mardi 21 novembre 2017 11:19:13

Il y a douze ans Sabah Essaghira tirait sa révérence : L’éternelle artiste

Après le départ d’Ahmed Wahbi, Ali el Kahlaoui, Ahmed Saber, Med Raouf Ikkache connu sous le nom artistique de Hdidwane, le 21 mai 2005 est une date à marquer d’une pierre noire, le jour où la scène artistique de la chanson oranaise a perdu en Sabah Es-Saghira une icône dans ce genre musical que les adeptes d’el « wahrani » adoraient,

PUBLIE LE : 16-05-2017 | 0:00
D.R

Après le départ d’Ahmed Wahbi, Ali el Kahlaoui, Ahmed Saber, Med Raouf Ikkache connu sous le  nom artistique de Hdidwane,  le 21 mai 2005 est une date à marquer d’une pierre noire, le jour où la scène artistique de la  chanson oranaise a perdu  en Sabah Es-Saghira une icône dans ce genre  musical que les adeptes  d’el « wahrani » adoraient,

La  chanteuse   est née le 11 août 1952 au quartier de Gambetta, dans la périphérie d’el Bahia, Wahran. De  son vrai nom Fatima Bentabet, elle est l’aînée d’une famille qui compte deux garçons et trois filles. Elle  gravit les échelons de notoriété et à l’âge de 14 ans puisqu’ en  1967,  trop grande pour son âge, adolescente diriez-vous, elle était prédestinée pour le métier d’enseignante de langue arabe, son talent fut découvert par  un proche parent de la famille qui  la propulse au firmament de sa carrière artistique et lui donne un nom dans ce milieu de l’art. Et Krim  el Houari lui fait composer la  chanson  « El Khoumri », un tube qui fait fureur dans les années des cassettes audio  et des disques  du vinyle et Sid Ahmed, professeur de musique qui l’a connue, nous dira à son sujet : «C’est une chanteuse  pas comme les autres, elle possédait une voix envoûtante, ce qui la distinguait des autres artistes de son époque.  Blaoui Houari  y est pour quelque chose dans cette ascension fulgurante, épris de ses capacités vocales  et  demanda à Fatima de chanter  des chansons orientales et elle interpréta à merveille, nous dit-il, une chanson de Sabah la Libanaise, d’où le sobriquet de Sabah Essasghira, un nom artistique qu’elle gardera jusqu’à la fin de ses jours ».
La chanteuse était très timide et réservée, même malade elle se murait dans son silence face à l’indifférence des uns et le mépris des autres, sa souffrance grandit de jour en jour et fait face toute seule à la méchante  maladie qui la dévorait de l’intérieur et ça se voyait aussi de l’extérieur,  sa carrière artistique était très riche tant son répertoire l’était aussi, elle qui remplissait durant les concerts et les galas organisés ici et là en Algérie, avec Dhjahida, Cherigui  Abdelkader,Yousfi Tewfik  et les autres de sa génération ou plus  jeunes qu’elle. Sabah  interprétait merveilleusement bien  des reprises de chansons marocaines d’Abdelwahab Doukali et Abdelhadi Belkhayat. La jeune Fatima se fait un nom d’année en année et  eut un immense succès avec le public qui voyait déjà en cette jeune fille une future grande chanteuse.
En 1969, alors qu’elle n’avait que 17 ans  elle fit partie de la chorale de la RTA  durant une seule année  et fit aussi du théâtre nous rappelle Sid Ahmed,  car elle voulait  exceller en solo et elle a eu ce qu’elle voulait.
De retour à Oran, elle s’inscrit au conservatoire où elle fait du solfège (1970-1972). Encouragée par des grands noms de la chanson comme Ahmed Wahbi et Blaoui el-Houari, la remarquent en dépit de son jeune âge. Ces deux   grands maîtres de la chanson oranaise, subjugués par le timbre de la voix de la jeune chanteuse, l’aident beaucoup à se frayer un chemin dans son parcours artistique  car ils croyaient dur comme fer en ses  aptitudes pour lui  prédire un avenir radieux   dans le domaine de la chanson  dont elle fit les premiers  pas sous la direction de Wahbi, Saïm El Hadj et de Hadj Maghni qui ont fait émerger  des voix prometteuses de la chanson oranaise comme Malika Meddah, Rahal Zoubir, Houria Baba, Souad Bouali  Baroudi Bakhada, Boudi Ali, Samia Bennabi  pour ne citer que ceux-là.  Sabah Saghira gagnera ses lettres de noblesse avec sa voix suave. Ayant foulé dans sa tendre enfance les planches du théâtre, Sabah fit  du cinéma dans le rôle d´une jeune chanteuse débutante en 1975 dans le film  intitulé « Les marchands de rêves » de  Med Ifticène  qui connut un grand succès auprès du public aux côtés d’un grand du cinéma algérien Sid Ali Kouiret. Sabah mais dans un autre film «El Massir» (le destin) de Djamel Fezzaz, avait une énergie débordante. Elle avait chanté pour les travailleurs  et avait bercé les enfants des écoles et les militaires du service national. Elle a chanté à l´étranger.
Quelques années avant sa mort, car elle se savait atteinte d’une  maladie qui ne pardonne pas,  elle a perdu de sa verve pour se retrouver clouée seule  dans des lits d’hôpitaux entre les séances de chimiothérapie et de radiothérapie à l’hôpital d'Aïn Naâdja et ses allers et retours incessants entre Oran et Alger  et ses déboires d’hébergement dans la capitale pour les besoins de sa thérapie lourde. Elle souffrait en silence. Elle s’est éteinte, laissant la scène oranaise à la recherche d´une voix qui pourrait reprendre le refrain interrompu célèbre  de ses tubes. Sabah Saghira est décédée le 21 mai 2005 à l'âge de 53 ans. Nous rendons ici l'hommage  qui sied à la chanteuse. Le soir où l'on commença à murmurer sa mort, tout ce qu'on sait, tout ce qui est vrai, c'est que l'amour ne meurt pas. Le sien résonne en ses fans, comme Kader qui nous explique qu’il lui a  écrit une lettre. Il nous dira en nous montrant la lettre qu’elle  lui a écrite en réponse  en langue arabe châtiée  et une photo dédicacée qu’il garde toujours dans ses souvenirs d’enfance. Son chant déraisonnable, résolu, absolu la caractérisait. Il  faut reprendre la longue route qui l'a menée jusqu'à la chanson,  jusqu'au bout, mal et joie de vivre mêlés. Refaire la traversée des embûches, le détour des errances et elle  est morte et sa carrière artistique sombre déjà dans l’oubli, elle qui a voulu, de son vivant, nous rappelle Sid Ahmed,  mener  cette action parce qu’elle était morbide. Elle  haïssait la mort  mais acceptait le sort de sa  destinée, sa foi en Dieu était inébranlable et les derniers moments de sa vie, elle  n’avait qu’un seul désir, accomplir une Omra aux Lieux Saints de l’islam mais la maladie a eu raison d’elle. Parce que le goût de la vie la  faisait agir. L'on a toujours en mémoire le triste sort réservé par la vie à la défunte  Souria Kinane, décédée en Espagne, mais surtout son mari qui a failli finir sa vie en SDF après  avoir été recueilli dans une structure sociale à Oran, mais fort heureusement que son cas a été pris en charge par les responsables locaux de la wilaya et ses amis proches qui lui sont restés fidèles et c'est tout à leur honneur  d'avoir sauvé ce compositeur des griffes de  la malvie. Une  artiste de grand talent  qui a donné le meilleur d’elle-même  à la musique algérienne, partie  sur la pointe des pieds sans crier gare, oubliée par les uns et marginalisée par les autres, un sentiment de frustration qu’elle porte dans sa tombe. Et la liste des artistes morts dans l’indifférence est longue, gravement malades et sans ressources.
A. Ghomchi

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions