mercredi 23 aot 2017 01:31:51

Calligraphies de Saliha Khelifi : perception et émotion

Une démarche picturale complexe, mais riche de sens

PUBLIE LE : 13-08-2017 | 0:00
D.R

Dans cette exposition qui a été prolongée au-delà du 4 août à la galerie Asselah-Hocine, il ne sera question, on l’aura compris, ni d’analyses de mouvements ni de recensions de stricte actualité, quelle qu’elle soit. Ici, le souci constant de l’artiste est de mettre le discours à l’épreuve de son objet et de faire de l’œuvre la mesure de tout projet théorique. Avec deux grilles de lecture privilégiées, celle de la philosophie d’une part, celle de la calligraphie de l’autre. Et l’on sait que chez les philosophes, l’image et le regard sont deux choses différentes, et qu’en termes philosophiques, la question de la perception et de l’émotion est essentielle. Sommes-nous dès lors devant une quête d’esthétique philosophique, la philosophie appliquée à l’esthétique, de surcroit calligraphique ? Tout dépend de ce que l’on sous-entend en ces qualificatifs. S’il ne s’agit pas d’une revue d’art calligraphique au sens traditionnel du terme, il s’agit toujours de quêter un savoir de la perception et l’émotion, la tentative d’une rencontre entre discours et figure, les deux soumis à la temporalité de ce vécu et de ce perçu. L’enjeu pour Saliha Khelifi sera donc de choisir comment appréhender cette temporalité, soit, dans ce cas, ce qui est d’échapper au contextuel de l’œuvre d’art, et comment donner forme au discours sans tomber dans une systématique, que ce soit du côté de l’œuvre de l’artiste ou du côté des grilles de lecture approchées. Et de l’émotion.

Une démarche picturale complexe, mais riche de sens

Il est vrai qu’on risque de l’oublier lorsqu’on évoque l’œuvre comme mesure de tout projet théorique. C’est au spectateur peut-être de faire... la part des choses afin de ne pas concevoir la démarche de l’artiste comme seule finalité, mais comme possibilité de revenir à l’œuvre d’art. Une démarche picturale complexe mais riche de sens. On l’aura bien compris, car si la position de l’artiste est à l’origine «traditionniste», elle l’est forcément moins dans la réalité. L’approche historique est certes herméneutique (qui a pour objet l’interprétation des textes —philosophique, religieux— et des symboles), voire même le texte d’introduction classique à l’œuvre d’art et au travail de l’artiste se retrouvent également au sein de la galerie Asselah-Hocine. Chaque toile donne ainsi lieu à une contribution textuelle complémentaire, en général sous forme de citation. Soit, dans l’ensemble, des pistes de recherche successives : aucun «dossier» n’est clos ; l’image et l’écriture se complètent d’ailleurs les unes les autres. Ainsi, cette dernière livraison de Saliha Khelifi concerne la calligraphie, ou plutôt l’émancipation de la calligraphie qui a contribué davantage aux «distorsions» de l’art contemporain que la prétendue crise de la représentation, la première fois sans doute que l’artiste s’attaque à un sujet qui à première vue semble plus proche du «faire» que du concept.  Qui «semble», en effet, car le fil conducteur de l’exposition qui est en contrepoint ou en parallèle, sera plutôt de la trace, du tracé, du graphe, voire même du champ que d’aborder la toile de façon linéaire. Pas d’ébauche ou de dessin préparatoire, seulement en guise de préambule, «dessin» non plus sous-jacent mais «sur-jacent», graphes sur papier mais... au pinceau, imaginaire dessiné. De fait, l’émergence de l’art calligraphique a davantage accentué l’importance des arts plastiques, non préparatoire, mais corollaire. Sans prétendre à l’analyse historique ou contextuelle, la contribution de Saliha Khelifi en trace quelque peu les premières pistes.
Kamel Bouslama
 

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