dimanche 23 juillet 2017 01:52:01

BADR (IV) Quraysh choisit la guerre

Ne soyez pas affectés par la mort de ‘Utba, Shayba et al-Walîd. Ils sont allés trop vite et se sont battus sans se couvrir. Par Dieu, nous ne rentrerons pas chez nous sans avoir ligoté Muhammad et ses compagnons. Je ne veux pas que vous les tuiez, capturez-les, gardez-les vivants afin qu’ils puissent comprendre la faute qu’ils ont commise, en reniant leur religion et en dénigrant ce que leurs ancêtres ont adoré.

PUBLIE LE : 24-06-2017 | 0:00
D.R

Par Mahmoud Hussein - 26e partie

(suite et fin)

Cependant Abû Jahl s’efforçait d’insuffler aux siens un nouvel élan :
– Ne soyez pas affectés par la mort de ‘Utba, Shayba et al-Walîd. Ils sont allés trop vite et se sont battus sans se couvrir. Par Dieu, nous ne rentrerons pas chez nous sans avoir ligoté Muhammad et ses compagnons. Je ne veux pas que vous les tuiez, capturez-les, gardez-les vivants afin qu’ils puissent comprendre la faute qu’ils ont commise, en reniant leur religion et en dénigrant ce que leurs ancêtres ont adoré.
‘Âsim ibn Abû ‘Awf s’élança, tel un loup, vers les musulmans en criant :
– Gens de Quraysh, sus à celui qui a rompu les liens de parenté, pour appeler à une religion venue de nulle part. Si Muhammad survit, je ne survivrai pas, quant à moi.
Le musulman Abû Dajâna fondit sur lui et, au terme d’un bref échange, le tua. Après quoi, il s’attacha à lui ôter sa cuirasse. ‘Umar ibn al-Khattâb lui dit :
– Laisse cela jusqu’à ce que l’ennemi soit défait. Je témoignerai que cette cuirasse te revient.
A cet instant, le Mecquois Mu‘bid ibn Wahab vint par surprise frapper Abû Dajâna, qui, sous le choc, tomba sur les genoux. Mais il se releva et donna quelques coups de sabre qui contraignirent son adversaire à reculer et, finalement, à tomber dans une crevasse qu’il n’avait pas vue derrière lui. Abû Dajâna bondit, lui trancha la tête et lui ôta prestement sa cuirasse.
Tenaillé par la soif, le Mecquois al-Aswad al-Makhzûmî se frayait à coups d’épée un chemin vers la citerne érigée par les musulmans autour du puits principal de Badr. Il s’écria :
– Par Dieu, je boirai de cette eau. Je détruirai le muret ou je mourrai devant.
Arrivé à quelques pas du muret, il vit s’opposer à lui Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib, qui, d’un coup de sabre, lui trancha une jambe, puis le laissa pour se tourner vers un autre Mecquois. Al-Aswad rampa jusqu’au muret et, de sa jambe restante, y fit une fente qui lui permit d’atteindre l’eau. Il put en boire quelques gorgées, avant que Hamza ne revînt l’achever.
Les BanûMakhzûm, voyant tomber autour d’eux de nombreux Mecquois, dirent :
– Notre chef Abû al-Hakam   est, lui, invincible. Si les BanûRabî'a ont été facilement tués, c’est parce que leur clan n’a pas su les protéger.
Ils entourèrent leur chef d’une haie d’hommes en armes, puis recoururent à une ruse. L'un d’entre eux endossa la cuirasse d’Abû Jahl et, le visage masqué, alla défier ‘Ali ibn Abû Tâlib. Ce dernier le frappa à mort et s’écria :
– Voici pour toi, de la part d’un Banû ‘Abd al-Muttalib !
Il le laissa gisant sur le sol et repartit, croyant avoir tué Abû Jahl.
Peu après, un autre des BanûMakhzûm endossa la cuirasse et alla défier Hamza, qui, croyant qu’il s’agissait d’Abû Jahl, le tua et s’écria :
– Voici pour toi, de la part d’un Banû ‘Abd al-Muttalib !
Puis un troisième homme endossa la cuirasse et fut tué à son tour. A chaque fois les BanûMakhzûm répétaient :
– Abû al-Hakam est invincible ! Abû al-Hakam est invincible !
Dans les rangs des musulmans, Mu‘âdh ibn ‘Amrû, ayant éventé la ruse, avait fini par deviner à quel endroit le vrai Abû Jahl était gardé par les siens. Il se dit : « Par Dieu, je parviendrai à l’atteindre, ou je mourrai. » Il réussit à s’approcher peu à peu de lui et, profitant d’un effet de surprise, lui assena un coup de sabre qui lui arracha le pied. Le fils d’Abû Jahl, ‘Akrama, répliqua par un coup de sabre qui fracassa la main de Mu‘âdh. Mais la main continua de pendre, rattachée à l’avant-bras par un lambeau de chair. Alors Mu‘âdh posa le pied sur cette main et, appuyant dessus de toutes ses forces, la détacha de son bras. Il eut le temps de voir ‘Akrama qui prenait la fuite. Il se dit :
– Si j’avais encore ma main, j’aurais pu le rattraper !
Les rangs des musulmans et ceux des idolâtres s’étaient, maintenant, entremêlés.
‘Ali ibn Abû Tâlib, qui était entouré d’ennemis, vit l’un d’entre eux à cheval, dressé sur un monticule de sable, qui se battait contre le musulman Sa‘d ibn Khaythima. L'homme, qui avait le visage masqué par son heaume, reconnut ‘Ali et lui cria :
– Fils d’Abû Tâlib, viens te battre !
‘Ali s’engagea sur le monticule, tandis que l’homme fonçait dans sa direction. Comme ‘Ali était de petite taille et qu’il allait à pied sur un sol mou, l’homme crut pouvoir lui assener, du haut de son cheval, un coup fatal. Pour éviter ce coup, ‘Ali fit un pas en arrière. L'homme s’écria :
– Tu fuis déjà, fils d’Abû Tâlib ?
‘Ali répondit :
– Bientôt c’est toi qui fuiras, fils d’esclave !
Il s’arrêta là où il sentit le sol ferme sous ses pieds et put trouver son aplomb. L'homme était déjà sur lui et s’abaissait légèrement pour le frapper de son épée. ‘Ali lui opposa son bouclier, avec une telle force que l’épée de l’homme tomba. ‘Ali voulut aussitôt le frapper à l’épaule, mais l’homme para le coup avec son bouclier, que l’épée de ‘Ali fendit cependant. L'homme fut alors parcouru d’un frisson. ‘Ali vit au-dessus de sa tête l’éclair d’une lame brillant dans le soleil. Puis il entendit le sifflement d’un sabre, qui s’abattit sur la nuque de l’homme et la trancha net. Une voix puissante se fit entendre :
– Voici pour toi, de la part d’un Banû ‘Abd al-Muttalib !
‘Ali n’eut pas besoin de tendre l’oreille, pour savoir que c’était la voix de son oncle Hamza.
    Le Messager de Dieu s’assoupit durant une heure. Puis il vint annoncer aux croyants la présence, à leur droite, de Gabriel conduisant un bataillon d’anges et, à sa gauche, de Michel conduisant un autre bataillon, Israfel les rejoignant à la tête d’un troisième bataillon de mille.
D’après Suhayl ibn ‘Amrû:
Au jour de Badr, je vis des hommes en blanc, montant des chevaux couleur d’albâtre et portant de signes distinctifs. Suspendus entre ciel et terre, ils tuaient et faisaient des prisonniers.
D’après un cousin d’Abû Rahmal-Ghifârî:
Je me trouvais, avec mon cousin, au-dessus du site de Badr.
Soudain nous vîmes un nuage recouvrir le ciel, d’où nous parvint le tumulte d’une mêlée de combattants dans le cliquetis de leurs épées. Nous entendîmes même une voix d’homme, qui pressait son cheval : « En avant, Hayzûm ! »
Le heaume de mon cousin ayant été arraché, il fut tué sur le coup. Je faillis mourir à mon tour, mais je m’en sortis. Je suivis le nuage des yeux. Il s’éloigna, pour aller se placer au-dessus du Messager de Dieu, puis se rapprocha à nouveau. Mais cette fois, je ne perçus plus aucun des bruits que j’avais entendus auparavant.
Le Messager de Dieu avait plus tard demandé à Gabriel :
– Lequel des anges pressait son cheval, le jour de Badr, en disant : « En avant, Hayzûm » ?
Gabriel avait répondu :
– O Muhammad, je ne connais pas tous les hôtes du ciel!
Satan avait pris la forme de Surâqa ibn Jahsham, qui insufflait aux idolâtres du courage en leur disant que nul ne pourrait les vaincre. Mais lorsque l’ennemi de Dieu vit les anges, il fit volte-face et dit aux Mecquois :
– Je ne puis plus rien pour vous.
Exaspéré par ces paroles, le frère d’Abû Jahl, al-Hârith ibn Hishâm, qui prenait Satan pour Surâqa, voulut le frapper. Satan l’abattit d’un coup d’épée. Puis il fila droit devant lui et finit par tomber dans la mer. Alors il leva les bras vers le ciel et dit :
– Seigneur, n’oublie pas Ta promesse   !
Abû Jahl dut cependant intervenir pour redonner du courage aux siens. Il dit :
– Ne vous laissez pas abattre par le retournement de Surâqa. Il était dès le départ de connivence avec Muhammad et ses amis.
De son côté, Nawfal ibn Khuwaylid disait :
– Gens de Quraysh, Surâqa et les siens vous ont toujours trahis. Que cela ne vous détourne pas du combat!
‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf raconte :
Je remarquai à mes côtés deux adolescents, si jeunes qu’ils avaient dû nouer le baudrier de leur sabre autour de leur cou. L'un d’entre eux se tourna vers moi et me dit :
– Dis-moi, mon oncle, lequel de ces gens, là-bas, est Abû Jahl ?
– Que lui veux-tu, neveu ?
– Il me suffit qu’il ait insulté le Messager de Dieu. Je me suis juré, si je me trouve devant lui, de le tuer ou d’être tué par lui.
Je lui désignai du doigt Abû Jahl. Puis l’autre adolescent me posa la même question, à laquelle je fis la même réponse. Alors je leur demandai :
– Qui êtes-vous ?
– Les fils d’al-Hârith al-‘Afrâ’.
Ils ne quittèrent pas des yeux Abû Jahl. Lorsque le combat fut engagé, ils se faufilèrent jusqu’à lui et l’attaquèrent ensemble. Ils le tuèrent et furent tués.*
‘AbdAllâh ibn Mas‘ûd raconte :
Le Messager de Dieu donna l’ordre de rechercher Abû Jahl dans la mêlée. Je finis par le trouver, qui agonisait. Je mis mon pied sur sa poitrine et lui dis :
– Loué soit Dieu, qui t’humilie ainsi !
Il répondit :
– Veuille Dieu humilier l’esclave, fils d’esclave, que tu es ! Tu en as fait du chemin, depuis le temps où tu n’étais qu’un petit berger faisant paître quelques moutons. Mais en faveur de qui la roue tourne-t-elle ?
– En faveur de Dieu et de Son Messager.
Il ôta péniblement son heaume, pour dégager sa tête. Je lui dis :
– Je vais te tuer, Abû Jahl !
– Tu ne seras pas le premier esclave à tuer son seigneur. Ce qui m’est le plus pénible, aujourd’hui, c’est que ce soit toi qui m’ôtes la vie, et non un seigneur de mon rang.
Je le frappai au cou. Sa tête se détacha de son corps et je m’emparai de sa cuirasse.
Le Messager de Dieu, apprenant la mort des deux fils de ‘Afrâ’, dit :
– Que la miséricorde de Dieu accompagne les fils de ‘Afrâ’. Ils ont tous deux contribué à la mort du Pharaon de ce peuple, chef suprême de l’incroyance !
On lui demanda :
– Messager de Dieu, qui d’autre a contribué à sa mort?
– Les anges. Et ‘AbdAllâh ibn Mas‘ûd l’a achevé. Ils ont tous contribué à sa mort.
Ce fut la déroute de Quraysh.
Les hommes, vaincus, abandonnaient en grand nombre leurs boucliers, que les musulmans s’empressaient de ramasser. Voyant cela, le Qurayshite Hakîm ibn Hizâm, qui avait tout tenté pour éviter l’affrontement, dit :
– Dieu maudisse Abû Jahl.
 

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