samedi 15 aot 2020 08:34:41

Notes de lecture :  «Loin de la source» d’Abderrahmane Mekhelef

Les derniers moments de la guerre de Libération

PUBLIE LE : 20-04-2011 | 17:18
D.R

L’Histoire de la victoire des Algériens vécue dans une innommable journée de liesse populaire le 5 juillet 1962 qui marque la fin de la Guerre de libération nationale et l’entrée triomphale du peuple algérien dans l’Indépendance, cette histoire dont la mémoire ne retient que les moments de festoiement a été arrachée au prix de la haine et du sang à une année de la signature des Accords d’Evian et de la constitution du GPRA.

Le roman «Loin de la source»,  sorti il y a de cela, une année aux éditions APIC, raconte dans une épaisse fiction romanesque mêlée de faits historiques véridiques, le redoublement de violence des forces coloniales, notamment les sanglantes exactions de l’OAS  contre la population algérienne qui en juillet 1961 sentait venir enfin, le vent de la liberté aux portes de la ville d’Alger, dont la mémorable Casbah était le théâtre d’une bataille redoutable face à un ennemi qui ne voulait pas admettre sa défaite jusqu’aux derniers instants de la lutte armée. 
C’est dans ce contexte historique précis que le romancier installe son intrigue autour de personnages centraux acteurs d’une longue guerre de 7 années qui tirait vers sa fin alors que le fief des combattants du FLN cristallisé dans les ramifications de la Casbah livrait une lutte sans merci et que la liste des martyrs devait encore s’allonger devant le déploiement des zouaves qui martelaient de leurs souliers de brodequins les ruelles de l’antique médina : «La Casbah a toujours été le sanctuaire du Front, elle en a porté ses plus vaillants fils, veillé sur eux comme la plus vigilante des mères, offrant ses secrets, ses puits, ses portes dérobées, ses terrasses et ses labyrinthes, pour dérouter l’ennemi.
Même la formidable répression qui s’est abattue sur elle, lors de la Bataille d’Alger, n’a pas épuisée ses ressources, et elle en a administré une preuve cinglante, lors des manifestations patriotiques de décembre 1960… » (p. 21).
Le personnage d’Ahmed sur lequel se focalise la fiction est l’un de ses valeureux combattants, de souche algéroise, de mère kabyle installée dans une de ces maisons au style mauresque de la Casbah, il est le militant anonyme et en même tant l’intellectuel du quartier, dans cette Casbah qui a vu naître des héros et dont il connaît les moindres recoins.
Avec ce personnage est décrite la lutte armée en milieu urbain, une lutte qui se faisait sous le sceau du secret et où chaque combattant devait obéir aux consignes de l’organisation qui prévoyait en cas d’arrestation de ne pas trahir ses membres.
Le narrateur décrit la sauvagerie de l’arrestation de Mahmoud et la torture qu’il subit de la part de ses tortionnaires dont il arrive à se libérer sans livrer le nom de ses compagnons pour finalement être abattu  dans la nuit noire au terme d’une course-poursuite, au coin d’une rue, à l’orée de l’Indépendance.
Dans ce livre qui fourmille d’indications sur la vie et le parler citadin ainsi que sur la mentalité typiquement algéroise d’alors, on découvre les sentiments du personnage central pour sa dulcinée Hassiba, un amour fait de fidélité et d’attirance réciproque, les deux personnages partageant les mêmes idéaux de liberté et une sorte de personnalité commune au couple algérien façonné par des valeurs du terroir. Au fil de cette histoire d’amour se lit le long et périlleux combat d’Ahmed qui part se cacher après la capture d’un de ses camarades dans la ville d’Oran grâce à la complicité de sa fiancée et d’une certaine Pauline.
Le roman qui se présente sous la forme de trois chapitres décrit dans sa presque totalité les prémices de la victoire avec son cortège de joies, l’état d’esprit des algériens en pleine effervescence dans les rues d’Alger qui, grands et petits participent dans un ultime élan libérateur (le livre arrive à traduire d’ailleurs le sentiment de peur intense provoqué par la répression coloniale dans une ville en proie à  des attentats et meurtres) à des manifestations où le peuple brandit derrière les youyou l’emblème national malgré la menace des patrouilles de polices et gendarmes français.
Voyage aux confins de la mémoire, il faut dire que Abderrahmane Mekhelef est lui même natif de la Casbah en 1937, et ancien  fondateur de l’A.P.S, sa biographie est par ailleurs riche, ce roman est en même temps un fragment de l’histoire restituée  sur une période assez méconnue des Algériens.
Un roman dense de sensations, écrit avec une plume incisive, un style et un souffle romantiques malgré certaines descriptions détaillées qui alourdissent quelque peu la narration et le texte.
Lynda Graba .
 

DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions