dimanche 23 juillet 2017 01:50:11

Kechrouda, présentée au TNA : la vie après le pétrole

Kechrouda est une pièce du genre comédie noire, la nouvelle pièce théâtrale mise en scène par le talentueux dramaturge et metteur en scène Ahmed Rezzak, quelques mois après son dernier triomphe, Torchaka, qui a marqué grand et petit.

PUBLIE LE : 15-07-2017 | 0:00
Ph.Nesrine.T

Après une tournée à travers les théâtres régionaux, Kechrouda est revenue au Théâtre national Mahieddine-Bechtarzi, mercredi et jeudi derniers, au bonheur du public algérien. Le défi est, cette fois-ci, de taille pour Ahmed Rezzag. Cette pièce narre, durant plus d’une heure trente minutes, l'histoire d’une  famille vivant dans le futur. Le destin de Kechrouda a choisi qu’elle soit née dans un pays du sud en 2098, l’année qui signera la fin du pétrole et qui annoncera le tarissement des réserves de gaz. De Soussa, en contact avec Mansour le garçon de café du quartier, et Ahmed, un père qui se retrouve dans l’obligation de vendre sa demeure pour soigner sa femme Yamna, atteinte de cécité, qui vit le cauchemar sous le même toit avec une belle-mère râleuse, au frère M'Barek, le pompier qui revient au foyer après s’être fait renvoyer par sa femme, et enfin au vétérinaire, venu rendre la vue à Yamina, les personnages ont réussi à décrire le désordre familial et le cataclysme social, dans la satire et le jeu ubuesque. Un véritable témoignage d’une misère fatale. Respectivement rendu par Loubna Noui, Ali Achi, Sabrina Korichi, Hichem Guerah, Haouès Mohamed, Larbi Bahloul, Riadh Djefafla, ainsi que l'agent des impôts, Zoheir Atrous. Occupant tous les espaces de la planche du prestigieux TNA, ces talentueux artistes ont brillamment porté la densité du texte dans un rythme ascendant aux échanges alarmants suscitant la réflexion. Une société dont le seul modèle économique est le troc. On pourra échanger un terrain agricole contre un pantalon, pour la simple raison qu’on ne saura plus en ces temps-ci, ce que signifiera l’agriculture.
Le spectacle dessine un tableau des survivants de cette société qui a été trop passive devant la délocalisation de toutes ses richesses morales et matérielles. Vivant dans la misère et la pauvreté, les personnages roturiers, aux accoutrements déchirés, évoluent dans une maison à l'état de délabrement avancé, dans un environnement socio-économique devenu impitoyable, où le débit même des échanges de propos est minuté et soumis à l'impôt, que Zoheir Atrous, autoritaire et désagréable, venait régulièrement récupérer. Au fil de l'histoire, la misère de l'avant-indépendance ressurgit, mais cette fois-ci avec plus de ténacité. Cela suite à l'expiration de toutes les ressources naturelles, entre autres le pétrole, sur lesquelles le pays comptait pour survire. C'est ainsi que les populations sont livrées à elles-mêmes. Le pantalon sera le symbole de la bourgeoisie et du prestige. Un pantalon qui deviendra un précieux héritage, puisque le plus chanceux guettera la mort même de son père en impatient héritier… Comment allons-nous y vivre si cela arrivait vraiment ? Ça laisse à réfléchir !
Sihem Oubraham


Ahmed Rezzak, metteur en scène de Torchaka, à El Moudjahid :
« une réflexion sur la valeur du travail »

Rencontré, mercredi soir, juste après la fin du spectacle dans les coulisses du prestigieux théâtre d’Alger le TNA, le grand dramaturge et metteur en scène Ahmed Rezzak était très dévoué pour réponde à nos questions.

Kechrouda… comment avez-vous eu l’idée pour ce titre ?   
Kechrouda est d’abord cette fille qui naîtra un jour de 2098 dans une région du Sud. Le choix de cette année n’est pas anodin … C’est une année qui signera la fin du pétrole et qui annoncera le tarissement des réserves de gaz. Kechrouda est surtout ce voyage dans une société de l’après-pétrole. Un véritable témoignage d’une misère fatale. Une société dont le seul modèle économique est le troc.

Justement, cela fait peur même d’imaginer cette vie après le pétrole ! Pourquoi avoir choisi ce sujet ?
Je m’inspire toujours de la réalité... Rien n'est éternel, cette pièce est une modeste réflexion sur la valeur du travail et de la recherche. La situation ne cesse de se dégrader, sur tous les fronts. Je pense que la conjoncture actuelle nous mène tout droit vers un chaos inévitable, c’est pour cette raison que mes textes s’adressent à nos contemporains. Avec le rythme actuel où vont les choses et la déliquescence remarquée de toutes les normes et les références humaines, je reste très sceptique. Nos sociétés actuelles se dirigent tout droit vers un mur.

Le public algérois n’est pas méconnu pour vous… comment pensez-vous qu’il a perçu le spectacle ?
Le public a favorablement accueilli la pièce. La salle était pleine durant les deux présentations. Le public applaudissait les différentes situations empreintes d'allusions et de métaphores, a adhéré au spectacle, saisissant dans la délectation l'importance du message qu'il contenait. Cela me réjouit beaucoup. Je ne vous cache pas également ma joie. Aucun des spectateurs n'a quitté le théâtre avant la fin de la présentation de la pièce. Ce sont de bons signes pour moi. Les spectateurs qui se sont approchés de moi après la fin du spectacle m'ont exprimé leurs joie et satisfaction d'avoir vu Kechrouda, et cela m'a beaucoup flatté.
Propos recueillies
par : S. Oubraham



 

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