dimanche 22 octobre 2017 18:09:59

Attentat du 10 Août 1956 à la Casbah : Un crime barbare

En 1957, la Révolution algérienne avait atteint son paroxysme en milieu urbain. C’était la fameuse bataille d’Alger.

PUBLIE LE : 10-08-2017 | 0:00
D.R

En 1957, la Révolution algérienne avait atteint son paroxysme   en milieu urbain. C’était la fameuse bataille d’Alger. Les actes de répression qui s’en suivirent, le contre-pouvoir des partisans de la colonisation n’ont trouvé que le silence coupable des autorités face à toutes ces  basses besognes. Ainsi, le 10 août 1956, les ultras avaient perpétré un attentat criminel et sanglant d’une rare violence à la Casbah d’Alger, rue de Thèbes plus précisément. Les historiens Benjamin Stora et Renaud de Rochebrune, dans La guerre d’Algérie vue par les Algériens, l’ont qualifié de «plus grand attentat terroriste sans cible définie», donc visant prioritairement et en grand nombre des civils innocents.
Cet acte odieux revendiqué par «le comité antirépublicain des quarante», à sa tête André Achiary, ancien préfet de Guelma lors des événements du 8 mai 1945, va causer la mort de 70 personnes, pour la plupart des enfants, des femmes et des vieillards. Mais que s’est-il donc passé ce jour-là, à la Casbah ? Une 203 noire s’arrêta boulevard de la Victoire, à Bab Djedid, sur les hauteurs de l’antique citadelle après avoir emprunté les tournants Rovigo (actuellement Debbih Cherif). Le véhicule avait été contrôlé à deux reprises par des patrouilles militaires. Le boulevard de la Victoire était désert. Le conducteur mit la main sur un paquet enveloppé de papier journal et le passa à son compagnon. Les deux hommes étaient tendus. Le chauffeur jeta un coup d’œil dans le rétroviseur, puis regarda sa montre. Minuit moins le quart, l’horaire opportun pour accomplir le sinistre forfait. L’homme enjamba fébrilement les marches des ruelles étroites et tortueuses qui le menèrent jusqu’à la rue de Thèbes en plein cœur de la cité. Les rideaux des échoppes étaient tous baissés. Il était décidément nerveux. Il plaça le paquet dans le renforcement d’une porte ouvragée au n° 9. La 203 démarra aussitôt. Le policier et son auxiliaire avaient tout le temps de regagner le quartier européen avant l’explosion. Quand la bombe explosa, un épais brouillard blanchâtre fait de fumée, de poussière, de gravats pulvérisés enveloppa la rue. Des cris, des gémissements s’élevaient des décombres. La Casbah avait été réveillée par la violence de l’engin mortel et déjà les voisins en tenue de nuit venaient aux nouvelles. Le spectacle était affreux. La déflagration avait été telle que la voûte supportant deux pâtés de maisons s’était écroulée. Les immeubles des 8, 9, 9 bis et 10 s’étaient écroulés. La voûte en s’effondrant avait entraîné l’étage, il ne restait qu’un trou béant. Coincé par un rebord de mur qui avait résisté, on apercevait au deuxième étage, en équilibre au bord du vide, un buffet aux portes arrachées qui laissait voir des piles de vaisselle brisée. Aux gémissements se mêlaient les lamentations des femmes accourues en hâte.
Les volontaires entreprirent de dégager les décombres. Des chaînes se formèrent, tirant de l’amoncellement de pierres, de poutres, de plâtre tous les objets usuels qui constituaient un instant auparavant toute la fortune des habitants.
Et bientôt, les premiers corps furent retrouvés, horriblement  écrasés, déchiquetés. On vit se traîner un homme dont la jambe était cassée qui tenait entre ses bras un bébé mort. On le soutint. Il ne voulut pas lâcher le cadavre. La chaîne passa de plus en plus de cadavres. On dénombra officiellement neuf enfants morts, dont trois de sept, huit mois et deux anset six adultes. Le bilan réel fut amplement plus élevé. Les responsables du FLN firent des discours publics pour empêcher la population de sortir de la Casbah et de déferler sur les quartiers européens. En plus de la répression des différents services de sécurité, les maximalistes de la colonisation française en Algérie se sont mis à l’œuvre. Bien que l’arsenal répressif ait été amplement renforcé, notamment avec l’arrivée de Guy Mollet à la tête de la présidence du Conseil, il n’en reste pas moins que les autorités coloniales fassent abstraction de la violence des Ultras. Ce jour-là, à la rue de Thèbes, les acolytes d’un des futurs dirigeants de l’OAS, André Achiary, ont frappé fort.
Le bilan est énorme. On tentait  de minimiser les dégâts afin que l’opinion internationale, notamment ne s’indignât pas. D’une façon générale, bien que les ultras soient connus pour leur extrémisme, l’éventualité de perdre l’Algérie décuple leur haine et va les réunir dans une funeste cause commune. Malgré l’identification des auteurs de l’attentat, la justice ne les inquiétera pas.
M. Bouraib
 

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