mercredi 28 juin 2017 04:37:43

BADR (I) Quraysh choisit la guerre

Le Prophète ayant décidé d'attaquer Une caravane de Quraysh, Abû Jahl exhorte les Mecquois à lui déclarer la guerre. Ils finissent par accepter, en dépit des réticences de plusieurs de leurs seigneurs et malgré l’opposition de leur chef de guerre, Abû Sufyân.

PUBLIE LE : 18-06-2017 | 0:00
D.R

Par Mahmoud Hussein - 21e partie

Le Prophète ayant décidé d'attaquer Une caravane de Quraysh, Abû Jahl exhorte les Mecquois à lui déclarer la guerre. Ils finissent par accepter, en dépit des réticences de plusieurs de leurs seigneurs et malgré l’opposition de leur chef de guerre, Abû Sufyân.

Le Messager de Dieu apprit qu’une caravane, chargée de toutes les richesses de Quraysh, quittait La Mecque pour la Syrie. Il sortit de Médine, accompagné de cent cinquante à deux cents hommes, pour tenter de surprendre la caravane au début de son parcours. Il n’y parvint pas. Abû Sufyân 48 était parti en avance sur l’horaire annoncé et il était déjà loin lorsque les musulmans s’élancèrent à sa poursuite. Le Messager de Dieu regagna Médine.
Peu de temps après, il fut averti qu’Abû Sufyân, ayant terminé les opérations commerciales qui l’avaient conduit en Syrie, reprenait le chemin de La Mecque accompagné de trente à quarante hommes au plus. Le Messager de Dieu réunit les musulmans et leur dit :
– Cette caravane est chargée de toutes les richesses de Quraysh. Attaquons-la, en espérant que Dieu nous accorde la victoire.
A ces paroles, certains musulmans se déclarèrent prêts à partir, mais d’autres, pourtant proches du Prophète, désapprouvèrent l’expédition – parmi lesquels des Muhâjirûn, peu désireux de s’attaquer à des Mecquois qui appartenaient à leurs propres familles, ainsi que des Ansârs, refusant de participer à une bataille inspirée par le butin plutôt que par la foi. Des discussions éclatèrent entre partisans et adversaires de l’expédition. Mais on vit aussi un musulman dire à son fils :
– L'un d’entre nous doit rester avec les femmes. Laisse-moi le privilège de partir.
Son fils répondit :
– Père, je souhaite trouver le martyre dans cette bataille.
Ils durent consulter le sort au moyen de flèches et c’est celle du fils qui fut tirée.
Avant de donner l’ordre du départ, le Messager de Dieu chargea deux musulmans de recueillir des informations sur la caravane en question. Ils allèrent en direction de la côte et descendirent chez Kashad al-Jihnî, qui les hébergea et les cacha. Au passage de la caravane, Kashad les emmena au sommet d’une colline, d’où ils purent observer les gens, dénombrer les bêtes et jauger les chargements.
De son côté, Abû Sufyân fut averti par un homme de la tribu de Juzâm que les musulmans, ayant tenté sans succès d’attaquer sa caravane à l’aller, comptaient la surprendre au retour.
Abû Sufyân dit :
– Je n’ai perçu aucun mouvement.
L'homme répondit :
– Muhammad a campé un mois durant et il n’est rentré à Yathrib qu’après avoir noué des alliances avec les nomades de la région. Il doit compter les jours en attendant votre retour. Prenez garde. Par Dieu, je ne vois autour de vous ni assez d’hommes ni assez d’armes. Consultez-vous là-dessus.
La caravane comptait mille chameaux et la valeur de son chargement s’élevait, dit-on, à cinquante mille dinars – car les hommes et les femmes de Quraysh y avaient placé jusqu’à leur dernier dirham, espérant en tirer grand profit.
Les soupçons d’Abû Sufyân ayant été ainsi éveillés, il alla voir Kashad, chez qui les deux musulmans étaient toujours cachés, pour lui demander :
– Kashad, n’as-tu aperçu aucun des éclaireurs de Muhammad ?
Kashad répondit :
– Dieu nous en garde ! Des éclaireurs de Muhammad par ici ?
La caravane repartit et les deux éclaireurs attendirent jusqu’au lendemain matin avant d’aller, sous la protection de Kashad, retrouver le Prophète. Celui-ci avait déjà quitté Médine à la tête de ses troupes et se trouvait aux environs de Turbân. C'est là qu’ils le rejoignirent et le mirent au courant de ce qu’ils avaient vu et entendu. Ils n’oublièrent pas de rendre hommage à Kashad. Le Messager de Dieu loua la conduite de ce dernier et lui demanda :
– Veux-tu que je t’accorde la propriété de ce puits ?
Kashad répondit :
– Je suis âgé et ma vie approche de sa fin. Accorde cette propriété à mon neveu.
Le Messager de Dieu acquiesça, puis il fit route vers le territoire des BanûWaqyâr, où il établit son camp. Là, il passa en revue les combattants et découvrit que s’étaient glissés dans leurs rangs certains adolescents, décidés à prendre part au combat en dépit de leur jeune âge. Ceux qu’il reconnut reçurent l’ordre de rentrer à Médine, mais d’autres, prévenus à temps, s’arrangèrent pour dissimuler leur présence et échapper à l’interdit.
Sa‘d ibn Abû Waqqâs raconte :
Au moment où le Messager de Dieu allait passer en revue les combattants, je vis mon frère ‘Umayr se cacher dans une tente. Je lui demandai :
– Qu’as-tu donc ?
Il répondit :
– Je crains que le Messager de Dieu ne me trouve trop jeune et ne me renvoie à Médine. Je veux aller au combat, dans l’espoir que Dieu m’accorde le martyre.
Le Messager de Dieu le vit et lui dit :
– Rentre à Médine.
‘Umayr éclata en sanglots. Alors le Messager de Dieu lui permit de rester avec les hommes.
Le nombre des musulmans dépassait de peu les trois cents, pour soixante-dix chameaux. Aussi les combattants se relayaient à deux, trois ou quatre, sur chaque chameau. Voyant le dénuement dans lequel ils étaient, le Messager de Dieu dit :
– Seigneur, ils sont pieds nus, veuille les chausser. Ils sont déguenillés, veuille les vêtir. Ils sont affamés, veuille les nourrir. Ils manquent de tout, veuille leur accorder Tes bienfaits.
Entre-temps Abû Sufyân avait acquis la conviction que le Messager de Dieu cherchait à attaquer la caravane. Il consulta ses amis, dont le nombre ne dépassait pas trente ou quarante. Ils furent unanimes à lui proposer de dépêcher un émissaire à La Mecque, pour la prévenir du péril qui les menaçait. Abû Sufyân choisit à cette fin un homme qu’il connaissait et dont il avait déjà loué les services, un certain Damdam. Il lui ordonna, au moment d’entrer à La Mecque, de trancher le museau de son chameau, de monter ce dernier en lui tournant le dos, de se déchirer la chemise par-devant et par-derrière et de crier :
– Au secours, au secours !
Mais il lui ordonna, dans le même temps, de dissuader les Qurayshites de consulter le sort au moyen de flèches
A La Mecque, ‘Âtikabint ‘Abd al-Muttalib, tante du Prophète, eut un songe qui l’épouvanta. Elle fit appeler son frère al-‘Abbâs, oncle du Prophète, et lui dit :
– J’ai eu cette nuit un songe qui m’oppresse le cœur. Je crains qu’il n’augure pour nos gens des jours de malheur et d’errance. Je te prie de garder pour toi seul ce que je vais t’en dire. J’ai vu un homme sur un chameau, au sommet du mont al-Abtah, qui criait à pleine voix : « Vous, que guette la trahison, vous allez au-devant d’une mort promise dans les trois jours ! »
L'homme a répété trois fois sa malédiction, tandis que les gens se pressaient autour de lui. Il est entré dans la Ka‘ba et a de nouveau répété trois fois sa malédiction. Puis il a soulevé un rocher qu’il a précipité du sommet du mont Abû Qays et qui s’est fracassé en touchant le sol. Toutes les maisons de La Mecque furent ébranlées par les éclats de ce rocher, à l’exception des maisons des BanûHâshim, dont aucune ne fut touchée...
Al-‘Abbâs dit :
– Voilà un songe terrible !
Il quitta sa sœur et alla voir son ami al-Walîd ibn ‘Utba, à qui il raconta le songe, en lui recommandant de n’en parler à personne. La nouvelle se répandit parmi les gens et le soir même, non loin de la Ka‘ba, al-‘Abbâs croisa Abû Jahl qui lui demanda :
– Qu’est-ce donc que ‘Âtika a vu en songe ?
Al-‘Abbâs fit mine de ne pas comprendre :
– Que dis-tu ?
– Vous, les Banû ‘Abd al-Muttalib, il ne vous suffit pas que vos hommes aient des visions. Même vos femmes veulent en avoir! Ta sœur ‘Âtika nous prédit le pire dans un délai de trois jours. Eh bien, nous vous prenons au mot. Passé ce délai, si la prédiction s’accomplit, nous aviserons. Mais si nous ne voyons rien venir, il sera écrit que vous êtes les plus grands menteurs que les Arabes aient connus.
Al-‘Abbâs répondit :
– Toi qui te peins les fesses en jaune, tu peux parler ! Tu es bien plus que nous familier du mensonge et de la tromperie.
Les Mecquois prêtaient à Abû Jahl la manie d’appliquer sur ses fesses un onguent contenant du safran. Certains attribuaient cette manie à un penchant qu’il aurait eu pour les hommes, mais les siens l’expliquaient par une plaie qui ne guérissait pas et dont le safran calmait la douleur. Abû Jahl reprit la rengaine des BanûMakhzûm contre les Banû ‘Abd al-Muttalib:
– Cela fait longtemps que nous nous disputons les positions d’éminence. Vous avez dit : c’est à nous de donner à boire aux pèlerins. Nous avons dit : soit, donnez-leur à boire. Puis vous avez dit : c’est à nous de fournir les tentures pour couvrir la Ka‘ba. Nous avons dit : soit, fournissez les tentures. Puis vous avez dit : c’est à nous d’accueillir les faibles. Nous avons dit : soit, accueillez-les. Mais nous avons, comme vous, donné à manger aux gens, nous avons rivalisé avec vous de générosité et les genoux se sont frottés aux genoux et nous vous avons rejoints dans la gloire. Alors vous avez dit : oui, mais nous avons un prophète ! Et maintenant vous venez nous dire : nous avons une prophétesse ! Non, non, non, par al-Lât et al-‘Uzza, cela ne sera pas!
Al-‘Abbâs se contenta de nier devant Abû Jahl que sa sœur eût eu la moindre vision. Le soir même, toutes les femmes de son clan vinrent le lui reprocher :
– Comment ? Ce vil corrompu s’en prend à nos hommes, puis à nos femmes, et tu te contentes de l’écouter ? Tu n’avais rien à lui dire ?
Il leur répondit :
– Par Dieu, je n’ai rien à lui dire, parce que je ne lui prête aucune attention. Mais si vous y tenez, la prochaine fois, je lui tiendrai tête.
Le lendemain, Abû Jahl dit :
– Un jour est passé.
Le surlendemain, il dit :
– Deux jours sont passés
Enfin il dit :
– Trois jours sont passés. Il n’y a toujours rien.
Abû Jahl était un homme maigre et nerveux, aux traits anguleux, à la vue perçante et à la langue venimeuse. Al-‘Abbâs s’en voulait de ne pas lui avoir répondu comme il convenait et comme l’en conjuraient les femmes de son clan. Il décida d’aller le trouver et le vit qui quittait sa maison en pressant le pas. Il se dit alors :
– Qu’a-t-il à presser ainsi le pas ? Craint-il d’essuyer mes insultes ?
C'est alors qu’il entendit la voix stridente de Damdam, l’émissaire d’Abû Sufyân, qui venait d’entrer dans la ville et s’écriait :
– Gens de Quraysh ! Au secours ! Au secours ! Muhammad et ses compagnons menacent votre caravane ! Par Dieu, je ne crois pas que vous aurez le temps de la secourir!
Les Mecquois pensèrent aussitôt à la prédiction de ‘Âtika et prirent peur. Et les Banû ‘Abd al-Muttalib reprochèrent aux BanûMakhzûm:
– Vous vous êtes pressés d’affirmer que nous étions des menteurs et que ‘Âtika tenait des propos insensés !
Damdam raconta plus tard :
– La veille du jour où je devais arriver à La Mecque, j’ai fait moi-même un songe. Je me suis vu sur mon chameau, à l’entrée de la ville et les collines environnantes ruisselaient de sang. Je me suis réveillé en sursaut, transi d’effroi. J’ai raconté plus tard ce songe aux Qurayshites, ils ont détesté l’entendre. Il était pour eux l’augure d’une catastrophe.
Certains Mecquois dirent :
– Celui qui est venu nous porter la nouvelle n’était pas Damdam, mais Satan déguisé. Il a semé parmi nous la discorde. Puis Damdam lui-même est arrivé.
‘Umayr ibn Wahab dit :
– Je n’ai jamais vu plus étrange apparition que celle de Damdam. Celui qui a crié par sa voix ne pouvait être que Satan. Il ne nous a laissé aucun choix, nous a jetés dans la confusion, puis n’a ouvert devant nous que les portes du malheur.
Hakîm ibn Hizâm dit :
– Ce n’est pas un humain qui nous a précipités vers la caravane, c’est le Diable.
– Comment cela, Abû Khâlid ?
– C'est une chose étrange. Il nous a privés de nos facultés de jugement.
Les seigneurs de Quraysh se réunirent à Dâr al-Nadwa, comme ils le faisaient chaque fois qu’ils se trouvaient dans le désarroi. Et Suhayl ibn ‘Amrû se leva et dit :
– Gens de Quraysh, voici que Muhammad se permet, avec les quelques jeunes qu’il a emmenés de chez nous et les habitants de Yathrib qui le suivent, d’attaquer notre caravane et de menacer notre commerce !
Puis Zam‘a ibn al-Aswad se leva et dit :
– Par al-Lât et al-‘Uzza, il ne pouvait rien nous arriver de pire ! Muhammad et les gens de Yathrib s’attaquent à l’une de nos caravanes. Préparons-nous à répliquer ! Pas un seul d’entre nous ne doit manquer à l’appel. A celui qui ne possède pas de monture, nous en procurerons une. Par Dieu, si nous n’arrêtons pas Muhammad cette fois-ci, rien ne l’arrêtera plus et un jour, nous le verrons entrer dans La Mecque en vainqueur!
Et Tu‘ayma ibn ‘Udayy dit :
– Gens de Quraysh, il est vrai qu’il ne pouvait rien nous arriver de plus grave ! Muhammad ose attaquer nos caravanes et menacer notre commerce. Cette caravane contient toutes nos ressources et toute notre épargne. Par Dieu, je ne connais dans cette ville ni homme ni femme, possédant vingt dirhams ou plus, qui n’y ait engagé des biens.
Deux des fils d’Abû Sufyân se levèrent ensuite, l’un après l’autre, pour inciter les gens à marcher contre Muhammad.
Quraysh choisit la guerre. La plupart des hommes voulurent y contribuer et ceux qui ne pouvaient partir désignèrent les membres de leur famille qui partiraient à leur place. Puis chacun s’occupa de régler ses propres affaires, sortit les armes qu’il possédait, en acheta d’autres...
Abû Lahab   , oncle du Prophète, se tint à l’écart. Certains allèrent le trouver pour lui dire :
– Tu es l’un des seigneurs de Quraysh. Si tu ne pars pas toi-même, tu dois envoyer l’un des tiens à ta place.
Il répondit
– Par al-Lât et al-‘Uzza, je ne partirai pas plus que je n’enverrai quelqu’un à ma place !
Abû Jahl alla le trouver et lui dit :
Tu dois te joindre à nous. Par Dieu, nous partons pour défendre la religion qui est la nôtre et celle de nos ancêtres !
Il savait qu’Abû Lahab, atterré par le songe de sa sœur ‘Âtika, craignait d’affronter Muhammad. Il l’avait même entendu dire : « Peut-être la vision de ‘Âtika nous montre-t-elle le chemin. » Or, ce chemin promettait le salut au seul clan des BanûHâshim et la désolation à tous les autres. Abû Jahl avait vu, dans ces mots, le détestable présage d’une conversion d’Abû Lahab à l’islam...
Abû Lahab ne partit pas au combat, mais il alla voir al-‘Âsi ibn Hishâm, qui avait une dette à son égard, et lui dit :
– Pars et je te tiens quitte de ta dette.
Ainsi al-‘Asi partit-il à la place d’Abû Lahab.
 

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