérie.
Constitué d’une grande salle où sont exposés sur les murs et dans des armoires vitrées très sécurisés, des armes et munitions, des portraits de martyrs et moudjahidine, des tenues de moudjahidine, dont celle du colonel Mira Abderrahmane, des manuscrits et coupures de journaux ainsi qu’un drapeau national confectionné à la main et qui date de 1954. Du côté opposé sont exposés des hélices d’hélicoptères, des chaussures et treillis, des casques et des canons rouillés. Juste à côté de cet endroit se dresse une bibliothèque avec plus de six cents ouvrages destinés essentiellement aux étudiants, chercheurs et enseignants qui veulent se documenter sur l’histoire algérienne.
Ce musée qui dépend du musée régional de Tizi-Ouzou est dans un état de délabrement avancé vu le manque d’entretien et surtout l’absence d’autonomie locale pour sa gestion et son fonctionnement. Selon, un responsable de la commune d’Ouzellaguen « une fiche technique de réhabilitation totale avec une étude et réalisation, avec de grosses réparations a été élaborée et transmise au secteur de la culture, mais pour l’instant, il n’y a aucune opération engagée ni travaux lancés et qui sont inclus dans le programme communal de développement.
Néanmoins, l’APC intervient en faveur de ce musée en lui assurant le mazout pour le chauffage, le transport pour les déplacements et le pavoisement des lieux dès que les besoins sont exprimés ».
Par ailleurs, la stèle érigée à l’entrée de ce musée ne comporte aucune liste de martyrs de la région, comme nous l’a si bien souligné Ammi Mohand Arab, un moudjahid de la localité : « En plus qu’aucun martyr n’est inscrit sur cette stèle, le musée nécessite des grosses réparations pour qu’il retrouve sa vocation de lieu d’information et de documentation sur l’histoire de l’Algérie.
Depuis 1984, les choses n’ont pas changés ici, bien que le village a bénéficié d’un programme de développement avec la route qui est goudronnée, les chemins bitumés, une école pour les enfants, une adduction d’eau potable, tout cela grâce à l’implantation de ce musée qui est visité très fréquemment surtout en été avec les festivals et les visites organisées où le nombre de visiteurs dépasse les 500 personnes jours ».
Ces visiteurs qui affluent vers le musée effectuent également une virée à la vieille maison constituée de deux petites pièces qui a abrité les travaux du congrès de la Soummam, le 20 août 1956.
Ainsi, le musée d’Ifri qui demeure incontestablement un symbole de cette lutte armée qu’a mené le peuple algérien mérite une attention plus particulière avec le lancement des travaux de réhabilitation et surtout le transfert de sa gestion vers la direction des moudjahidine de Bejaia.
    Mustapha Laouer

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