mercredi 28 juin 2017 04:37:54

BADR (II): Quraysh choisit la guerre

Les deux frères ‘Utba et Shayba ibn Rabî'a sortirent leurs boucliers, leurs lances, leurs sabres et commencèrent à les fourbir...

PUBLIE LE : 19-06-2017 | 0:00
D.R

Par Mahmoud Hussein - 22e partie

Les deux frères ‘Utba et Shayba ibn Rabî'a sortirent leurs boucliers, leurs lances, leurs sabres et commencèrent à les fourbir. Leur jeune esclave chrétien, ‘Addâs, s’en étonna :
– Que comptez-vous faire ?
Ils répondirent :
– Te souviens-tu de l’homme qui était entré dans notre jardin, à al-Tâ’if, et à qui nous t’avions fait porter une grappe de raisins   ?
– Oui, je me souviens de lui.
– Nous partons le combattre.
A ces mots, ‘Addâs fondit en larmes et leur dit :
– N’y allez pas ! Par Dieu, c’est un prophète !
Tandis qu’il nouait les lanières de leurs sandales, et les larmes continuaient de couler sur ses joues, il répétait :
– Vous que j’aime comme père et mère, vous allez au-devant de votre perte !
Lorsqu’ils furent partis, al-‘Âsi ibn Hishâm vint à passer devant ‘Addâs. Le voyant en larmes, il lui demanda :
– Pourquoi pleures-tu ?
– Je pleure sur le sort des mes maîtres, maîtres de la vallée. Ils vont au-devant de leur perte, ils vont combattre le Messager de Dieu.
– Tu crois que Muhammad est le Messager de Dieu?
‘Addâs sursauta. Son corps tout entier frissonna et il se remit à pleurer :
– Par Dieu, oui. C'est lui que Dieu envoie comme Son Messager à tous les humains.
En arrivant à La Mecque, Damdam avait bien transmis aux Qurayshites l’interdiction faite par Abû Sufyân de consulter le sort au moyen de flèches. Mais les Qurayshites ne l’écoutèrent pas.
Les deux frères ‘Utba et Shayba ibn Rabî'a furent parmi ceux qui se rendirent à la Ka‘ba, au pied de l’idole Hubal, et tirèrent des flèches qui leur interdisaient de partir au combat.
Zam‘a ibn al-Aswad tira aussi la flèche qui lui interdisait de partir. Ayant répété l’opération et obtenu le même résultat, il se mit en colère et brisa toutes ses flèches, disant :
– Je n’ai jamais vu de flèches plus sournoises !
Suhayl ibn ‘Amrû, qui passait par là, le vit faire ce geste et lui demanda :
– Pourquoi cette colère ?
Lorsque Zam‘a s’en expliqua, Suhayl lui dit :
– N’y prête aucune attention! Les flèches mentent ! ‘Umayr ibn Wahab vient de me raconter la même histoire que toi.
Al-Hârith ibn ‘Amrû fut l’un des rares hommes à déclarer son hostilité à l’entrée en guerre. Il dit à Damdam:
– J’aimerais que Quraysh renonce à partir, même si je devais, et tous les ‘AbdManâf avec moi, perdre l’argent placé dans cette caravane.
Damdam rétorqua :
– Tu es l’un des seigneurs de Quraysh. Pourquoi ne les retiens-tu pas ?
Il répondit :
– Je les sens tous si déterminés à partir... Parmi ceux qui peuvent combattre, je ne vois personne rester en arrière, à moins de raison contraignante. Je déteste me trouver en opposition à Quraysh et je n’aimerais pas que ces paroles sortent d’ici, mais je dois dire qu’Abû Jahl porte malheur à son peuple. En lançant son peuple contre les gens de Yathrib, je ne doute pas qu’il le conduise à sa ruine.
– J’ai eu moi-même une affreuse vision, alors que je me dirigeais vers La Mecque porteur du message d’Abû Sufyân. J’avais le sentiment d’être pleinement éveillé, sur mon chameau, et je voyais les collines autour de moi ruisselant de sang jusque dans la vallée.
– Nul n’est jamais parti en guerre avec la répugnance qui est la mienne aujourd’hui
– Par Dieu, pourquoi ne restes-tu pas ?
– Je serais peut-être resté, si tu étais venu plus tôt me faire part de ta vision. Mais il ne faut pas que tu en parles à Quraysh. Ils en veulent à tous ceux qui les découragent d’aller se battre...
Avant de prendre la route, al-Hârith partagea ses biens entre ses enfants. Il avait le sentiment qu’en quittant La Mecque, cette fois-ci, il ne la reverrait plus.
En s’efforçant de rassembler les Qurayshites contre le Prophète, Abû Jahl croit avoir trouvé l’occasion d’imposer définitivement à La Mecque la prééminence de sa tribu, les BanûMakhzûm, au détriment de celle dont Muhammad est issu, les BanûQusayy. La position de ces derniers a été fortement affaiblie par l’avènement de l’islam, qui a brisé leur Unité tribale, mais la plupart d’entre eux répugnent à s’opposer de front au Prophète, qui reste l’Un des leurs. Ils préfèrent préserver l’avenir. D’où leurs hésitations à suivre Abû Jahl dans la voie de la guerre.

L'affrontement se prépare

Abû Sufyân a mis sa caravane à l’abri, mais Abû Jahl cherche à tout prix le combat avec les musulmans. De nombreux chefs polythéistes songent à rebrousser chemin. De son côté, le Prophète consulte ses compagnons. Muhâjirûn et Ansârs font serment de le suivre jusqu'au bout. Al-Habbâb ibn al-Mundhir conseille au Prophète de changer son plan de bataille et de disposer autrementses troupes autour des puits de Badr. Le Qurayshite ‘Utba ibn Rabî‘a tente d’éviter l’affrontement avec les musulmans, mais Abû Jahl a le dernier mot.
Lorsque les hommes de Quraysh se rassemblèrent pour le départ, ‘Utba ibn Rabî'a leur dit :
– Gens de Quraysh, ceux que nous laissons derrière nous à La Mecque sont des femmes, des enfants et des hommes incapables de se défendre. Nous ne pouvons les laisser sans protection, exposés à une attaque des BanûBakr, de Kinâna, qui sont nos ennemis. Voyez ce qu’il faut en penser !
L'inimitié entre Quraysh et BanûBakr remontait à la mort d’un garçon de La Mecque, survenue quelques années plus tôt. C'était un beau garçon, bien vêtu, les cheveux tressés, qui était sorti seul, à la recherche d’une bête perdue. Il avait croisé sur sa route ‘Âmir ibn Yazîd, chef des BanûBakr, qui lui avait demandé :
– Qui es-tu ?
Le garçon avait répondu :
– Je suis le fils d’un tel, de Quraysh.
Âmir s’était tourné vers les siens :
– Quraysh n’a-t-elle pas une dette de sang à notre égard?
– Si.
– En tuant ce garçon, nous ne ferions qu’obtenir le règlement de cette dette.
– Oui.
Alors l’un des BanûBakr avait emmené le garçon et l’avait tué.
Quraysh avait aussitôt exigé le prix de son sang, mais ‘Âmir avait dit :
– Vous aviez à notre égard une ancienne dette de sang. Si vous voulez l’acquitter, nous serons tenus de payer le prix du sang du garçon. Sinon, considérez que ce sang vient en règlement de la dette ancienne.
– ‘Âmir ibn Yazîd a raison. C'est le sang d’un homme contre le sang d’un autre.
Les Qurayshites avaient reconnu que l’échange était équitable et ils avaient presque tous oublié le garçon. Mais son frère, Makraz, se trouva un soir dans un endroit désert aux abords de La Mecque, face à ‘Âmir ibn Yazîd. Tandis que ce dernier allait à pied, Makraz était sur son chameau. Il se dit :
– C'est ma chance. Je n’en trouverai pas de meilleure !
Amenant son chameau à fléchir légèrement les jambes, il domina ‘Âmir de la bonne hauteur et le tua. Il s’empara ensuite de son sabre, fila vers La Mecque et, arrivé à la Mosquée, suspendit le sabre aux tentures recouvrant la Ka‘ba. Ainsi, dès le lendemain, les gens surent-ils que Makraz avait tué ‘Âmir ibn Yazîd. Les BanûBakr, furieux, jurèrent de venger la mort de leur chef en prenant la vie de deux ou trois Qurayshites.
Ce fut dans ces conditions que les Mecquois s’apprêtèrent à partir en guerre contre le Prophète.
Soudain alertés par ‘Utba ibn Rabî'a, ils virent le danger que courrait alors leur ville, qui ne serait plus protégée contre une éventuelle attaque des BanûBakr. L'inquiétude les gagna et Abû Jahl commença de craindre que l’ardeur de certains d’entre eux ne faiblît, lorsque Surâqa ibn Ja‘sham, chef d’un autre clan de Kinâna, vint les voir et leur dit :
– Gens de Quraysh, vous savez la place que j’occupe à la tête de mon peuple. Je me porte garant de la sécurité des vôtres à La Mecque durant votre absence. Je vous le dis, vous n’aurez rien à craindre des Kinâna.
Abû Jahl s’empressa de dire à ‘Utba ibn Rabî'a:
– Que demander de plus ? C'est le seigneur de Kinâna qui s’engage à protéger les nôtres durant notre absence!
‘Utba fut rassuré et dit :
– Je ne demande rien de plus.
Ils partirent dans un climat de fête, accompagnés de danseuses qui, à chaque halte, sortaient leurs tambourins et se mettaient à chanter, tandis que l’on égorgeait les chameaux et que les cavaliers – il y en avait une centaine – sortaient leurs boucliers et se défiaient au combat à la lance.
Les Qurayshites étaient au nombre de neuf cent cinquante, et même de mille selon certains. Sachant que le nombre des musulmans était beaucoup plus réduit, Abû Jahl se dit :
– Muhammad croit-il pouvoir nous réserver le même sort qu’à BatnNakhla ? Cette fois, il saura si nous sommes capables ou pas de protéger nos caravanes !
Le Messager de Dieu chargea deux éclaireurs d’aller rôder autour des puits de Badr, afin d’y recueillir des nouvelles. Ils s’y rendirent et, après avoir quitté leurs montures, remplirent leurs outres et tendirent l’oreille. Ils surprirent la conversation de deux esclaves, dont l’une demandait à l’autre de lui rendre le dirham qu’elle lui avait prêté plus tôt. Sa compagne répondit :
– Tu n’auras plus longtemps à attendre, la caravane doit arriver demain ou après-demain.
Les deux éclaireurs s’empressèrent d’aller rapporter la nouvelle au Messager de Dieu.
Abû Sufyân attendait avec impatience le retour de Damdam, qui devait lui rendre compte de l’état d’esprit des Mecquois. La caravane se rapprochait de Médine et se trouvait, maintenant, à une journée des puits de Badr, où Abû Sufyân pensait la conduire le lendemain, si aucun signe suspect ne venait l’en dissuader. Son inquiétude grandit soudain, lorsqu’il vit les chameaux tourner la tête dans la direction de Badr, avec insistance, alors qu’ils avaient eu leur ration d’eau et n’avaient pas soif. L'un des hommes dit :
– A aucun moment, depuis que nous sommes partis, les chameaux n’ont agi de la sorte...
La nuit les enveloppait d’une ombre impénétrable.
A l’aube, Abû Sufyân partit en avant de la caravane, afin d’inspecter les puits. Arrivé à Badr, il vit un homme qui s’y était trouvé la veille, en même temps que les deux esclaves. Il l’interrogea :
– Dis-moi, Majdî, as-tu senti la présence de quelqu’un dans les alentours ? Tu sais, par Dieu, qu’il n’y a ni Mecquois ni Mecquoise, possédant vingt dirhams ou plus, qui n’ait une part dans cette caravane. Si tu couvres notre ennemi, aucun Qurayshite ne te le pardonnera !
– Par Dieu, je n’ai personne à couvrir. Entre toi et Yathrib, ne se trouve aucun ennemi. S'il s’en trouvait un, je l’aurais su et je ne te l’aurais pas caché. Cela dit, j’ai vu deux cavaliers s’arrêter ici, hier. Ils ont quitté leurs montures pour prendre de l’eau et sont aussitôt repartis.
Abû Sufyân examina de près l’endroit que l’homme lui indiquait. Il se pencha, prit une poignée de crottin de chameau, la broya entre ses doigts et y trouva des noyaux de dattes. Il dit :
– Par Dieu, cela vient de Yathrib. Les hommes étaient des envoyés de Muhammad. Il ne doit pas être loin d’ici.
 

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