lundi 23 octobre 2017 07:01:28

La prophétie : signes (III)

Khusrû ordonna de reconstruire le barrage, pour lequel il dépensa une nouvelle fois des sommes incalculables. Les travaux durèrent huit mois.

PUBLIE LE : 13-06-2017 | 0:00
D.R

Par : Mahmoud Hussein - 17e partie

Khusrû ordonna de reconstruire le barrage, pour lequel il dépensa une nouvelle fois des sommes incalculables. Les travaux durèrent huit mois. Lorsqu’ils furent terminés, les sages vinrent lui dire :
— Grand roi, les travaux sont terminés.
Khusrû leur demanda :
— Puis-je m'asseoir sur la plate-forme?
Ils dirent :
— Oui.
Mais le roi eut peur de s'asseoir. Il préféra enfourcher un cheval sauvage, qui s'élança au galop sur la plate-forme. Il avait à peine parcouru la moitié de la distance entre les deux rives, que le barrage s'effondra. Khusrû, emporté par les flots, faillit se noyer mais il put être sauvé. Lorsqu'il sortit de son évanouissement, il dit à ses mages, prêtres et devins :
— Par Dieu, si vous ne me dites la vérité sur ce que vous me cachez, vous serez mis à mort du premier au dernier. Vous aurez les épaules écartelées et vous serez piétinés par les éléphants.
Ils lui dirent :
— Grand roi, nous ne te mentirons plus. Lorsque le barrage s'est effondré sous tes pieds et que la voûte de la salle du trône s'est fendue au-dessus de ta tête, tu nous as demandé d'user de notre science pour trouver la cause de ces malheurs. Nous avons cherché, mais les signes sur la Terre nous sont devenus obscurs et nous avons commencé à confondre les régions du Ciel. Notre science nous est devenue inutile. La magie a cessé de servir le mage et la divination le devin. Et l'astrologie n'a plus été d'aucun secours à l'astrologue. Nous avons su que cela répondait à un décret céleste. Un prophète a été envoyé ou le sera sous peu. Et cela explique le voile qui s'interpose entre notre science et nous. Nous avons craint, si nous t'annoncions la fin de ton pouvoir, que tu ne nous fasses tuer. Nous détestons la mort, comme tout le monde. Nous avons donc préféré te cacher la vérité.
Khusrû leur dit :
— Malheur à vous ! Vous auriez dû me dire la vérité, afin que je puisse juger par moi-même.
— La peur nous en a empêchés.
Khusrû leur pardonna, mais renonça à se mesurer au Tigre une nouvelle fois.
Une nuit, alors que Khusrû dormait en son palais de Madâ’in gardé par des sentinelles en armes, un homme appuyé sur une canne s’approcha de son lit et se penchant sur on visage, lui dit :
— Khusrû, fils de Hurmûz, je suis le Messager de Dieu à Qui tu dois te soumettre.
— Soumets-toi, cela vaudra mieux pour toi.
L’homme répéta trois fois ces paroles, tandis que Khusrû le regardait sans répondre. Puis l’homme s’en alla et Khusrû, revenu de sa stupeur, fit convoquer le chef de sa garnison et lui dit :
— Ne t’avais-je pas ordonné de ne laissée personne entrer dans ma chambre?
Le chef de la garnison répondit :
— Par Dieu, Majesté, je n’ai laissé entrer personne. Toutes les portes étaient fermées et toutes les fenêtres gardées. Si quelqu’un est entré dans ta chambre, il n’a pu venir que du Ciel.
L’année suivante, jour pour jour, au moment d’aller se coucher, Khusrû prit peur et fit dire au chef de la garnison qu’il devait entourer la chambre royale de gardes et en interdire l’accès aux femmes comme aux hommes. Ce qui fut fait. Mais à l’heure dite, l’homme à la canne était là, penché sur le visage de Khursû, pour lui dire :
— Khursû, fils de Hurmûz, je suis le Messager de Dieu, à Qui tu dois te soumettre, Soumets-toi, cela vaudra mieux pour toi.
Lorsqu’il eut répété trois fois ces paroles, Khursû le regardant sans pouvoir prononcer un mot, l’homme dit :
— Par Dieu, Khursû, tu as refusé de m’entendre. Dieu te brisera comme je brise ce bâton.
L'homme, ayant brisé son bâton, s'en alla. Aussitô convoquer le chef de sa garnison et lui dit :
— Ne t'avais-je pas ordonné de ne laisser entrer ni femme ni enfant?
Le chef de la garnison répondit :
— Majesté, je n'ai laissé entrer personne.
Les gens de La Mecque avaient coutume de faire tous les ans une retraite dans le désert. Ils partaient s'isoler, pour un temps, sur les hauteurs de Harâ', où ils s'adonnaient à l'adoration de leurs divinités et se préoccupaient de nourrir les pauvres. Ils donnaient à cette coutume le nom de tahannuth, qu'ils pratiquaient ordinairement durant le mois de Ramadan. À l'apparition du croissant du mois de Shawwâl, ils quittaient Harâ' pour rentrer chez eux à La Mecque.
On raconte que le premier à avoir institué cette pratique fut ‘Abd al-Muttalib. Puis de nombreux notables de La Mecque suivirent son exemple, dont son petit-fils, Muhammad ibn 'Abd Allâh. Les hommes de La Mecque faisaient cette retraite seuls ou en famille. Muhammad la faisait en famille, séjournant durant tout le mois de Ramadan dans une grotte.
Muhammad passait à réfléchir et à méditer beaucoup plus de temps que ses amis. Il avait, depuis des années, des visions qui ne ressemblaient en rien aux visions de ceux qui l'entouraient. Les siennes avaient la clarté de l'aurore. Il s'en était ouvert à sa femme Khadîja et lui avait confié qu'il craignait, parfois, de perdre l'esprit. Khadîja savait le rassurer, l'apaiser.
Puis Muhammad commença à entendre des voix, qui s’adressaient à lui en l'appelant «Muhammad». Il en cherchait l’origine mais ne trouvait rien. Il finissait par prendre peur et tentait de fuir au loin. Il dit à Khadîja :
— Je crains qu'on ne m'ait jeté un sort.
Elle lui dit :
— Comment cela ?
Il lui répondit :
— Dès que je me trouve seul, je suis appelé, j'entends des voix.
Mais je ne vois rien. Je crains de perdre l'esprit.
Khadîja lui dit :
— Dieu ne te veut pas de mal. Parce que ta parole est vraie, que tu honores les liens de parenté et que tu tiens tes engagements.
Abû Bakr était un ami de Muhammad, avec qui il avait effectué plusieurs voyages commerciaux au pays de Shâm. C'était un homme mince, au visage émacié, à la barbe peu fournie. Il avait les yeux enfoncés dans les orbites et le front proéminent, la chevelure blanche, abondante et crépue. Ses hanches étroites laissaient flotter sa robe sur ses jambes.
Avenant et proche des gens, il avait la parole et le geste aisés. Il était versé dans les lignages, dont il connaissait les qualités et les défauts et c'était un commerçant de haute moralité, bien qu'il ne comptât pas parmi les notables les plus riches ou les plus nobles de Quraysh. Les hommes de sa tribu allaient volontiers le trouver, pour apprendre de lui ou bénéficier de ses conseils. Ils prisaient aussi bien son savoir, son expérience, que la chaleur de sa compagnie.
Abû Bakr se rendit un jour chez Muhammad, alors que ce dernier n'était pas rentré. Il fut accueilli par Khadîja, qui, connaissant la force de l'amitié entre les deux hommes, lui fit part de la conversation qu'elle avait eue avec Muhammad, à propos de ses visions et des craintes qu'elles lui inspiraient. Puis elle lui dit :
— Lorsque Muhammad rentrera, emmène-le donc chez Waraqa ibn Nawfal.
 Abû Bakr se souvint de sa conversation avec Waraqa ibn Nam.,
à propos d'un prophète annoncé . Dès que Muhammad fut rentré, il lui dit :
— Allons consulter Waraqa ibn Nawfal.
Ils marchèrent un moment côte à côte, à travers les sentiers de
La Mecque, puis Muhammad lui demanda :
— Comment as-tu su?
Abû Bakr répondit :
— C'est Khadîja qui me l'a appris.
Lorsqu'ils furent chez Waraqa ibn Nawfal, Muhammad lui dit :
— Chaque fois que je me trouve seul, dans un lieu retiré, j'entends une voix, derrière moi, qui m'appelle par mon nom : « Muhammad». Alors je m'empresse de fuir sous terre.
Waraqa ibn Nawfal lui dit :
— Ne le fais plus. Lorsque tu entendras cette voix, reste où tu es et prête l'oreille à ce qu'elle te dit. Puis viens me le répéter.
À nouveau seul, Muhammad entendit la voix qui l'appelait par son nom. Il ne bougea pas et prêta l'oreille. Il entendit :
— O Muhammad, je suis Gabriel... Et toi, tu es le Messager de Dieu.
Lorsque la mission du Prophète de Dieu devint imminente, et que certains signes apparurent, le ciel se voila aux regards des démons. Ils ne purent plus y trouver les places qu'ils avaient l'habitude d'occuper, d'où ils surprenaient ce qui se passait et ce qui se disait dans les Cieux. Prenant connaissance d'un événement ou se saisissant d'un propos, ils s'empressaient alors de le rapporter aux devins, comme ils l'avaient entendu ou cru l'entendre. Et les devins le transmettaient à leur tour à qui les consultait, comme ils l'avaient entendu ou cru l'entendre.
Après que le Ciel se fut voilé à leurs regards, les démons furent lapidés à coups d'étoiles. Alors ils surent que Dieu préparait un grandiose événement à l'intention de Ses créatures. Et lorsqu'ils entendirent le Coran, ils comprirent pourquoi ils avaient été frappés par les étoiles avant qu'il fût révélé. C'était afin qu'ils ne pussent s'en saisir et le rapporter à leur manière aux devins, mêlant a la Révélation d'autres informations célestes et par là, obscurcissant dans l'esprit des hommes ce qui devait venir de  Dieu, en toute certitude et sans doute possible. Les démons en eurent convaincus et fortifiés dans leur foi.
La première des tribus arabes à voir la projection d'étoiles et à émouvoir fut celle des Thagif d'al-Tâ'if. Remplis d'effroi, ils s'en allèrent consulter un des leurs, un certain ‘Amrû ibn Umayya, le plus fin et le plus rusé des Arabes. Ils lui dirent :
— 0 `Amrû, que penses-tu de cette projection d'étoiles dans le ciel?
Il répondit :
— Observez-les. Si les étoiles projetées sont celles qui guident les hommes sur terre et sur mer, et leur permettent de distinguer les pluies d'été des pluies d'hiver, pour leur plus grand bien, alors, par Dieu, c'est la fin du monde d'ici-bas et l'anéantissement de toutes les créatures qui le peuplent. Mais si ces étoiles demeurent à leur place, et que ce sont d'autres étoiles qui sont projetées, alors il s'agit d'un événement voulu par Dieu à l'intention de Ses créatures. Et je ne sais de quel événement il s'agit.
Le Messager de Dieu devait plus tard interroger à ce sujet un groupe de compagnons :
— Que vous êtes-vous dit, alors, de cette projection d'étoiles ?
Ils répondirent :
— 0 Prophète de Dieu, nous nous sommes dit en la voyant : «Elle annonce la mort d'un roi, ou sa naissance, ou son accession au trône. Ou encore la naissance ou la mort d'un enfant. »
Le Messager de Dieu leur dit :
— Il ne s'agissait pas de cela. Lorsque Dieu —loué soit-Il et
glorifié — décrète quelque chose pour Ses créatures, les porteurs du Trône l’entendent et chantent ses louanges . Ceux qui sont placés au-dessous d'eux chantent à leur tour Ses louanges, suivis par ceux qui sont placés au-dessus d’eux. La louange descend ainsi de Ciel, en Ciel, jusqu'au Ciel d'ici-bas. Les anges y chantent les louanges de Dieu puis se posent les uns aux autres la question :
— Pourquoi cette louange?
Ils se répondent les uns aux autres :
— Ceux qui sont placés au-dessus de nous ont chanté sa louange et nous avons fait comme eux.
Alors ils se disent les uns aux autres :
— Demandez à ceux qui sont placés au dessus de vous pourquoi
cette louange.
Ils se transmettent ainsi la question de bas en haut, jusqu’aux porteurs du Trône, à qui est posée la question :
—Pourquoi cette louange?
Et les porteurs du Trône répondent :
—Dieu a décrété ceci ou cela pour Ses créatures.
La nouvelle descend ensuite d'un Ciel à l'autre, jusqu'au Ciel d'ici-bas. Les démons s'en saisissent au passage, en y introduisant la conjecture et la discorde. Ils en rapportent aux devins une version qui comporte une part de vérité et une part d'erreur. Les devins la propagent à leur tour, avec une part de vérité et une part d'erreur. C'est pourquoi Dieu — dans Sa puissance et Sa gloire — a voilé le regard des démons, en projetant sur eux ces étoiles. Depuis, la divination a cessé. Aujourd'hui, il n'y a plus de divination.

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