dimanche 23 juillet 2017 01:51:37

BADR (III) Quraysh choisit la guerre

‘Ali ibn Abû Tâlib et Sa‘d ibn Abû Waqqâs ramenèrent dans leur camp les porteurs d’eau qu’ils avaient capturés et, comme le Messager de Dieu était en prière, ils les interrogèrent eux-mêmes.

PUBLIE LE : 21-06-2017 | 0:00
D.R

Par Mahmoud Hussein - 24e partie

‘Ali ibn Abû Tâlib et Sa‘d ibn Abû Waqqâs ramenèrent dans leur camp les porteurs d’eau qu’ils avaient capturés et, comme le Messager de Dieu était en prière, ils les interrogèrent eux-mêmes. Les prisonniers leur dirent :
– L'armée de Quraysh s’approche d’ici, c’est elle qui nous avait chargés de faire provision d’eau.
Les musulmans auraient voulu entendre que c’était la caravane d’Abû Sufyân, et non l’armée de Quraysh, qui venait à leur rencontre. Furieux, ils frappèrent les porteurs d’eau jusqu’à ce que ces derniers finissent par leur dire :
– Nous sommes avec la caravane, c’est Abû Sufyân qui nous avait envoyés faire provision d’eau.
Les musulmans cessèrent de les frapper et les emmenèrent devant le Prophète, qui venait de terminer sa prière. Après les avoir entendus, ce dernier dit à ses compagnons :
– Vous avez frappé ces hommes lorsqu’ils ont dit la vérité et vous les avez épargnés lorsqu’ils ont menti !
Les compagnons s’étonnèrent :
– Mais... Messager de Dieu... ils prétendent que c’est Quraysh qui vient vers nous...
– Ils disent vrai. Quraysh est venue protéger sa caravane.
Puis le Messager de Dieu se tourna vers les porteurs d’eau :
– Où se trouve Quraysh en ce moment ?
– Derrière la colline que tu vois là.
– Combien sont-ils ?
– Très nombreux.
– Mais quel est leur nombre ?
– Nous ne savons pas dire.
– Combien égorgent-ils de chameaux par jour ?
– Certains jours dix, d’autres neuf.
– Leur nombre doit se situer entre neuf cents et mille. Lesquels de leurs chefs sont venus ?
– Tous les Qurayshites qui avaient une arme sont venus.
– Y en a-t-il qui aient rebroussé chemin ?
– Oui. Al-Akhnas ibn Shurayq est reparti avec les Banû Zahra.
– Il a agi sagement, alors qu’il n’est pas sage, puisque c’est un ennemi de Dieu et de Son Livre... Y en a-t-il d’autres qui soient repartis ?
– Les Banû 'Adî.
Alors le Messager de Dieu dit :
– La Mecque nous oppose ses combattants les plus valeureux.
Il réunit ses compagnons et les consulta, car il savait qu’ils étaient venus pour attaquer une caravane, non pour se mesurer aux meilleurs combattants de La Mecque. Et, dans ce qui serait le tout premier affrontement entre les deux camps, les musulmans étaient beaucoup moins nombreux que les polythéistes de Quraysh. Aussi le Messager de Dieu voulait prendre l’avis de ses compagnons.
Après qu’Abû Bakr eut parlé, ‘Umar ibn al-Khattâb se leva et dit :
– Messager de Dieu, Quraysh a rassemblé toutes ses forces. Par Dieu, elle n’a connu jusqu’ici que la gloire, jamais l’humiliation, elle qui est dans l’incroyance et non dans la voie juste. Elle ne renoncera jamais à sa gloire. Elle va nous attaquer. Prends les dispositions nécessaires et les mesures qui s’imposent.
Al-Muqtâd ibn ‘Amrû se leva à son tour et dit :
– Messager de Dieu, va où le Très-Haut commande. Et nous irons avec toi. Nous ne te disons pas comme jadis les fils d’Israël à Moïse : « Va au combat avec ton Dieu, nous attendrons ici. » Nous te disons : « Va au combat avec ton Dieu, nous irons au combat avec vous. » Par Celui qui t’envoie avec la Vérité, où que tu ailles, nous irons avec toi.
Le Messager de Dieu agréa ses paroles et appela sur lui la bénédiction du Très-Haut. Puis il dit :
– Bonnes gens, donnez-moi votre avis.
Il voulait en fait avoir le sentiment des Ansârs. A al-'Aqaba   , ces derniers avaient fait serment de le soutenir et de le défendre, comme ils défendraient leurs enfants. Mais cela pouvait s’entendre de manière restrictive, dans les limites exclusives de la ville de Médine. Sa‘d ibn Mu‘âdh comprit l’allusion. Il se leva et dit :
– Messager de Dieu, il me semble que tu t’adresses à nous.
Le Messager de Dieu acquiesça et Sa‘d ibn Mu‘âdh dit :
– Quels que soient les buts que Dieu t’assigne, et même si ce ne sont pas ceux pour lesquels nous étions partis, nous te faisons confiance et nous croyons en toi. Nous témoignons que tout ce que tu nous dis est vrai. Nous avons conclu avec toi une alliance et nous avons fait serment de te suivre et de t’obéir. Par Celui qui t’envoie avec la Vérité, si tu décides de traverser cette mer, nous la traverserons avec toi, tous jusqu’au dernier d’entre nous. C'est à toi de choisir tes alliés et tes ennemis. Prends de nos biens ce que tu voudras et sache que ce que tu nous prendras sera plus cher à notre cœur que ce que tu nous laisseras. Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, je n’ai jamais encore suivi le chemin où tu nous conduis, dont j’ignore tout, mais nous ne craignons pas d’y affronter notre ennemi. Nous ferons preuve de persévérance au combat et de courage à chaque affrontement. Peut-être Dieu voudra-t-il te donner de notre vaillance des preuves qui te réjouiront.
Messager de Dieu, avant d’affronter notre ennemi, nous construirons un abri où tu pourras te tenir et apprêterons des chameaux qui te serviront en cas de besoin. Si Dieu nous prête force et nous donne la victoire, nos souhaits les plus chers auront été comblés. S'il en va autrement, tu prendras les chameaux et rejoindras Médine.
Tu y retrouveras des gens qui ne t’aiment pas moins que nous, et ne te sont pas moins obéissants, des gens qui ont le désir et la volonté d’affronter les infidèles. Ils ne sont pas venus ici, parce qu’ils ont cru qu’il s’agissait de caravane et de butin. S'ils avaient su que tu allais au-devant des infidèles, ils n’auraient pas manqué à l’appel.
Ces paroles émurent le Messager de Dieu, qui dit :
– Dieu nous réserve peut-être un sort meilleur, Sa‘d !
Et, s’adressant à tous ses compagnons :
– Allez avec la bénédiction de Dieu ! Le Très-Haut m’a promis d’avoir à lutter, soit avec la caravane soit avec l’armée de Quraysh, mais non les deux à la fois. Par Dieu, il me semble déjà voir la déroute de nos ennemis !
Puis il leur proposa un plan et leur demanda :
– Donnez-moi votre avis sur sur notre position.
Al-Habbâb ibn al-Mundhir dit :
– Messager de Dieu, est-ce le Très-Haut qui t’a indiqué cette position, auquel cas nous n’aurions rien à y changer ? Ou cette position a-t-elle été dictée par ton propre jugement et ta manière de faire la guerre ?
Le Messager de Dieu répondit :
– Elle a été dictée par mon propre jugement et ma manière de faire la guerre.
– Alors, ce n’est pas la bonne position. Conduis-nous plutôt jusqu’aux puits les plus proches de l’ennemi. Je connais le principal d’entre eux. Son eau est pure, et si abondante qu’elle n’est jamais tarie. Autour de ce puits aménageons une citerne, où nous emplirons nos outres à volonté, en empêchant l’ennemi d’en faire autant. Et comblons tous les autres puits. Nous serons ainsi les seuls à combattre sans souffrir de la soif.
Le Messager de Dieu acquiesça :
– Habbâb, ton avis est le bon.
Il ordonna que l’on fît comme Habbâb avait dit.
Lorsque les musulmans arrivèrent près du puits principal, ils construisirent un abri fait de palmes tressées, où le Messager de Dieu pourrait se tenir avec Abû Bakr. Sa‘d ibn Mu‘âdh, l’épée à la main, en garderait l’entrée.
Le Messager de Dieu fit ranger ses compagnons, qui avaient les yeux tournés vers l’occident, tandis que les Qurayshites qui venaient vers eux avaient le soleil dans les yeux.
Le Messager de Dieu s'adressa aux siens en ces termes :
– Et maintenant. Je vous appelle à suivre ce que Dieu prescrit et à éviter ce que Dieu proscrit. Dieu est grand et glorieux. Il ordonne le Bien, Il aime la droiture, Il récompense les hommes de bien selon les mérites qu’Il leur trouve. C'est cela que l’on retiendra d’eux, c’est de cela qu’eux-mêmes tireront fierté. Vous êtes désormais si proches de Son regard, que Dieu ne tolérera de vous que ce que vous aurez fait dans le seul but de Le réjouir. L'endurance dans les moments les plus durs est la voie par où Dieu vous permet de dépasser le chagrin, d’échapper au désespoir et de gagner le salut dans l’au-delà. Avec vous se trouve le Prophète de Dieu, qui vous avertit et vous guide. Prenez garde que le Très-Haut ne surprenne en vous, aujourd’hui, un sentiment qu’il pourrait vous repocher. Le Très-Haut a dit : « La réprobation de Dieu est plus terrible que votre propre réprobation. » Observez ce qu’Il vous commande dans Son Livre, suivez la voie qu’Il trace dans Ses Versets et qui vous a rendus à votre dignité. Ancrez-vous en Lui et vous aurez Son agrément. Donnez à votre Seigneur de quoi mériter la compassion et la miséricorde dont Il vous a fait promesse. Sa promesse est assurance, Sa parole est vérité, Son châtiment est sévère. Je suis, et vous tous avec moi, entre les mains de Dieu, le Vivant Créateur. C'est sur Lui que nous comptons, par Lui que nous sommes protégés, à Lui que nous nous soumettons. C'est à Lui qu’appartient le devenir. Qu’il me pardonne et pardonne à tous les musulmans. (1)
Le Messager de Dieu, voyant s'approcher les troupes de Quraysh, dit :
– Seigneur, Toi qui m’as révélé Ton Livre et m’ordonne de combattre, Tu m’as promis d’avoir à affronter, soit la caravane soit l’armée, mais non les deux à la fois. Et Tu es Celui qui tient ce qu’Il promet. Voici venir Quraysh, pleine d’arrogance et de vanité, elle qui Te défie et dénigre Ton Messager. Accorde-moi la victoire que Tu m’as promise. Que Quraysh soit défaite dès ce matin !
Quraysh envoya ‘Umayr ibn Wahab en éclaireur, en lui disant :
– Tâche de compter les musulmans.
Il enfourcha son cheval et contourna leur camp, passant entre les collines, examinant les replis du terrain et s’assurant que les musulmans n’avaient ni dissimulé de renforts, ni tendu de piège. Puis il revint vers Quraysh et dit :
– Ni renforts ni piège. Le nombre des hommes doit être de trois cents, peut-être un peu plus. Ils ont soixante-dix chameaux et quelques chevaux.
Mais il mit en garde les siens :
– La chamelle qu’on sacrifie sur une tombe, en l’attachant et en l’abandonnant sans eau ni fourrage, porte en elle la mort certaine. Les musulmans sont porteurs pour vous de la même mort, eux qui sont sans abri et n’ont pour se défendre que leurs sabres. Je les vois qui rampent vers vous, muets comme des serpents. Aucun d’entre eux ne mourra sans avoir tué l’un d’entre vous. Et s’ils tuent autant d’hommes parmi vous qu’ils n’en comptent eux-mêmes, quel bien y aura-t-il à vivre après cela ? Voyez ce qu’il faut en penser.
Quraysh envoya un second éclaireur observer les musulmans. Il contourna leur position et revint vers Quraysh, qui lui demanda :
– Qu’as-tu vu ?
Il répondit :
– Par Dieu, je n’ai été frappé ni par le nombre des combattants ni par l’importance de leur armement. Mais j’ai vu des hommes qui ne pensent pas à revenir dans leurs foyers, des hommes au regard dur qui s’apprêtent à mourir le sabre à la main. Mais peut-être nous tendent-ils un piège, ou dissimulent-ils des renforts.
Il repartit examiner les replis du terrain, puis revint et dit :
– Ni piège ni renforts. Voyez ce qu’il faut en penser.
C'est alors que ‘Umar ibn al-Khattâb arriva chez Quraysh, envoyé par le Messager de Dieu pour leur dire :
– Rentrez chez vous. Si vous devez être vaincus, nous préférons que vous le soyez par d’autres que nous. Et si nous devons être vaincus, nous préférons l’être par d’autres que vous.
Hakîm ibn Hizâm   , qui avait entendu le rapport des deux éclaireurs avant d’entendre les paroles de ‘Umar, se leva et dit :
– Par Dieu, ces paroles sonnent juste. Rentrons chez nous. Nous ne pourrons venir à bout de gens qui tiennent des propos aussi équitables.
Abû Jahl refusa :
– Non, nous ne rebrousserons pas chemin, après que Dieu a mis les musulmans à notre portée. Attaquons-les, et nous n’aurons plus besoin d’être sur nos gardes à chacune de nos sorties. Nos caravanes seront pour toujours en sécurité.
Hakîm ibn Hizâm s’éloigna et, croisant ‘Utba ibn Rabî'a, lui dit :
– Abû al-Walîd, toi qui es le seigneur de Quraysh et son chef écouté, veux-tu que ton nom soit à jamais glorifié?
– Comment cela se pourrait-il ?
– Ce qui nous oppose à Muhammad, c’est le prix du sang de ton vassal ‘Amru al-Hadramî, tué par les amis de Muhammad à BatnNakhla   , et le butin saisi par eux sur la caravane. Annonce que tu es prêt à verser le prix du sang à la famille de ‘Amrû et à rembourser aux gens de la caravane les marchandises qu’ils ont perdues. Après quoi, plus personne n’aurait de raison de faire la guerre à Muhammad. Tu n’auras plus qu'à te retirer avec Quraysh.
– Nul ne s’opposera à une telle proposition, à l’exception d’Abû Jahl. Va le trouver, cependant, pour lui dire que j’accepte de verser le prix du sang pour ‘Amru et de rembourser les marchandises perdues à leurs propriétaires.
Hakîm entra dans la tente d’Abû Jahl et le trouva occupé à s’imprégner de senteur, son bouclier posé à portée de sa main. Il lui dit :
– C'est ‘Utba qui m’envoie.
Abû Jahl, qui connaissait déjà le motif de sa visite, lui jeta un regard de mépris :
– ‘Utba n’a-t-il trouvé personne d’autre que toi à m’envoyer?
– Par Dieu si quelqu’un d’autre que lui avait voulu m’envoyer chez toi, je n’aurais pas accepté. Mais ‘Utba est le seigneur de Quraysh et son but est de ramener la paix entre les gens.
Abû Jahl, furieux :
– Et tu l’appelles le seigneur de Quraysh ?
– Ce n’est pas moi qui l’appelle ainsi, c’est Quraysh tout entière !
Abû Jahl ordonna à l’un de ses hommes d’aller partout crier à haute voix :
– ‘Utba est ruiné. Que ceux qui le peuvent lui donnent quelque chose à manger !
Les gens commencèrent à se dire :
– ‘Utba est ruiné. Que peut-on lui donner à manger ?
Abû Jahl se réjouit du tour qu’il venait de jouer à ‘Utba.
 

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