dimanche 23 juillet 2017 01:51:41

BADR (IV) : Quraysh choisit la guerre

Cependant ce dernier, monté sur son chameau, s’adressait ainsi aux combattants de Quraysh

PUBLIE LE : 22-06-2017 | 0:00
D.R

Par :Mahmoud Hussein  - 25e partie

Cependant ce dernier, monté sur son chameau, s’adressait ainsi aux combattants de Quraysh :
– Bonnes gens, écoutez-moi ! N’allez pas combattre Muhammad et ses compagnons ! Faites-moi porter le poids de cette décision. C'est moi que l’on accusera de lâcheté. Les gens de Muhammad sont nos plus proches parents. Si nous les combattons, nous ne verrons plus en eux que les meurtriers de nos pères et de nos frères et nous transmettrons à notre descendance la haine que nous éprouverons pour eux. Nous ne pourrons pas les tuer sans qu’ils tuent, parmi nous, autant d’hommes que ceux qu’ils auront perdus. Et rien ne dit que la roue tournera en notre faveur.
Au fond, ce qui nous sépare, c’est le prix du sang de l’homme qui a été tué à BatnNakhla et le remboursement du butin qui a alors été saisi par les amis de Muhammad. Je m’en charge. Maintenant, bonnes gens, écoutez-moi. Si Muhammad se révèle être un imposteur, les Vagabonds auront raison de lui. S'il se révèle être un roi, vous saurez tirer profit de ce roi qui est votre cousin. S'il se révèle être un prophète, alors vous serez les plus honorés des hommes. Ne rejetez pas mon conseil et ne négligez pas mon propos.
‘Utba était l’un des hommes les plus éloquents de Quraysh, en même temps que l’un des plus beaux. Abû Jahl craignit qu’il ne retournât les gens contre la guerre. Il s’empressa de leur parler à son tour :
– Si ‘Utba nous incite à revenir sur nos pas, c’est que son fils Abû Hudhayfa a choisi de suivre Muhammad, dont ‘Utba se trouve être le cousin paternel. ‘Utba n’aimerait pas voir tués et son fils et son cousin. Par Dieu, ‘Utba, tu pousses loin ton éloquence, mais elle ne saurait dissimuler ta lâcheté. Au moment où la bataille s’engage, tu voudrais que nous rebroussions chemin? Non, nous ne le ferons pas avant que Dieu n’ait tranché entre nous et Muhammad!
‘Utba se mit en colère et dit :
– Toi, l’homme aux fesses peintes en jaune, tu sauras lequel d’entre nous deux est le plus lâche ! Et Quraysh saura lequel la conduit à sa ruine !
Abû Jahl alla ensuite voir ‘Âmir ibn al-Hadramî, le frère de ‘Amrû qui avait été tué à BatnNakhla et lui dit :
– Ton maître ‘Utba ibn Rabî'a veut se retirer avec ses gens. Il sème en leur sein le découragement, en leur disant qu’il est prêt à verser le prix du sang pour ton frère. Comment peux-tu te satisfaire du prix du sang, alors que la vengeance est à ta portée ? Celui qui a tué ton frère est là, à ta merci, il ne doit pas t’échapper. Exige ta vengeance !
‘Âmir se leva, arracha sa chemise, couvrit sa chevelure de poussière et alla criant :
– Quelle honte pour ‘Amrû ! Quelle honte pour ‘Amrû !
Le trouble gagna les rangs de Quraysh. ‘Âmir jura qu’il ne rentrerait pas avant d’avoir tué quelques-uns des amis de Muhammad et il demanda à ‘Umayr ibn Wahab d’aller exhorter les gens au combat.
Ainsi l’appel de ‘Utba ibn Rabî'a fut-il négligé par Quraysh.
Quraysh ayant traversé le territoire des Ghifâr, leur seigneur avait dépêché auprès des chefs mecquois l’un de ses fils, chargé de leur offrir des bêtes égorgées et de leur dire :
– Si vous avez besoin d’armes ou de combattants, nous sommes prêts à vous les fournir.
Ils lui avaient fait porter cette réponse :
– Tu es de notre sang et tu as fait ce que tu avais à faire. Nous n’avons besoin de rien. Si nous combattons les hommes de Muhammad, nous avons la force nécessaire pour les vaincre. Si par contre nous combattons Dieu, comme le prétend Muhammad, aucune force ne pourra le vaincre.
Les musulmans se pressaient tous vers l’avant, pour être les premiers à affronter Quraysh.
Le Messager de Dieu, une flèche à la main, passa entre eux pour les obliger à s’aligner. Voyant un homme qui sortait de son rang, il le piqua de la pointe de sa flèche en lui disant :
– Aligne-toi, Sawâd !
Sawâd s’écria :
– Messager de Dieu, tu m’as fait mal, toi que Dieu a envoyé avec la Vérité et la Justice. Je te demande réparation.
Le Messager de Dieu découvrit son ventre et dit :
– Pique-moi à ton tour.
Sawâd enlaça le Messager de Dieu par la taille et posa sur son ventre un baiser.
– Pourquoi as-tu fait cela, Sawâd ?
– J’ai voulu que le dernier échange entre nous soit celui de ma peau sur la tienne.
Le Messager de Dieu appela sur lui la bénédiction divine.
Puis il s’adressa à l’ensemble des musulmans :
– Par Celui qui tient l’âme de Muhammad entre Ses mains, à chacun d’entre vous qui trouvera la mort en combattant, avec constance et résolution, en attaquant sans reculer, Dieu ouvrira les portes du Paradis.
L'un des musulmans, qui l’écoutait en mangeant des dattes, dit :
– Quel bonheur ! Pour gagner le Paradis, il ne me reste donc qu’à trouver la mort en combattant ces gens !
Il jeta les dattes qu’il avait dans la main et tira son sabre.
 ‘Utba ibn Rabî'a n’était plus le même homme. Exaspéré par les calomnies qu’Abû Jahl avait répandues sur son compte, il avait cessé d’aller à dos de chameau, d’un groupe de combattants à l’autre, pour tenter de les détourner de la guerre. Il était descendu de son chameau, avait pris son bouclier et demandé qu’on lui trouvât un casque assez grand pour sa tête. Comme on n’en trouvait point, il se ceignit le front de son turban et sortit en quête d’Abû Jahl. Il le trouva monté sur une jument.
Arrivé à sa hauteur, il brandit son sabre avec une telle violence, que les gens crurent qu’il allait le tuer. Mais il frappa les jarrets de la jument, qui s’effondra, jetant Abû Jahl à terre. ‘Utba dit à Abû
Jahl:
– Continue à pied. Tu n’as pas besoin de cheval. Tous tes hommes ne vont pas à cheval.
Tandis qu’Abû Jahl se relevait, ‘Utba continua :
– Nous verrons bien lequel de nous deux porte malheur à son peuple.
Puis il s’avança vers les rangs, désormais tout proches, des musulmans et provoqua l’un d’entre eux en duel. Hakîm s’approcha de lui et dit :
– Pas si vite, Abû al-Walîd ! Hier encore tu réprouvais l’affrontement, aujourd’hui tu es le premier à t’y lancer !
Entre-temps ‘Umayr ibn Wahab s’était mis à insulter à haute voix les musulmans, espérant défaire leurs rangs. Mais ils restaient sourds à ses paroles, fermes sur leurs positions. Alors ‘Âmir al-Hadramî, brûlant de venger la mort de son frère, fonça sur eux.
La bataille
Les musulmans remportent leurs trois premiers duels contre les polythéistes. Ces derniers sont ébranlés, mais se lancent dans la mêlée. Abû Jahl est gravement blessé. Le Prophète annonce la présence de trois bataillons d’anges aux côtés des musulmans. Abû Jahl trouve la mort et les polythéistes sont vaincus.
Le Messager de Dieu s’était allongé dans son abri, après avoir dit à ses compagnons :
– Ne commencez pas le combat avant que j’en aie donné l’ordre. S'ils attaquent, répondez d’abord avec vos flèches. Ne tirez vos sabres que s’ils fondent sur vous.
Abû Bakr s’approcha de lui et dit :
– Messager de Dieu, ils fondent sur nous.
Le Messager de Dieu se redressa et leva les yeux vers le ciel :
– Seigneur, si tu devais donner la victoire à cette clique, l’idolâtrie triompherait et Ta religion disparaîtrait.
Abû Bakr dit :
– Dieu te donnera la victoire et sauvera ton honneur.
Le poète Ibn Ruwâha dit :
– Tu n’as pas à invoquer Dieu, dans Sa majesté et Sa Toute-Puissance, pour lui rappeler Ses promesses.
Le Messager de Dieu dit :
– Rappeler à Dieu Ses promesses ? Il ne les trahit jamais.
Ils étaient trois, Shayba, ‘Utba, et son fils al-Walîd, qui sortirent des rangs de Quraysh et, s’adressant aux musulmans, provoquèrent trois d’entre eux en duel. Trois jeunes Ansârs relevèrent aussitôt le défi. Le Messager de Dieu en fut gêné, il n’aima pas que le premier affrontement entre musulmans et gens de Quraysh opposât à ces derniers des Ansârs. Il leur ordonna de revenir en arrière tout en les félicitant de leur courage.
Déjà, l’un des hérauts de Quraysh l’appelait d’ailleurs à intervenir :
– Muhammad, envoie-nous des pairs issus de notre peuple!
Le Messager de Dieu dit :
– Vous, les BanûHâshim, allez vous battre pour le Message que Dieu vous a envoyé, contre ces gens qui voudraient éteindre Sa lumière.
Trois hommes s’avancèrent, Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib, l’oncle du Prophète, ‘Ali ibn Abû Tâlib, son cousin, et ‘Ubayda ibn al-Hârith. Comme ils portaient des heaumes, les trois de Quraysh ne les reconnurent pas. ‘Utba ibn Rabî'a parla en leur nom :
– Faites-vous reconnaître. Si vous êtes nos pairs, nous nous battrons contre vous !
Hamza répondit :
– Je suis Hamza ibn ‘Abd al-Muttalib, lion de Dieu et de Son Prophète.
‘Utba acquiesça :
– Tu es un pair honorable. Moi, je suis le lion de l’alliance. Et qui sont tes deux compagnons ?
– ‘Ali ibn Abû Tâlib et ‘Ubayda ibn al-Hârith.
– Ce sont tous deux des pairs honorables.
Se tournant vers son fils, il lui dit :
– Va, al-Walîd !
Al-Walîd affronta ‘Ali, le plus jeune des trois musulmans, qui le tua sur le coup. ‘Utba affronta Hamza, qui le tua après un bref échange. Shayba affronta ‘Ubayda, qui était alors le plus âgé des compagnons du Prophète. Du revers de son épée, Shayba frappa ‘Ubayda à la jambe, tranchant le muscle du mollet et brisant l’os. Hamza et ‘Ali se précipitèrent sur Shayba, le tuèrent et ramenèrent
leur compagnon aux côtés du Prophète. ‘Ubayda, dont l’os découvert laissait s’écouler sa moelle, lui demanda :
– Messager de Dieu, suis-je un martyr ?
Le Messager de Dieu répondit :
– Tu es un martyr.

(à suivre)

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