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Amazigh Kateb au Centre culturel algérien de Paris : Le cri d’un écorché vif

Les chansons cultes du répertoire de ce véritable troubadour des temps modernes, "Mociba", "Koma", "Douga Douga" "Dima n’touma", "Bonjour", "Africain", et bien d’autres encore, ont fait vibrer le nombreux public que l’amphithéâtre du CCA n’a pu contenir.

PUBLIE LE : 05-04-2011 | 18:52
D.R

Libre, frondeur, pétri de révolte et d’insoumission,  Amazigh, le bien nommé, l’est assurément. Le fondateur et voix porteuse  du groupe Gnawa diffusion, aujourd’hui dissous, a de qui tenir. Tout comme  son père, l’écrivain Kateb Yacine, il est un cri où résonne la sensibilité d’un  écorché vif.
Ni le confort de la notoriété, ni les recettes préfabriquées n’impressionnent  ce troubadour des temps modernes, qui fait et défait inlassablement ses baluchons  pour rejoindre son public à travers les innombrables concerts qu’il anime en  Algérie et les centaines d’autres qu’il tient de par le monde.
Le plus récent est celui qu’il a animé dimanche soir au Centre culturel  algérien (CCA), à Paris, fortement ovationné du reste par les mordus des  rythmes métissés et du verbe caustique. Les chansons cultes de son répertoire, "Mociba", "Koma", "Douga Douga"  "Dima n’touma", "Bonjour", "Africain", et bien d’autres encore, ont fait vibrer  le nombreux public que l’amphithéâtre du CCA n’a pu contenir. Le corps en mouvements, armé de son guembri, mélangeant Gnawi traditionnel  mixé au Reggae et au Rap, reflétant la richesse musicale du Maghreb et de l’Afrique,  Amazigh, parolier, musicien, interprète a encore une fois endossé son personnage  de rebelle et d’anticonformiste. Véritable bête de scène, à travers des textes ironiques, mordants  et incisifs, certains inspirés des écrits de son père, il admoneste et dénonce  l’injustice, les passe-droits, les parjures, le désœuvrement des jeunes et leur  déprime et l’espace peu enviable réservé aux femmes dans la société. Rencontré dans sa loge peu avant le spectacle, Amazigh donne le temps  en affirmant à l’APS que "Si les femmes n’existent pas socialement, si on  ne leur reconnait pas un rôle dans la société, on ne peut rêver de révolution  ou de changement".           
"Elle sont une charnière sociale et la culture de par son rôle d’absorption  des émotions, des sensations, a la capacité de rassembler et de favoriser cette  mixité indispensable à la survie de toute société en mutation", a dit ce digne  fils de son père. Amazigh Kateb est longuement revenu aussi sur le rôle de l’artiste dans  la société, soulignant que le message de celui-ci, "est plus écouté que les  discours politiques par le seul fait qu’il ne soit pas électoraliste".         
 "Un artiste ne demandera pas à son public de voter pour lui, ne lui  fera pas de promesse. Par contre, il prend position et appelle à une mobilisation  autour d’une cause, toujours humanitaire, jamais lucrative", a-t-il soutenu. "Il est la résonnance de son époque, s’il parle un langage  hermétique, il risque de s’éloigner de son rôle consistant à briser le silence  sur une réalité que certains préfèrent taire", a ajouté Amazigh Kateb. Il a avoué également qu’il ne peut pas en sa qualité d’artiste "cautionner  le silence et contribuer à alimenter les tabous" alors que sa mission culturelle  est forcément de "piquer, de déranger, de déstabiliser et de donner à réfléchir  sur un avenir commun". D’où l’intérêt a-t-il dit, d’élargir l’espace vital de la culture,  "puisqu’elle a la capacité de contribuer à cimenter la société, autour de  valeurs nobles, orientées sur l’intérêt général et les priorités du peuple". Sur le rôle de la chanson engagée, cet artiste qui n’appartient pas  seulement à sa terre natale l’Algérie, mais à l’universalité, a confié que  pour avoir seulement chanté la Palestine, il s’est fait "casser les jambes  par les sionistes en France, attaqué de toute part et traité d’antisémite",  affirmant être "antisioniste et compte le rester jusqu’à la fin de mes jours". Interrogé sur ses rêves, il affirme qu’ils "ne sont pas démesurés  et qu’ils plaident tous pour l’être l’humain, qu’il considère comme " la valeur  la plus sûre dans un monde de guerre et d’ingérence calculée".         
 Amazigh Kateb qui prépare actuellement un CD dont la sortie est prévue  pour le mois de janvier 2012, a quitté le groupe Gnawa diffusion en 2007,  pour se lancer dans une carrière solo en abordant pour la première fois l’écriture  de son père Kateb Yacine, militant anticolonialiste et figure emblématique de  la littérature maghrébine. Fonceur, surnommé « Ras el-Kebch» - tête de bélier - par ses amis, ce  musicien né 1972, porte l'Algérie à dos d'âme et s'affirmera comme le « Che Guetara»,  guitare en francarabe algérien. "Je poursuis le combat de mon père.
Lui, c'était  la littérature, moi, le rock' n' roll. Et j'élèverai mes enfants dans cette  même révolte ", a-t-il dit.
 

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