lundi 21 aot 2017 16:43:41

YéMEN : Un peuple dans la tourmente

Le Yémen se meurt sous le feu et la faim.

PUBLIE LE : 21-03-2017 | 0:00
D.R

Le Yémen se meurt sous le feu et la faim. Cinq millions de Yéménites sont encerclés dans les villes et villages sous l’œil torve d’une coalition surarmée. Même les accès qui permettraient d’acheminer l’aide humanitaire sont bloqués. Nul ne s’en soucie.
Le conflit syrien capte actuellement tous les regards et même les décomptes macabres quotidiens et les nombreux cris d’alarme poussés par des ONG et même par l’ONU, ne trouvent pas d’écho de par le monde.
Le mutisme général est apparemment délibéré. Quant on évoque la situation au Yémen, on se cache derrière un pseudo conflit entre chiites et sunnites. Issue trop facile pour éluder les vraies et profondes raisons de cette catastrophe qui au final, met tout un peuple à la civilisation séculaire au fond d’un gouffre sans fond. Voilà quelques éléments de compréhension qui retracent succinctement les raisons d’un conflit.
     R. I.

LLe Yémen est connu pour son passé tumultueux, dont l’Etat central a toujours été faible dans un pays où le tribalisme règne. Rappelons brièvement que l’Etat du Yémen a connu deux épisodes de guerres civiles majeures dans les années 60, puis dans les années 90. Le troisième volet de cette néfaste trilogie oppose, depuis 2014, les rebelles chiites houthis et les forces fidèles à l’ex-président déchu Ali Abdallah Saleh (resté au pouvoir plus de 21 ans) au gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi, élu en 2012 à la suite de la révolution yéménite et reconnu « légitime » par la « communauté internationale ». Dès mars 2015, face à la prise de la capitale Sanaa par les forces houthies (supposément soutenues par l’Iran) et leur avancée soudaine vers le sud du Pays, une coalition « sunnite » a été formée sous l’impulsion des saoudiens et le soutien occidental, afin d’endiguer cette percée contestataire mettant à mal le gouvernement.
L’actuel président Hadi déclarait en mars 2015 que « l’école du [chiisme] duodécimain suivie en Iran ne sera pas acceptée par les Yéménites, qu’ils soient zaïdites ou chafiites » ; cette citation pétrie de contradictions en dit long sur la complexité de la situation du pays et mérite méditation :
La confessionnalisation du conflit a été largement mise en avant dans le discours médiatique en grande partie inspiré par celui tenu par la coalition saoudienne : l’Iran, grande nation chiite depuis le début du XVIe siècle, viserait à déstabiliser les états et monarchies majoritairement sunnites, notamment en diffusant le chiisme duodécimain (reconnaissant la légitimité des douze imams), ou en soutenant des groupes armés appartenant à ce dogme (Hezbollah, milices irakiennes et afghanes).
Le Yémen composé d’environ 55-60 % de sunnites (appartenant au Fiqh chafiite) installés plutôt au sud côtier du pays et de 40-45 % de chiites dits « zaydites » (reconnaissant pour leur part cinq imams), majoritaires dans le Nord montagneux et limitrophe de l’Arabie saoudite, serait donc a priori un terrain fertile pour les intérêts iraniens dans la zone arabique.
Pourtant, au niveau dogmatique ce courant zaydite minoritaire n’est pas réductible au chiisme duodécimain que pratiquent iraniens et irakiens. Bien que ces deux courants reconnaissent tout deux la légitimité toute particulière d’Ali et de ses descendants comme successeurs légitimes du Prophète de l’Islam (QSSSL), leurs fondements textuels, leurs traditions cultuelles, ainsi que leur conception de l’imamat restent très différents.
Certains qualifient même le zaydisme comme une sorte d’intermédiaire dogmatique entre sunnisme et chiisme : d’une part, celui-ci ne dénigre pas les trois premiers califes de l’islam, aimés des sunnites, critiqués voir hais des chiites, qui les considèrent comme des usurpateurs impies à la gouvernance de la communauté islamique ; d’autre part, sur certains traits théologiques ou cultuels, il adopte des positions sunnites (conceptions mutazilites du libre arbitre, etc.). Une étude approfondie de toutes ces subtilités ne peut bien évidemment pas être menée ici.
La position hybride du zaydisme apparaît également dans la perception identitaire confuse qu’ont les zaydites d’eux-mêmes ! Une étude évoque une anecdote édifiante : « Interrogé sur les rapports entre le zaydisme et le sunnisme, un jeune militant d’origine zaydite se revendiquant des Frères musulmans répondait, oubliant opportunément l’école malékite et intégrant de fait sa secte d’origine dans le sunnisme majoritaire : « Le sunnisme est composée de quatre madhhab (écoles de jurisprudence) : le chaféisme, le zaydisme, le hanafisme et le hanbalisme ». L’auteur note un phénomène de convergence identitaire et cultuelle entre chafiites et zaydites au Yémen (sans pour autant parler d’une « sunnisation » de ces derniers). Il retient notamment pour expliquer cette évolution des raisons sociodémographiques : migrations, urbanisation ; mais également politiques : « depuis la fin des années 1960, le pouvoir, pour des raisons d’unité nationale appuie, voire instrumentalise, le processus de nivellement des identités. Les manuels scolaires d’enseignement islamique publiés par le ministère de l’Éducation ignorent largement les différences qui peuvent exister sur le plan théologique entre chaféisme et zaydisme ».
Depuis la chute de l’imamat en 1962, différents courants zaydites minoritaires s’opposent à ce phénomène d’acculturation organisé. La faiblesse de l’Etat Yéménite et l’absence de service publique durable, en particulier dans les zones rurales, ont assuré la persistance de bastions se revendiquant du zaydisme. L’émergence du mouvement houthi dans les années 2000 en est sûrement l’une des conséquences. Se considérant marginalisés sur les plans religieux, politique, économiques et social, ceux-ci aspireraient à se voir reconnaitre ces droits fondamentaux, pourquoi pas par un retour à l’imamat chiite en lieu et place d’une république corrompue et accusée d’être à la solde des saoudiens et des américains.

Enjeux et stratégies
Officiellement, la coalition militaire à laquelle le Royaume-Uni, la France et les Etats-Unis fournissent des armes et apportent une aide en matière de renseignement militaire, avait pour but de défendre le gouvernement Hadi reconnu légitime par la « communauté internationale » contre les rebelles houthis. Il n’échappera à personne que le Golfe d’Aden qui borde le Yémen est, avec le détroit d’Ormuz et le canal de Suez, l’un des trois goulots d’étranglement de la route maritime d’acheminement du pétrole depuis le Golfe persique jusqu’en Europe. Il s’agit donc en premier lieu pour les monarchies pétrolières et les Etats occidentaux de sécuriser leur canal d’acheminement en hydrocarbures.

Sous l’angle purement local
L’ancien président déchu Saleh a choisi de s’allier avec les houthis qu’il avait longtemps combattus pour combattre l’influence des islamistes d’Al-Islah (affiliés aux frères musulmans). « Se souvenant qu’il est lui-même issu d’une tribu zaydite, il [Saleh] a mobilisé, pour se venger, l’arme de la division sectaire ». En opposition, Al-Islah a formé le « Bloc de salut national » avec le parti nassérien, le groupe Al-Rashad (groupe salafiste) et les indépendantistes sudistes.
Sur le plan médiatique, les adversaires arabes des Houthis s’acharnent à les discréditer en les assimilant à des partisans d’un chiisme révolutionnaire et violent affiliés à l’Iran. En réalité, le soutien iranien à ces derniers est discuté par les analystes : tout au plus il se résumerait à un soutien militaire modéré, incomparable avec le feu déclenché par Riyad. Les acteurs de ce plan de communication sont en premier lieu les États-Unis et l’Arabie saoudite.
Le chaos ambiant a par ailleurs favorisé l’emprise de groupes djihadistes au sud du pays et même l’implantation de cellules de Daesh. Dans cette lutte paranoïaque et déraisonnable que livrent les saoudiens wahhabites contre les « hérétiques » chiites (qui les encerclent depuis l’Irak, la Syrie et la Yémen), Riyad joue comme toujours un jeu trouble avec les groupes radicalisés du sud, plus ou moins proches d’AQPA. Cela dénote par ailleurs encore une fois la stratégie absurde des américains : « la principale figure tuée dans le raid américain de janvier, Abdelraouf Al-Dhahab, présentée par Washington comme un haut dirigeant opérationnel d’Al-Qaida, était un chef tribal allié aux forces du président Hadi, soutenu par l’Arabie saoudite. Mais une partie de la famille d’Abdelraouf Al-Dhahab est apparentée au prédicateur américano-yéménite d’AQPA, Anouar Al-Aoulaki, tué dans une frappe de drone américaine en 2011 » note Louis Imbert du Monde.
C’est l’enlisement militaire dans les rudes contrées yéménites qui se profile pour les saoudiens (comme pour les ottomans autrefois), alors même que le royaume est déjà largement engagé financièrement dans le conflit syrien et confronté à la chute des prix du pétrole.
La coalition formée par les saoudiens et abusivement qualifiée de « front sunnite » a été une tentative de prouver une fois de plus leur leadership sur les pays islamiques. Elle était en réalité composée pour l’essentiel des monarchies arabes toujours angoissées par tout mouvement contestataire remettant en cause leur fragile légitimité, qui plus est si celui-ci se trouverait être « chiite » et prétendument soutenu par l’Iran (nous nous rappellerons la révolte de Bahreïn là aussi écrasée par les saoudiens mais passée sous silence…). Pourtant, même là, les Saoudiens voient leur suprématie politique mise à mal. Le Pakistan, lui-même miné par ses propres conflits sectaires, avait dès le début refusé de participé à ces bombardements fratricides. Entre les deux piliers saoudiens et émiratis de la coalition, il existait déjà une divergence d’objectif dès le début : là où les saoudiens soutenaient plutôt les militants d’Al-islah (affilié aux frères musulmans), les émiratis avaient pris parti pour les séparatistes du sud yéménite. Les Émirats Arabes Unis se sont eux-mêmes retirés de la coalition dès juin 2016.
En Arabie saoudite, ces nombreux déboires attisent d’autant plus les rivalités qui opposent les factions royales de cette monarchie basée sur un mode de succession adelphique. En effet, le conflit yéménite n’est en rien hermétique aux enjeux internes à l’Arabie saoudite : l’émergence du jeune Mohamed Ben Salmane, ministre de la Défense et vice-prince héritier, a vu dans cette campagne yéménite un moyen d’assurer sa légitimité et son leadership au sein du régime, face notamment à son opposant principal Mohamed Ben Nayef, l’actuel ministre de l’intérieur.
Voyant l’enlisement progressif des Saoudiens dans le bourbier yéménite, les États-Unis se désolidarisent peu à peu et ont décidé de rappeler l’essentiel de son personnel encore basé en Arabie saoudite afin de coordonner le soutien américain. Pour autant, ceux-ci poursuivent, même sous la présidence Trump, leurs attaques ciblées contre les leaders de l’AQPA

La coalition veut placer le port de Hodeida sous supervision de l'ONU    

La coalition militaire arabe, qui intervient dans la guerre au Yémen sous commandement saoudien, a demandé dimanche que le port de Hodeida soit placé sous la supervision de l'ONU, après la mort de dizaines de réfugiés somaliens au large des côtes yéménites. Plus de quarante Somaliens, dont des femmes et des enfants, ont été tués vendredi dans l'attaque d'une embarcation à bord de laquelle se trouvaient 150 réfugiés, au large de Hodeida sur la mer Rouge.
L'origine de l'attaque n'a pas encore été déterminée. La coalition a répété, dans un communiqué dimanche, qu'elle «n'était pas responsable de l'attaque» et qu'»il n'y avait pas eu de tirs de la part des forces de la coalition vendredi dans la zone» où elle avait eu lieu dans l'ouest du Yémen. Elle a appelé à «ce que le port de Hodeida soit placé immédiatement sous la supervision des Nations unies».
« Cela faciliterait l'acheminement de l'aide humanitaire au peuple yéménite et mettrait fin à l'utilisation du port pour la contrebande d'armes et le trafic de personnes», conclut la coalition. L'Arabie saoudite n'a pas encore répondu à la Somalie qui lui a demandé d'enquêter sur l'attaque meurtrière de vendredi.  Le conflit dévastateur au Yémen a éclaté après la conquête par les rebelles de vastes pans du territoire dont la capitale Sanaa et l'intervention militaire en mars 2015 d'une coalition arabe sous commandement saoudien pour aider les autorités à les stopper.             (APS) 
 

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