dimanche 23 juillet 2017 01:51:32

Après la victoire : Retour à Médine (I)

Zayd ibn Za‘fa raconte : «J’avais noté chez Muhammad tous les signes de la prophétie, à l’exception de deux. Je n’avais pas encore eu l’occasion de vérifier que la patience chez lui l’emportait sur l’impatience et que l’impatience des autres à son égard le rendait encore plus patient lui-même.»

PUBLIE LE : 25-06-2017 | 0:00
D.R

Par : Mahmoud Hussein - 27e partie

Zayd ibn Za‘fa raconte : «J’avais noté chez Muhammad tous les signes de la prophétie, à l’exception de deux. Je n’avais pas encore eu l’occasion de vérifier que la patience chez lui l’emportait sur l’impatience et que l’impatience des autres à son égard le rendait encore plus patient lui-même.»

Je vis un jour le Messager de Dieu qui marchait en compagnie de ‘Ali ibn Abû Tâlib. Il fut soudain abordé par un homme, qui semblait être un bédouin, monté sur une chamelle. L'homme lui dit :
– Messager de Dieu, il y a dans mon campement des gens qui ont embrassé l’islam, après que je leur ai dit que l’islam leur assurerait de quoi vivre. Or, ils ont été frappés par la sécheresse et connaissent aujourd’hui la misère. Je crains qu’ils ne sortent de l’islam comme ils y sont entrés, par convoitise. Je suis venu voir si tu pouvais leur donner quelque chose qui les soutienne dans leur foi.
Le Messager de Dieu se tourna vers ‘Ali ibn Abû Tâlib, qui lui dit aussitôt :
– Nous n’avons plus rien à donner.
Je m’approchai alors de Muhammad et lui dis :
– Je te donnerai quatre-vingts onces d’or si tu me vends la prochaine récolte de dattes de la plantation d’untel, à me livrer à telle échéance.
Il répondit :
– Pas de la plantation d’untel.
– Vends-moi la récolte de qui tu voudras.
Je sortis ma bourse et lui donnai quatre-vingts onces d’or, à valoir sur une récolte. Muhammad prit la somme, la donna au bédouin et dit :
– Distribue-la équitablement à tes gens.
Deux ou trois jours avant l’échéance fixée pour la livraison de la récolte, le Messager de Dieu, accompagné d’Abû Bakr, de ‘Umar et de ‘Uthmân, alla assister à l’enterrement de l’un de ses amis. Après avoir conduit la prière, il s’assit à l’ombre d’un mur. J’allai vers lui, le pris par la chemise et, le regardant d’un air mauvais, je lui dis :
– Toi, Muhammad, pourquoi ne me donnes-tu pas mon dû ? Je connais bien les Banû ‘Abdal Muttalib. Ils sont toujours en retard sur leurs échéances.
Je vis les yeux de ‘Umar ibn al-Khattâb lancer des flammes de colère. Il me dit :
– Ennemi de Dieu, tu oses dire au Messager de Dieu ce que je viens d’entendre ? Tu oses le traiter comme tu le traites ? Par Celui qui a mon âme entre Ses mains, si je ne me retenais, je t’aurais déjà tranché le cou.
Le Messager de Dieu était resté immobile, écoutant calmement ce que je lui disais et ce que ‘Umar me répondait. Puis il parla à son tour :
– ‘Umar, moi et lui avions besoin d’entendre autre chose de toi. Que tu me rappelles, à moi, de payer ce que je lui dois et que tu lui rappelles, à lui, de respecter l’échéance convenue. Va lui donner son dû.
Je suivis ‘Umar, qui me donna mon dû, augmenté de vingt mesures de dattes. Je lui dis :
– Pourquoi ces mesures en plus ?
– C'est le Messager de Dieu qui m’a demandé de te les donner.
Je lui dis alors :
– ‘Umar, sais-tu qui je suis ?
– Non.
– Je suis Zayd ibn Za‘fa.
– Le rabbin ?
– Le rabbin.
– Pourquoi as-tu parlé au Messager de Dieu comme tu l’as fait ?
– J’avais déjà noté chez lui tous les signes de la prophétie, à l’exception de deux. Je n’avais pas encore vérifié que la patience l’emportait chez lui sur l’impatience et que l’impatience des autres à son égard le rendait encore plus patient lui-même. Je viens de constater ces deux signes. C'est pourquoi je te prends ici à témoin, ‘Umar, qu’il n’y a de dieu que Dieu, que l’islam est Sa religion et Muhammad Son Prophète. Je te prends aussi à témoin que la moitié de ma fortune, moi qui suis l’un des hommes les plus riches de cette ville, sera distribuée en aumône à la communauté de Muhammad.
– Ou du moins à une partie de cette communauté ! Car ta fortune n’y suffirait pas.
– A une partie de cette communauté !
Nous allâmes retrouver le Messager de Dieu et je dis :
– Je témoigne qu’il n’y a de dieu que Dieu et que Muhammad est Son Serviteur et Messager.
       A La Mecque, peu de temps après Badr, ‘Umayr ibn Wahab et son ami Safwân ibn Umayya discutaient dans l’enceinte de la Mosquée. ‘Umayr, qui était l’un des plus farouches ennemis de l’islam, n’avait cessé de harceler le Prophète et ses compagnons avant l’Hégire. Son fils Wahab venait d’être fait prisonnier.
Safwân ibn Umayya rappelait le souvenir de tous leurs amis morts, enterrés dans la fosse commune de Badr. Il dit :
– La vie après eux ne vaut plus la peine d’être vécue.
‘Umayr répondit :
– Tu dis vrai. Par Dieu, si je n’avais une dette, que je ne sais encore comment rembourser, et des enfants en bas âge, qui sans moi seraient perdus, j’aurais enfourché mon cheval pour aller à Yathrib et tuer Muhammad ! J’aurais eu pour prétexte le fait que les musulmans tiennent mon fils prisonnier.
Safwân se saisit de l’occasion :
– Je me charge de ta dette, que je rembourserai à ta place. Et tes enfants seront mêlés aux miens et traités comme eux, tant que je vivrai.
‘Umayr accepta le marché et dit :
– Que nul autre que moi et toi ne soit mis dans le secret.
– Qu’il en soit ainsi.
‘Umayr ordonna que son sabre fût fourbi et trempé dans du poison. Puis il prit son cheval et s’élança vers Médine. Là, il se dirigea vers la Mosquée, où il trouva ‘Umar ibn al-Khattâb, assis entouré d’amis, qui rappelaient la victoire dont Dieu les avait gratifiés et les exploits des uns et des autres face à Quraysh. Lorsque ‘Umar le vit apparaître, ceint de son sabre, il dit :
– Ce chien d’ennemi de Dieu, ‘Umayr ibn Wahab, nourrit sûrement des intentions malveillantes. Il est l’un de ceux qui ont fait échouer notre essai de conciliation avant Badr.
Il entra chez le Messager de Dieu et dit :
– Cet ennemi de Dieu, ‘Umayr ibn Wahab, est venu ici ceint de son sabre.
Le Messager de Dieu répondit :
– Fais-le entrer.
‘Umar alla vers ‘Umayr, empoigna son baudrier et le lui fit passer autour du cou comme une laisse. Le maintenant ainsi, il dit à quelques-uns des compagnons présents :
– Entrez chez le Messager de Dieu, asseyez-vous autour de lui et ne cessez pas d’épier cet hypocrite, dont je me méfie.
Lorsque le Messager de Dieu vit ‘Umar, maintenant le baudrier de ‘Umayr enroulé autour de son cou comme une laisse, il dit à son compagnon :
– Lâche-le, ‘Umar. Viens, ‘Umayr, approche.
‘Umayr s’approcha et salua à la manière des idolâtres :
– Je vous souhaite un bon jour!
Le Messager de Dieu lui dit :
– Dieu nous a gratifiés d’un salut bien supérieur à celui-là, ‘Umayr ! La paix est le salut de ceux qui sont au Paradis.
– C'est un salut que je ne connaissais pas !
– Dis-moi donc ce qui t’amène ici, ‘Umayr !
– Je viens pour mon fils, que vous tenez prisonnier. Fixez une rançon convenable.
– Et pourquoi ce sabre qui est pendu à ton cou?
– Maudit sabre, qui n’a pas su nous épargner le malheur où nous sommes !
– Dis-moi la vérité. Pourquoi es-tu venu ?
– Je suis venu pour cela et rien d’autre.
– Non. Tu étais assis avec Safwân ibn Umayya dans l’enceinte de la Mosquée. Vous avez évoqué les morts de Quraysh enterrés dans la fosse commune, puis tu as dit : « Si je n’avais une dette à rembourser et des enfants en bas âge, je serais allé tuer Muhammad. » Alors Safwân t’a promis de se charger de ta dette et de tes enfants, si tu parvenais à me tuer. Mais Dieu ne veut pas cela.
– Je témoigne que tu es le Messager de Dieu ! Quand je pense que je n’ai cessé de te démentir, de récuser la Révélation qui te venait du Ciel ! Ce que tu viens de raconter n’était connu que de moi-même et de Safwân. Je sais, maintenant, que c’est Dieu qui t’inspire. Loué soit Dieu qui m’a conduit dans la voie de l’islam.
‘Umayr proclama sa foi dans la Vérité de l’islam. Et le Messager de Dieu ordonna :
– Apprenez à votre frère en religion les bases de l’islam, récitez-lui le Coran et libérez son prisonnier!
‘Umayr dit :
– O Messager de Dieu, je me suis tant dépensé jusqu’à ce jour, à tenter d’éteindre la lumière de l’islam et à léser tous ceux qui ont embrassé la religion du Très-Haut. J’aimerais que tu m’autorises, une fois rentré à La Mecque, à appeler les gens à Dieu et à Son Prophète. Dieu voudra peut-être les guider dans la voie juste. Quant à moi, je m’efforcerai de causer du tort à leur religion comme j’en ai causé, jusqu’ici, à la tienne.
Le Messager de Dieu lui donna cette autorisation. Et ‘Umayr, accompagné de son fils, reprit le chemin de La Mecque.
Depuis qu’il était parti, son ami Safwân ibn Umayya disait à qui voulait l’entendre :
– Réjouissez-vous d’une nouvelle qui nous parviendra bientôt et qui nous fera oublier Badr !
Dans l’attente de cette nouvelle, il allait interroger tous les voyageurs venant de Médine. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux lui annonça que ‘Umayr avait embrassé l’islam. Il jura, furieux, qu’il ne lui parlerait plus et ne lui rendrait plus le moindre service.
Rentré à La Mecque, ‘Umayr ne cessa plus de prêcher l’islam et s’en prit à tous ceux qui offensaient la religion du Très-Haut. Nombreux furent ceux qui, grâce à lui, trouvèrent le chemin de la Vérité.
 

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