Les premiers compagnons

Après Khadîja, fils d'Abû Tâlib, Zayd, fils adoptif de Muhammad, et Abû Bakr, son ami, embrassent l'islam. Quelques autres les suivent. Un rabbi juif salue l'avènement du Prophète comme une bonne nouvelle.
PUBLIE LE : 15-06-2017 | 0:00

Par Mahmoud Hussein - 19e partie

Après Khadîja, fils d'Abû Tâlib, Zayd, fils adoptif de Muhammad, et Abû Bakr, son ami, embrassent l'islam. Quelques autres les suivent. Un rabbi juif salue l'avènement du Prophète comme une bonne nouvelle.

C'était avant que le Prophète ne reçût la Révélation. Zayd ibn Hiritha, de la tribu des Banû Kalb, n'avait pas encore atteint l'âge de huit ans, lorsque sa mère l'emmena en voyage pour rendre visite à sa tribu. En route, la caravane fut attaquée par des Arabes qui capturèrent l'enfant et, selon la coutume d'alors, le vendirent au marché. Ce fut Hakîm ibn Hizâm, un des maîtres de Quraysh, qui acheta Zayd, en même temps que d'autres enfants, qu'il ramena à La Mecque.
Rentré chez lui, Hakîm reçut la visite de sa tante paternelle, Khadîja bint Khuwaylid, l'épouse du Messager de Dieu.
Il lui dit :
— Ma tante, choisis celui de ces garçons que tu voudras, il est à toi.
Khadîja choisit Zayd et l'emmena. Lorsque le Messager de Dieu le vit, il demanda à Khadîja de le lui offrir, ce qu'elle fit. Et le Messager de Dieu l'emmena à son tour.
Peu de temps après, des gens de Kalb, parents de Zayd, vinrent La Mecque en pèlerinage et pour affaires commerciales. Ils aperçurent Zayd, qu'ils reconnurent et qui les reconnut. De retour chez eux, ils en informèrent Hâritha, le père de Zayd, qui partit aussitôt pour La Mecque, accompagné de quelques-uns des siens. Arrivé dans la ville, il s'enquit du possesseur de son fils. On lui dit que c'était Muhammad ibn 'Abd Allâh. Il demanda où il pourrait le trouver, on lui répondit :
— À la Mosquée.
Hâritha se rendit à la Ka'ba, où il se fit guider jusqu'à Muhammad. Il l'aborda et lui dit :
— Je m'adresse au descendant de 'Abd al-Muttalib et de Hâshim, à la famille des protecteurs de la Mosquée de Dieu, qui soulagent celui qui souffre et nourrissent l'hôte de passage. Je viens chercher notre fils qui est chez toi. Veuille nous le rendre et fixer pour cela une rançon raisonnable.
Muhammad répondit :
— Je vous propose autre chose. Je vais l'appeler et le laisser trancher. S'il vous choisit, il est à vous sans rançon. S'il me choisit, par Dieu, ce n'est pas moi qui ferai un autre choix que celui qui me choisit !
— Tes paroles nous comblent. Tu es un homme de bien.
 Muhammad appela Zayd et lui demanda :
— Connais-tu ces hommes ?
Zayd répondit :
— Ce sont mon père, mon oncle et mon frère.
Muhammad dit :
— Quant à moi, tu sais qui je suis. Choisis entre eux et moi.
— Je ne choisirai personne d'autre que toi.
Hâritha s'écria :
— Malheur à toi ! Tu préfères la servitude à la liberté ?
Zayd répondit :
— Oui. J'ai vu quelque chose, en cet homme, à quoi je ne peux
rien préférer.
Alors Muhammad dit à tous les présents :
— Soyez témoins que Zayd est mon fils. Je serai son héritier comme il sera le mien.
Entendant cela, le père, l'oncle et le frère de Zayd repartirent apaisés. Lorsque Muhammad recevrait la Révélation, Zayd sert l'un des tous premiers à croire en lui.
Abû Tâlib détenait le privilège de donner à boire et à manger aux pèlerins. Mais contrairement à son père et à son grand-père, Abû Tâlib ne comptait pas parmi les grandes fortunes qurayshites. Il avait beaucoup d’enfants et avait de plus adopté son neveu Muhammad ibn ‘Abd Allâh, après la mort du grand-père de ce dernier ‘Abd al-Muttalib.
La situation d’Abû Tâlib était allée s’aggravant. Il avait fini par demander à son frère Al Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib de lui prêter dix mille dirhams. Al-Abbâs, qui était très riche, y avait consenti.
Mais au bout d’une année, ayant dépensé toute la somme, Abû Tâlib était revenu vers Al-’Abbâs pour lui demander, cette fois, un prêt de quinze mille dirhams. Son frère lui avait dit :
— Tu ne m’as pas rendu l’argent que tu me dois. Je vais quand même t’accorder ce nouveau prêt, mais si tu ne me rends pas la totalité de la somme d’ici l’année prochaine, le privilège de donner à boire et à manger ne t’appartiendra plus.
Abû Tâlib avait accepté, mais n’avait pas su faire bon usage de cet argent. Ses affaires avaient continué de péricliter. Il avait cessé de pouvoir faire face à ses obligations. Alors Muhammad ibn ‘Abd Allâh, qui n’avait pas encore reçu la Révélation, était allé voir son oncle al-’Abbâs, pour lui dire :
— Ton frère Abû Tâlib a beauoup d’enfants. Il est frappé, comme tant d’autres, par la crise qui sévit ces jours-ci. Allons le voir ensemble et allégeons sa charge d’enfants. Je prendrai un de ses fils et toi un autre.
Son oncle avait accepté. Ils s’étaient rendus tous les deux chez
Abû Tâlib et lui avaient dit :
- Nous voulons alléger ta charge d’enfants, jusqu’à ce que la situation s’améliore.
Abû Tâlib avait répondu :
- Laissez-moi ‘Aqîl et faites comme bon vous semble.
Al-Abbâs prit en charge Ja’far ibn Abû Tâlib, tandis que Muhammad prenait en charge ‘Ali ibn Abû Tâli, qui n’était alors qu’un enfant ?
Quelques années plus tard, après que le Messager de Dieu eut reçu la Révélation, ‘Ali le vit prier, et Khadîja prier à ses côtés...
Il demanda :
— Que faites-vous là?
Le Messager de Dieu répondit :
— C'est la Religion que Dieu a choisie pour Sienne et qu'Il a révélée à Ses Prophètes. Je t'appelle à Dieu, l'Unique sans associé, je t'appelle à L'adorer et à renier al-Lât et al-’Uzza.
‘Ali répondit :
− C'est une chose dont je n'ai jamais entendu parler avant ce jour. Je ne prendrai aucune décision avant de m'en être ouvert à mon père.
Mais le Messager de Dieu ne voulait pas que ‘Ali dévoilât son secret avant que lui-même eût proclamé sa mission. Il dit à son cousin :
− Si tu ne te soumets pas à Dieu, garde Son secret.
Au cours de la nuit suivante, Dieu implanta l'islam dans le cœur de 'Ali, qui se rendit dès le lendemain auprès du Messager de Dieu et lui dit :
− Que m'as-tu proposé, Muhammad? Le Messager de Dieu dit :
—De témoigner qu'il n'y a de dieu que Dieu, l'Unique sans associé, de renier al-Lat et al-‘Uzza et d'abandonner les idoles.
‘Ali embrassa l'islam mais, comme le lui avait demandé le Messager de Dieu, tint sa conversion secrète.
Un jour, cependant, Abû Talib surprit le Messager de Dieu et avec lui 'Ali, priant côte à côte. Il s'approcha d'eux et demanda :
— Que faites-vous là?
Le Messager de Dieu l'invita à se joindre à eux :
— Mon oncle, c'est la Religion de Dieu, celle de Ses anges et de Ses Prophètes. Dieu m'a donné mission de la transmettre à Ses serviteurs. Et tu es, mon oncle, le plus digne de ceux que j'appelle à s'engager sur la juste voie, le plus digne de me suivre et de m'aider.
Abû Tâlib répondit :
— Mon neveu, il n'y a pas de mal dans ce que vous faites. Mais mon âme répugne à abandonner la religion de mes ancêtres. Je ne pourrais tourner le dos à la voie que suivait 'Abd al-Muttalib. Mais poursuis ta mission et accomplis-la. Par Dieu, je te protégerai tant que je vivrai, jusqu'à ce que tu atteignes ton but.
Puis il se tourna vers son fils et dit :
— Quant à toi, mon fils, si tu le veux, tu peux te joindre à ton cousin dans la voie qu'il suit.
 Lorsqu’Abû Tâlib rentra chez lui, sa femme lui demanda :
— Où est ton fils ?
— Que lui veux-tu?
— Mon esclave m'a dit qu'elle l'avait vu prier en compagnie de Muhammad. Ton fils aurait-il renié sa religion?
— Tais-toi et laisse cela. Par Dieu, ton fils est le plus digne de ceux qui suivent son cousin. N'était que mon âme répugnât à abandonner la religion de 'Abd al-Muttalib, j'aurais aussi suivi Muhammad. Il est la charité, la loyauté, la pureté elles-mêmes.
La femme d'Abû Tâlib se tut.
Abû Bakr croisa Muhammad sur l'un des sentiers de La Mecque. Comme il avait entendu que ce dernier dénigrait les dieux de Quraysh, il lui dit :
— Est-il vrai, comme disent les gens de Quraysh, que tu as abandonné nos dieux, que tu méprises nos croyances, que tu insultes nos pères?
— Certes, je suis le Messager et le Prophète de Dieu. Je suis celui qu'Il a chargé de transmettre Son Message. Je t'appelle à Dieu par la raison. Dieu est la Vérité. Je t'appelle à Dieu, Abû Bakr, à Dieu qui est l'Unique et qui n'a pas d'associé. Je t'appelle à n'adorer que Lui et à Lui obéir en tout.
Puis le Messager de Dieu récita quelques versets du Coran à Abel Bakr, qui n'acquiesça ni ne nia. Mais le lendemain, Abû Bakr revint voir le Messager de Dieu. Il répudia les idoles, renia les divinités et attesta la Vérité de l'islam.
Dés lors, il entreprit de gagner à la nouvelle religion ceux qui lui faisaient confiance ainsi que ceux qui recherchaient sa compagnie. Parmi les premiers musulmans, qui deviendraient les compagnons du Prophète, nombreux furent ceux qui embrassèrent l'islam par son intercession.
Le Messager de Dieu dit :
 «Tous ceux que j'ai appelés à l'islam ont connu un moment de recul, d'hésitation, de réflexion. À l'exception d'Abû Bakr, qui, lorsque je lui en ai parlé, n'a ni hésité ni tergiversé. Il a acquiescé à tout ce que je lui ai dit et s'y est fermement tenu.»
Sa`d ibn Abû Waqqâs fut l'un de ceux qui embrassèrent l'islam par l'entremise d'Abû Bakr. Son fils lui demanda un jour :
— Abû Bakr a-t-il été le premier d'entre vous à embrasser l'islam? Sa`d répondit :
— Non, il n'a pas été le premier, mais il a été le meilleur.
Au dire de ‘Amrû ibn ‘Abasa :
Je commençais à me lasser de nos divinités. À un juif de Taymâ' qui me demandait de lui parler de nos pratiques, je dis :
— Nous sommes des adorateurs de pierres. Nous prenons un jour la route, nous faisons halte quelque part, nous trouvons quatre pierres, nous en utilisons trois pour soutenir le récipient où nous faisons cuire notre repas et nous adoptons la quatrième comme divinité, que nous commençons à adorer.
Le juif me dit :
— Viendra de La Mecque un homme qui reniera les idoles. Si tu le vois, suis-le. Il annonce la meilleure religion.
J'allai trouver l'Envoyé de Dieu à La Mecque. Il en était au début de sa Mission, qu'il tenait encore secrète. Je lui dis :
— Qui es-tu? Il répondit :
— Je suis un prophète.
Qu'est-ce qu'un prophète?
— Un messager de Dieu.
— Dieu t'a-t-il chargé d'un message?
— Oui.
— De quel message t'a-t-il chargé?
— Celui-ci : « Adore Dieu, qui est Unique et sans associé, brise les idoles et honore les liens de parenté. »
— J'acquiesce à ce Message. Qui sont ceux qui t'ont suivi jus qu'ici?
— Un homme libre et un esclave.
J'embrassai l'islam, devenant ainsi le quatrième des musulmans. Plein d'enthousiasme, je demandai :
— Dois-je te suivre, Messager de Dieu?
Il me dit :
—Tu ne peux le faire tout de suite. Ne vois-tu pas la situation dans laquelle je me trouve? Retourne plutôt chez les tiens. Lorsque tu apprendras que je suis apparu au grand jour, rejoins-moi.
Je retournai chez les miens et prêtai une oreille attentive aux nouvelles.
Au dire d'Abû Dhar al-Ghifârî :
Avant de rencontrer le Prophète, je priais depuis trois années déjà. Mais je ne savais pas dans quelle direction me tourner. Je le faisais au gré des circonstances et, la nuit venue, je m'enveloppais dans mon manteau et m'endormais, pour me réveiller sous la chaleur du soleil.
Au début du mois sacré, nous nous rendîmes, mon frère Anîs, notre mère et moi-même, chez un oncle maternel, homme riche et influent. Il nous offrit une si généreuse hospitalité que les gens de sa tribu en furent jaloux. Ils lui dirent :
— Lorsque tu sors de chez ta femme, Anis occupe ta place après d'elle.
 Notre oncle, très troublé, nous rapporta ce propos. Je lui dis :
—Tout le bien que tu as fait, tu viens de l'effacer. Nous ne testerons pas un jour de plus chez toi.
 Nous rassemblâmes notre troupeau et partîmes aussitôt, tandis que notre oncle, le visage caché dans son manteau, pleurait. Nous arrivâmes dans les environs de La Mecque ayant égaré notre troupeau. Nous allâmes consulter un devin qui nous indiqua le chemin à suivre pour le retrouver et Anîs put le ramener sain et sauf.
Anîs me dit :
— J'ai une affaire à La Mecque. Prends soin du troupeau jusqu'à mon retour.
Il s'absenta longtemps et, quand il revint, je lui demandai
— Qu'est-ce donc qui t'a retardé ?
Il répondit :
— J'ai vu un homme qui prétend que Dieu l'a chargé de prêcher ta religion.
— Qu'en disent les gens?
— Ils disent que c'est un poète, un mage, un devin...
Mais Anîs, qui composait des poèmes, ajouta :
— J'ai entendu parler les devins. Cc qu'ils disent ne ressemble pas à ce que dit cet homme. Et si je compare ses propos à ceux des poètes, personne ne me fera dire que c'est de la poésie. Par Dieu, la parole de cet homme est véridique et les gens qui la dénigrent sont des menteurs.
Je dis à Anîs :
— Veux-tu me remplacer? Je voudrais aller voir cela par moi-même.
— Certes. Mais méfie-toi des gens de La Mecque. Ils détestent l'homme et l'agressent.
Arrivé à La Mecque, j'allai vers un habitant des plus démunis et lui demandai :
— Où se trouve celui que vous appelez le Sabéen ?
Pour toute réponse, il me montra du doigt à ceux qui l'entouraient et dit :
— Un Sabéen !


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