mardi 12 dcembre 2017 15:14:09

BADR (II) : Quraysh choisit la guerre

Il rejoignit la caravane et donna l’ordre du départ après avoir décidé de changer de route. Il fonça en direction de la côte et, laissant Badr sur sa gauche, longea le bord de mer vers le sud.

PUBLIE LE : 20-06-2017 | 0:00
D.R

Par Mahmoud Hussein - 23e partie

(Suite et fin)

Il rejoignit la caravane et donna l’ordre du départ après avoir décidé de changer de route. Il fonça en direction de la côte et, laissant Badr sur sa gauche, longea le bord de mer vers le sud.
Remontant de La Mecque vers le nord, les Qurayshites s’autorisaient de nombreuses haltes, pour se reposer, égorger chameaux et moutons, manger, se distraire. Au cours de l’une de ces haltes, les deux frères ‘Utba et Shayba ibn Rabî'a s’éloignèrent quelque peu de la troupe. L'un d’eux
dit à l’autre :
– Je pense encore à la vision de ‘Âtikabint ‘Abd al-Muttalib. Elle m’inspire une grande peur.
– Rappelle-moi ce qu’elle a dit.
Son frère commençait à raconter le songe, lorsqu’Abû Jahl les surprit. Il demanda :
– De quoi parlez-vous ?
– Du songe de ‘Âtikabint ‘Abd al-Muttalib.
– Voilà bien les ‘Abd al-Muttalib ! Il ne leur suffit pas que leurs hommes aient des visions. Même leurs femmes veulent en avoir ! Par Dieu, de retour à La Mecque, il faudra que nous réglions nos comptes avec eux !
‘Utba se fâcha et dit :
– Les ‘Abd al-Muttalib nous sont proches par le sang!
Shayba se tourna vers son frère et dit :
– Et si nous revenions sur nos pas?
Abû Jahls’exclama :
– Comment ? Vous repartiriez après être venus jusqu’ici ? Vous tourneriez le dos à votre peuple, alors que vous êtes si près d’obtenir vengeance ? Croyez-vous que Muhammad et ses compagnons aient l’intention de se battre? Par Dieu, non ! Mais peu importe ! J’ai avec moi cent quatre-vingts hommes de mon peuple, qui marchent sur mon ordre et s’arrêtent sur mon ordre. Vous pouvez rentrer à La Mecque, si vous le voulez!
Lorsqu’il fut parti, ils se dirent :
– Par Dieu, cet homme va à sa perte et entraîne son peuple avec lui ! Il porte malheur !
‘Utba ajouta :
– Par le sang, nous sommes plus proches de Muhammad que de lui. Et mon fils a embrassé l’islam ! Allons, viens ! Rentrons à La Mecque !
Mais Shayba répondit :
– Il serait déshonorant de revenir après être partis.
Juhaym ibn al-Salt s’endormit et se réveilla. Puis il raconta :
– Je me trouvais entre le sommeil et l’éveil, lorsque je vis un homme à cheval, que suivait un chameau. L'homme s’arrêta devant moi et dit : « ‘Utba ibn Rabî'a, Shayba ibn Rabî'a, Zam‘a ibn al-Aswad, Umayya ibn Khalaf, Abû al-Hakam dit Abû Jahl et d’autres encore, ont été tués ; Suhayl ibn ‘Amrû a été fait prisonnier ; al-Hârith ibn Hishâm a fui en abandonnant son frère Abû Jahl. Par Dieu, je vous vois les uns après les autres vous précipiter vers la mort ! » Puis l’homme trancha de son sabre le museau du chameau et le poussa vers les tentes, qui furent toutes éclaboussées du sang de la bête épouvantée...
Le récit de la vision se répandit aussitôt dans le camp. Il parvint aux oreilles d’Abû Jahl,
qui s’exclama :
– Encore un nouveau prophète, qui nous vient des Banû ‘Abd al-Muttalib ! Attendons demain pour savoir qui sera tué, de nous ou de Muhammad et de ses gens !
Certains Qurayshites allèrent dire à Juhaym:
– Satan se joue de toi durant ton sommeil. Demain, tu verras autre chose que ce que tu as rêvé : ce sont les amis de Muhammad qui mourront ou seront faits prisonniers.
‘Utba ibn Rabî'a dit à son frère Shayba:
– Et si nous revenions sur nos pas ? La vision de Juhaym rejoint celle de ‘Âtika et confirme le pressentiment de ‘Addâs. Par Dieu, si Muhammad est un imposteur, il y aura assez d’Arabes pour le réduire au silence. Si par contre c’est un prophète, alors nous serons les plus honorés des Arabes !
Son frère répondit :
– Tu dis vrai. Mais pouvons-nous maintenant abandonner le camp et rentrer ?
Abû Jahl revint les surprendre :
– De quoi parlez-vous ?
– De revenir sur nos pas. Ne vois-tu pas que le songe de Juhaym confirme celui de ‘Âtika et les propos de 'Addâs ?
– Si vous revenez en arrière, vous déshonorez votre peuple!
– Tu vas à ta perte et tu entraînes ton peuple avec toi!
Abû Sufyân avait échappé à ses poursuivants et mis la caravane hors de leur portée. Comme il venait d’apprendre que les Mecquois étaient sortis, sans attendre son signal, pour lui porter secours, il s’empressa d’envoyer un nouvel émissaire leur dire de revenir sur leurs pas : « Vous êtes sortis pour défendre votre caravane et vos biens. Cela n’est plus nécessaire. Votre caravane est sauvée. Ne courez pas le risque d’être égorgés par les gens de Yathrib. » Il précisa à son émissaire :
– Au cas où ils refusent de m’écouter, qu’ils acceptent au moins de renvoyer les chanteuses. Si la guerre éclate, il n’y aura pas de raison de chanter.
L'émissaire rejoignit la troupe de Quraysh et lui transmit les recommandations d’Abû Sufyân. Abû Jahl s’empressa de répondre :
– Non, par Dieu, nous ne reviendrons pas sur nos pas. Nous irons à Badr, où nous passerons trois jours, comme nous le faisons chaque année. Et les Arabes entendront parler de nous. Nous égorgerons les moutons, nous mangerons et donnerons à manger, nous boirons du vin, les esclaves chanteront pour nous. Et les Arabes continueront à jamais de nous craindre.
Alors al-Akhnas ibn Shurayq rassembla ses alliés de Banû Zahra   et leur dit :
– Gens de Banû Zahra, Dieu a sauvé la caravane que vous vouliez défendre. Par ailleurs, Muhammad est l’un des vôtres, c’est votre neveu. Vous n’avez aucune raison d’aller le combattre, aucune raison de suivre Abû Jahl, qui, après avoir corrompu son peuple, le conduit à sa perte. Retirez-vous donc et faites-moi assumer le poids de ce retrait !
– Que proposes-tu ?
– Le soir venu, je me laisserai tomber de mon chameau et vous direz que j’ai été mordu par un serpent. Lorsque les autres voudront repartir, vous leur direz : Nous ne pouvons quitter notre allié, avant de savoir s’il survivra ou mourra, auquel cas nous devrons l’enterrer. Ils repartiront sans nous et nous pourrons revenir sur nos pas.
Ainsi firent-ils, et les Banû ‘Adîles suivirent.
L'émissaire envoyé par Abû Sufyân aux Mecquois revint chez son maître et lui apprit que ces derniers entendaient poursuivre leur route jusqu’aux puits de Badr. Il ajouta que, si certains des seigneurs avaient accepté de renvoyer les chanteuses, Abû Jahl s’y était refusé. Abû Sufyân dit :
– Quel malheur ! Je reconnais bien là Abû Jahl. Il veut aller de l’avant pour continuer à commander. Mais il va trop loin, il attire sur nous le malheur. Si Muhammad sort vainqueur de cet affrontement, nous serons déshonorés, nous n’aurons plus qu’à attendre son entrée triomphale à La Mecque !
Sur la route du retour, il retrouva les Banû 'Adî, qui, comme les Banû Zahra, avaient quitté le camp d’Abû Jahl. Il leur dit :
– Gens de Banû 'Adî, que faites-vous là? Vous n’avez su ni rester chez vous ni aller jusqu’au bout du chemin.
Ils répondirent :
– Lorsque tu as annoncé à Quraysh que la caravane était sauvée, certains d’entre nous ont décidé de rentrer, d’autres de continuer...
Un bédouin de Tihâma croisa la route des musulmans à al-Rawhâ’. Ils l’interrogèrent :
– Connais-tu Abû Sufyân ibn Harb?
– Non, je ne le connais pas.
– Viens donc saluer le Messager de Dieu.
– Le Messager de Dieu est-il parmi vous ?
– Oui. Le voici.
Le bédouin demanda :
– Tu es le Messager de Dieu ?
– Oui.
– Si tu dis vrai, qu’y a-t-il dans le ventre de ma chamelle ?
Salama ibn Salama, agacé par la question, lui lança :
– Tu as copulé avec elle et elle est enceinte de toi !
L'obscénité du propos déplut au Messager de Dieu, qui se détourna de son compagnon.
Les musulmans avaient quitté Médine après avoir commencé le jeûne. En chemin le Messager de Dieu leur ordonna de le rompre   , mais nombreux furent ceux qui s’y refusèrent. Il demanda à son crieur d’aller parmi eux et de répéter à haute voix :
– Vous qui désobéissez, j’ai moi-même rompu le jeûne, faites comme moi.
Khubayb ibn Yassâf refusait l’islam et observait les pratiques polythéistes de son peuple. Mais c’était un homme de courage. Il vint, accompagné de son ami Qays ibn Muhrith, se joindre à l’armée des musulmans. Quoiqu’il portât une cuirasse et un heaume, le Messager de Dieu le reconnut. Il se tourna vers Sa‘d ibn Mu‘âdh:
– C'est bien Khubayb ibn Yassâf ?
– C'est bien lui.
Khubayb et Qays s’étant approchés de lui, le Messager de Dieu leur demanda :
– Que venez-vous faire avec nous ?
Ils répondirent :
– Nous sommes vos cousins et vos voisins. Nous nous joignons à vous pour le butin.
– Ne combat à nos côtés que celui qui partage notre religion.
Khubayb dit :
– Je suis connu de mon peuple pour être fort, valeureux et aguerri. Je viens me battre avec vous pour le butin. Je ne veux pas embrasser l’islam.
Le Messager de Dieu insista :
– Tu dois embrasser l’islam avant de combattre à nos côtés.
Les deux amis s’en allèrent. Mais Khubayb revint peu après et dit au Messager de Dieu :
– Je me soumets à Dieu, Maître des Mondes et je témoigne que tu es Son Envoyé.
Le Messager de Dieu se réjouit et lui dit :
– Viens te joindre à nous.
Le Messager de Dieu ordonna que l’on déployât les étendards de la guerre et que les hommes revêtissent leurs cuirasses.
En route vers Badr, les musulmans virent apparaître un homme qui s’arrêta sur leur passage. Le Messager de Dieu l’interrogea :
– Qui es-tu ?
– Et vous, qui êtes-vous ?
– Renseigne-nous et nous te renseignerons.
– Posez-moi vos questions.
– Renseigne-nous sur Quraysh.
– On m’a dit qu’ils avaient quitté La Mecque il y a tant de jours. Si ce qu’on m’a dit est vrai, ils doivent en ce moment se rapprocher de cette vallée.
– Renseigne-nous sur Muhammad et ses compagnons.
– On m’a dit qu’ils avaient quitté Yathrib il y a tant de jours. Si ce qu’on m’a dit est vrai, ils doivent en ce moment se rapprocher de cette vallée. Et vous donc, qui êtes-vous ?
Le Messager de Dieu fit un signe de la main indiquant la direction de l’Irak :
– Nous venons de là-bas.
Puis il s’éloigna.
Les musulmans savaient que leurs adversaires étaient maintenant tout proches. Ni les uns ni les autres ne se doutaient, cependant, qu’ils n’étaient plus séparés que par une colline de sable.
Après la prière, le Messager de Dieu demanda :
– Comment nomme-t-on ces deux collines ?
– Maslah et Mikhra.
– Par qui sont-elles habitées ?
– Par les Banû al-Nâr et les BanûHirâq.
Il décida de tourner le dos aux collines, dont les noms lui parurent de mauvais augure, et ordonna de continuer d’avancer vers Badr. Puis il fit halte et envoya ‘Ali ibn Abû Tâlib et Sa‘d ibn Abû Waqqâs rôder autour des puits. Ils y surprirent les porteurs d’eau de Quraysh et les attaquèrent. Ils capturèrent plusieurs d’entre eux, mais d’autres prirent la fuite et revinrent vers Quraysh en criant :
– Gens de Quraysh, Muhammad et ses amis ont capturé vos porteurs d’eau !
L'agitation gagna aussitôt l'ensemble du camp.
Hakîm ibn Hizâm était sous sa tente, savourant avec quelques amis de la viande de chamelle grillée, lorsque leur parvint la nouvelle. Ils interrompirent leur repas et sortirent précipitamment de la tente pour aller à la rencontre des autres. Hakîm arrêta ‘Utba ibn Rabî'a et lui dit :
– Singulière expédition que la nôtre, n’est-il pas ? Notre caravane est sauvée et nous venons quand même, sans raison, attaquer ces gens chez eux !
‘Utba répondit :
– Je sens planer un malheur! C'est la vanité d’Abû Jahl qui l’attire sur nous. Qu’y pouvons-nous ? Celui qui n’est pas obéi n’a pas d’avis à donner. Dis donc, faut-il craindre une attaque de la part des musulmans ?
– On ne peut l’exclure.
– Que faire, dans ce cas ?
– Nous devons rester sur nos gardes jusqu’au matin. Puis nous aviserons !
– Voilà qui est bien dit.
 

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