dimanche 23 juillet 2017 01:52:25

Proclamation de la Prophétie (I)

Lorsqu'il arrivait au Messager de Dieu de passer devant un groupe de Qurayshites, ces derniers parlaient entre eux à voix basse, en lui adressant un regard de commisération

PUBLIE LE : 28-06-2017 | 0:00
D.R

Par Mahmoud Hussein - 28e partie

Lorsqu'il arrivait au Messager de Dieu de passer devant un groupe de Qurayshites, ces derniers parlaient entre eux à voix basse, en lui adressant un regard de commisération :
— C'est Muhammad ibn 'Abd Allâh. Il dit qu'il reçoit des paroles du Ciel et se prend pour le Messager de Dieu. Il raconte que Dieu lui envoie du Ciel un ange, pour lui apprendre la nouvelle religion.
Puis ils reprenaient le fil de leur conversation.
Cependant il y eut des hommes et des femmes, parmi les plus vulnérables, qui crurent très tôt en Dieu et en Son Prophète.
Yâsir était d'origine yéménite. Venu à La Mecque à la recherche d'un de ses frères, dont la trace avait été perdue à la suite d'une guerre, il avait pu y rester en se soumettant à un notable mecquois nommé Abû Hudhayfa. Des années plus tard, ce dernier l'avait marié à l'une de ses filles, Samiyya, et avait fini par lui rendre sa liberté à la naissance de leur fils ‘Ammâr.
‘Ammâr vécut chez Abû Hudhayfa jusqu'à la mort de ce dernier. Lorsque fut proclamé l'islam, il fut l'un des premiers à se rendre chez al-Arqam, où le Messager de Dieu recevait ceux qui embrassaient la nouvelle religion. À la porte d'al-Arqam, il rencontra un homme, à qui il demanda :
— Que viens-tu chercher?
— Et toi, que viens-tu chercher?
— Je suis venu entendre la parole de Muhammad.
— Et moi de même.
Ils entrèrent ensemble chez le Prophète, qui les invita à embrasser l'islam. Ce qu'ils firent tous les deux, peu après suivis par le père et la mère de Ammâr.
L'homme qui était entré chez le Messager de Dieu en même temps que ‘Ammâr s'appelait Suhayb ibn Sinân. Alors qu'il était encore un enfant, son père travaillant comme ouvrier de Khursû, dans une cité au bord de l'Euphrate, les Byzantins avaient envahi la région et Suhayb avait été pris comme esclave. Il avait grandi en pays romain. Puis un homme de la tribu de Kalb l'avait acheté, emmené à La Mecque et revendu à 'Abd Allâh ibn Jad’ân, qui avait fini par lui rendre sa liberté. Dès la proclamation de la Prophétie, ayant appris que le Messager de Dieu recevait chez al-Arqam, Suhayb s'y était rendu aussitôt.
D'origine éthiopienne, Bilal avait aussi été esclave avant d'embrasser l'islam. De même que Khabâb ibn al-'Irth, qui avait été amené au Hijâz par des gens de Rabî'a et revendu à une femme, qui lui avait rendu sa liberté. D'autres hommes, mais aussi plusieurs femmes esclaves, se convertirent à l'islam en ce temps-là. Les gens de La Mecque les appelaient les vulnérables, pour souligner le fait qu'ils n'étaient protégés par aucun clan.
Lorsque le Messager de Dieu s'asseyait dans la Mosquée, les faibles faisaient cercle autour de lui. Les Qurayshites se gaussaient d'eux en disant :
— Voici donc ses compagnons ! Voici ceux que Dieu, parmi nous, a choisi pour frayer la juste voie ! Si le Message de Muhammad avait été véridique, ces gens-là ne l'auraient pas compris avant nous. Dieu ne l'aurait pas destiné à ces gens-là plutôt qu'à nous!  
Un petit nombre de Mecquois, parmi les proches du Prophète, avaient aussi cru en lui. Mais les idolâtres ne s'en inquiétaient pas. Ils y voyaient moins de raisons de s'en indigner que de se moquer d'eux.
Lorsque venait l'après-midi, le Prophète et ses compagnons se dispersaient. Ils s'en allaient discrètement par les sentiers de La Mecque, tout seul ou par deux, vers les lieux où ils pouvaient se consacrer à la prière. Or, un jour que certains d'entre eux faisaient leurs ablutions et se préparaient à la prière, une bande d'idolâtres, qui les avait épiés et suivis, fit irruption au milieu d'eux.
Les idolâtres se moquèrent des musulmans et ridiculisèrent ce qu'ils faisaient. Ils poussèrent si loin la raillerie que Sa`d ibn Abû Waqqâs, excédé, finit par se saisir d'un os de chameau à portée de sa main et frappa l'un des idolâtres, qu'il blessa au visage. Une empoignade s'ensuivit, où les musulmans prirent le dessus, qui boutèrent les idolâtres hors de chez eux et les poursuivirent jusque dans les sentiers avoisinants.
Ce fut le premier sang versé au nom de l'islam.
Trente-huit Mecquois avaient embrassé la nouvelle religion.
Abû Bakr demanda au Prophète de la prêcher au grand jour. Le Prophète répondit :
— O Abû Bakr, nous sommes encore trop peu nombreux.
« Avertis tes proches»
Dieu enjoint à Muhammad de prêcher ouvertement l'islam, en commençant par les gens les plus proches de lui il réunit tous les descendants de Abd al-Muttalib, par deux fois. Aucun d'entre eux n'est prêt à le suivre. Mais Abû Tdlib, chef du clan, jure de le protéger. Cependant les musulmans non protégés sont soumis à la torture.
Trois armées passèrent, durant lesquelles le Prophète ne prêcha l'islam qu'à ceux qui venaient vers lui et le lui demandaient ou à ceux de ses proches auxquels il faisait confiance.
Mais un jour le Très-Haut lui enjoignit :
«Avertis tes proches ! »
Lorsque ce verset fut révélé au Prophète et qu'il en pénétra le sens, il comprit que le Tout-Puissant lui ordonnait de prêcher désormais l'islam publiquement, d'appeler ouvertement les siens à renier leurs idoles et à adorer le Dieu Unique. Il craignit que la tâche ne fût au-dessus de ses forces, car elle ne pouvait manquer de provoquer le ressentiment des gens qui lui étaient le plus proches. Alors le Messager de Dieu demeura chez lui durant près d'un mois, sans sortir ni rencontrer aucun de ses compagnons.
Ses tantes s'alarmèrent de sa longue réclusion et, craignant qu'il ne fût tombé malade, allèrent lui rendre visite. Il leur dit :
— Je ne me plains de rien. Mais Dieu m'ordonne de prêcher l'islam à mon clan. Je me prépare à réunir les Banû 'Abd et al Muttalib pour les appeler à Dieu.
Ses tantes lui dirent :
— Soit, mais n'invite pas 'Abd al-Uzza.
Quelque temps auparavant, une violente querelle avait éclaté entre deux oncles paternels de Muhammad, Abû Tâlib et 'Abd al Uzza. Ce dernier s'était assis sur la poitrine de son frère et avait commencé à le frapper au visage. Muhammad, ne pouvant supporter de voir Abû Tâlib ainsi traité, avait pris’Abd al-’Uzza par les épaules et l'avait jeté à terre. 'Abd al-’Uzza, dont deux des fils avaient épousé deux des filles du Prophète, s'était relevé furieux
— Nous sommes tous les deux tes oncles paternels. Pourquoi prends-tu le parti d'Abû Tâlib contre moi? Par Dieu, mon cœur te sera à jamais fermé.
Ayant dit ce qu'elles avaient à dire, les tantes du Prophète le quittèrent sur ces mots :
— Nous te donnons notre avis. Mais, certes, nous ne sommes que des femmes.
Ali ibn Abû Tâlib raconte
Lorsque fut révélé au Prophète le verset : « Avertis tes proches! », me dit :
—’Ali, Dieu m'a commandé d'avertir mes proches. Cela m'a contrarié, car je sais que, si je les presse, ils agiront de manière détestable. J'ai feint de ne pas entendre, mais Gabriel est venu me dire : « Muhammad, si tu ne fais pas ce qui t'a été ordonné, Dieu te châtiera !» Prépare-nous donc un plat de gruau avec un gigot de mouton et emplis une cruche de lait. Puis réunis ici les Banû Abd al-Muttalib, afin que je leur parle comme il m'a été ordonné.
Je fis ce que m'avait demandé le Messager de Dieu et invitai les Banû 'Abd al-Muttalib. Ils furent près de quarante à répondre, dont les quatre oncles du Prophète, Abû Tâlib, Hamza, al-’Abbas et 'Abd al- Uzza. Lorsqu'ils furent réunis, le Messager de Dieu me demanda d’apporter le plat que j’avais préparé. Il prit un morceau de viande,
qu'il coupa avec les dents puis remit dans le plateau. Et il dit
— Servez-vous, au nom de Dieu.
Ils mangèrent à satiété. Par Celui qui tient mon âme entre Ses foins, chacun d'entre eux mangea le plat entier. Puis le Messager de Dieu me dit :
— Donne-leur à boire.
J'apportai la cruche et ils burent jusqu'à étancher leur soif. Par Dieu, chacun d'entre eux but le contenu entier de la cruche.
Le Messager de Dieu s'apprêtait à prendre la parole, quand 'Abd al-lIzza s'écria :
— Il nous a servi un repas ensorcelé.
Puis, se tournant vers le Prophète, il dit :
— Nous sommes tes oncles et tes cousins. Parle-nous de ce que tu veux, mais pas de ton message! Sache que ton clan ne pourra pas s'opposer à l'ensemble des Arabes. Si tu persistes dans ton entreprise, il vaut mieux que ce soit les tiens qui t'arrêtent, plutôt que les autres clans de Quraysh qui s'en prennent à toi, soutenus par le reste des Arabes. Ah, neveu, je ne connais personne qui ait fait autant de mal aux siens que toi !
Ces paroles laissèrent le Messager de Dieu sans voix. II renonça à parler ce soir-là et, les jours suivants, se referma sur lui-même, ne cessant de ruminer le propos de 'Abd al- Uzza. Mais Gabriel redescendit le voir, lui rappela son devoir et le réconforta. Alors le Prophète me dit :
—'Ali, 'Abd al- Uzza a pris la parole à ma place et les gens sont partis avant que je n'aie pu dire ce que j'avais à dire. Prépare-nous un autre plat et invite-les à nouveau.
Je les invitai à nouveau. Ils revinrent et s'assirent autour du Prophète, qui me demanda d'apporter le plat. Il fit comme il avait fait la fois précédente. Ils mangèrent tous à satiété et, lorsqu'ils eurent fini, le Prophète me demanda de leur donner à boire. Je rapportai la cruche de lait et ils burent tous jusqu'à étancher leur soif. Puis le Messager de Dieu dit :
— Je rends grâce à Dieu. Je Le loue et implore Son aide. Je crois en Lui et m'en remets à Lui. Je témoigne qu'il n'y a de Dieu que Lui, qu'Il est Unique et sans associé.
Il poursuivit :
— Le guide ne ment pas aux siens. Par Dieu, même si je mentais à tout le monde, je ne vous mentirai pas! Même si je trompai, tout le monde, je ne vous tromperai pas! Par Dieu, qui est Unique et sans associé, je suis le Messager de Dieu. Il m'envoie à vous en particulier et aux gens en général. O Banû ‘Abd al-Muttalib, je ne connais pas de jeune Arabe qui annonce à son peuple  bonnes nouvelles que moi. Je vous offre le meilleur de cette vie et de l'autre. Dieu m'a ordonné de vous convier à L'adorer. Par Dieu, vous mourrez comme vous dormez et vous ressusciterez comme vous vous réveillez. Vous répondrez de vos actions. Vous trouverez le bien pour le bien que vous avez fait, et le mal pour le mal. Ce sera le Paradis éternel ou l'Enfer éternel. Vous êtes les premiers avertis. Qui d'entre vous me soutiendra, qui sera mon frère, mon légataire et mon représentant?
Aucun d'entre eux ne voulut répondre à son appel.
J'étais alors le plus jeune d'entre eux, je souffrais des yeux, j'avais un gros ventre et de maigres jambes. Mais je me levai et dis :
— O Messager de Dieu, je serai ton représentant.
Le Messager de Dieu me dit :
— Assieds-toi.
Il répéta son appel trois fois. Je me levai trois fois et il me dit deux fois :
— Assieds-toi.
A la troisième, il mit sa main sur la mienne et dit :
— C'est mon frère, mon légataire et mon représentant. Écoutez-le et obéissez-lui.
Alors Abû Tâlib dit :
— Nous aurions aimé pouvoir te soutenir et t'accompagner. Nous avons entendu ton exhortation, qui a renfrcé notre foi en ta parole. Voici réunis les Banû ‘Abd al-Muttalib. Je suis l'un d'eux, et le premier d'entre eux à aller au-devant de tes souhaits.  Poursuis donc la tâche qui t'a été ordonnée. Par Dieu, je ne cesserai de te protéger et de te défendre. Mais je ne puis renier la religion de ‘Abd al-Muttalib. Je mourrai comme il est mort.
Tous les autres eurent des paroles aimables, à l'exception de 'Abd al ‘Uzza, qui dit :
—Par Dieu, tout cela est grave. Ramenez-le plutôt à la raison, avant que d'autres ne s'en prennent à lui. Et dans ce cas, si vous l'abandonniez vous seriez humiliés et si vous le défendiez vous seriez tués.
Mais Abû Tâlib répliqua :
—Par Dieu, nous le protégerons tant que nous vivrons. Les autres se levèrent en plaisantant :
— Ne t'a-t-il pas ordonné d'écouter ton fils et de lui obéir ?
Le Prophète monta ensuite sur une des collines surplombant La Mecque, et éleva la voix pour se faire entendre des Mecquois :
— Gens de Quraysh !
Et les gens dirent :
— Muhammad nous appelle.
Les gens se rassemblèrent, certains ayant entendu son appel et d'autres ayant été prévenus. Ils lui dirent :
— Alors, Muhammad, qu'as-tu à nous dire?
Le Messager de Dieu commença :
— Si je vous disais que je vois des cavaliers galoper sur les pentes de cette colline, me croiriez-vous ?
Ils répondirent :
— Oui, nous te croirions, car nous n'avons pas de méfiance à ton égard. Nous ne t'avons jamais entendu proférer un mensonge !
Le Messager de Dieu continua :
— Je dois vous avertir de l'imminence d'un châtiment terrible.
O vous, les Banû 'Abd al-Muttalib, les Banû 'Abd Manâf, les Banû Zahra, Dieu m'a ordonné : « Avertis tes proches. » Je ne peux vous être d'aucune utilité en ce monde, ni d'aucun secours dans l'au-delà, si vous ne dites : « Il n'y a d'autre dieu que Dieu. »
Son oncle 'Abd al-’Uzza s'écria :
— Puisse-tu périr dans la journée ! Est-ce pour cela que tu nous as rassemblés ?
Alors Dieu fit la Révélation suivante :
«Périssent les mains d'Abû Lahab. Périsse Abû Lahab lui-même. Ses biens ni ses gains ne lui serviront à rien. Il brûlera d'un feu ardent, auquel sa femme, portant une corde de fibre au cou, apportera du bois.»
Depuis 'Abd al-’Uzza fut appelé par les musulmans Abû Lahab.





 

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