jeudi 27 avril 2017 00:28:10

Soudan du sud : Le crime parfait de Sykes-Picot (*)

80 personnes se partagent aujourd'hui la même richesse que 3,5 milliards d'individus.

PUBLIE LE : 19-03-2017 | 0:00
D.R

80 personnes se partagent aujourd'hui la même richesse que 3,5 milliards d'individus.
Cette scandaleuse concentration est dénoncée par l'association Oxfam International, une ONG composée d’une vingtaine d’organisations qui agissent « contre les injustices et la pauvreté », présente dans une centaine de pays.
 

Une dizaine de milliardaires détiennent une fortune aussi grande que celle de la moitié de la population mondiale. «Il est obscène que tant de richesses soient dans si peu de mains quand on sait qu'une personne sur 10 survit avec moins de 2 dollars par jour», a déclaré Winnie Byanyima, directeur général de cette ONG. Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim ou de ses suites immédiates.
Et la FAO indique que l’agriculture mondiale, dans l’étape actuelle de son développement, pourrait nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains, soit presque le double de l’humanité actuelle. « Un enfant qui meurt de faim est proprement assassiné «, aurait dit Jean Ziegler lors d’un déjeuner avec François Hollande avant que celui-ci ne foule le tapis de l’Elysée. « Un problème lointain «, aurait répondu Hollande dont le mandat a été ponctué d’expressions qui lui collent.

La richesse n’est ni une tare ni une obscénité

La honte et le crime c’est qu’au même moment, des populations entières vivant sur des terres fertiles, irriguées par le plus grand fleuve d’Afrique, et de surcroit dont le sous-sol regorge de pétrole, meurent de faim. «Les nouvelles violences qui ont éclaté il y a huit mois au Soudan du Sud, la famine causée par la combinaison des combats et la sécheresse sont à l'origine de la crise des réfugiés qui connaît la croissance la plus rapide au monde», a déclaré le porte-parole du HCR, Babar Baloch. La crise au Soudan du Sud a provoqué le déplacement de 1,6 million de personnes dans la région, principalement en Ouganda, au Soudan, en Ethiopie et au Kenya.
A l’été 2011, encouragée par la communauté internationale avec un maître de cérémonie, les USA, et un chef d’orchestre discret, Israël, une partie du Soudan fait sécession. Le Soudan du Sud est créé. Une naissance accompagnée par les alléluias des Etats énergivores qui ont maquillé leur convoitise sous des habits humanitaires portés par la comédie de stars du cinéma américain. Le Soudan du Sud naît avec une dot de départ : il a hérité de 70%, des gisements de pétrole, mais les infrastructures sont au Nord. L’autre Soudan. Qu’à cela ne tienne. «Washington élabore un projet d’autoroute pétrolière  —une voie ferrée et un pipeline— qui relierait les gisements du Sud au Kenya . Le Soudan du Sud a hérité de la majorité des réserves pétrolières connues du Soudan d’avant la partition, mais reste tributaire des oléoducs du Nord pour exporter. Les oléoducs soudanais menant vers Port-Soudan, sur la mer Rouge, sont encore indispensables au Soudan du Sud pour exporter son brut. Mais pour éviter de dépendre seulement du Soudan pour vendre son pétrole, le jeune Etat a conclu des accords avec le Kenya, au sud, l’Ethiopie et Djibouti, au nord, pour la construction de deux oléoducs.
Voilà pour le volet pétrole qui intéresse les USA. Mais il n’y a pas que le pétrole. Si on déroule la carte de la région, un second paramètre stratégique pour Israël saute aux yeux. Le Soudan du Nord est majoritairement musulman, celui du Sud majoritairement chrétien et animiste. Pour contrecarrer la politique arabe en Afrique, Israël a noué des alliances avec des pays non arabes, et s’est rapproché de l’Ethiopie, de l’Ouganda, du Zaïre, du Ghana, du Cameroun, pour constituer une sorte de barrière physique au-delà de laquelle —y compris le Soudan « historique»— on trouve une série de pays qu’Israël considère dangereux pour sa sécurité. Le Soudan, qui partage avec l’Égypte une frontière sur la mer Rouge, a toujours constitué une source de grande inquiétude pour Israël.

Retour en arrière

A cheval sur le monde arabo-musulman et africain, le Soudan est pluriethnique, pluriconfessionnel et multiculturel. Il n’a pas pu transcender ses divisions et antagonismes pour se forger une conscience nationale. Ce pays a introduit la « culture du coup d’Etat « dans les mœurs politiques, tranche Al Nour Ahmed, sociologue soudanais, chercheur au Centre Arabe d’Etude et de Recherche Politiques à Doha. « Le risque est que le Soudan est tout simplement menacé de disparition». Les Anglais ont dessiné les frontières du Soudan juste pour empêcher que l’Egypte ne s’empare de la haute vallée du Nil. Au lendemain de l’indépendance, deux partis dominent la scène politique, l’Umma (parti issu du mouvement mahdiste) et la Khatmiya (qui a donné naissance au Parti démocratique populaire créé en 1957). Peu de temps après l'indépendance, en 1956, un gouvernement de coalition est dirigé par ces deux formations politiques. Le 17 novembre 1958, jour où le Parlement doit commencer à siéger, l'armée prend le contrôle de la situation. Le général Ibrahim Abboud s'empare du pouvoir, dissout le Parlement, met fin au multipartisme et instaure un régime dirigé par des militaires. En octobre 1964, l’Université de Khartoum sera au centre d'une révolte populaire qui mettra un terme à la dictature du général Abboud. Le gouvernement provisoire rétablira la liberté de la presse et le retour au multipartisme.
Cinq ans plus tard, en 1969, le colonel Jaffar Muhammad Numeyri prend le pouvoir. Famine, assassinat politique (avec l’exécution de Mahmoud Mohamed Taha), déplacement de populations, guerre d’un pouvoir « central « avec les guérilleros du Sud, économie sous « perfusion « internationale, la période du pouvoir du général Gaafar Mohammed Numeiry (1969-1985) illustre d’une façon tragique ce
« ratage de l’histoire «. Homme de gauche, admirateur de Jamel Abdennasser, il vire et devient un allié des USA, favorise le transfert des Falashas en Israël et finit par imposer la chariaa dans son pays. De fait, la crise soudanaise est à la fois économique, écologique, politique, religieuse, internationale, militaire et culturelle. En 1985, alors qu’il se trouve en voyage aux États-Unis, Numeyri est déposé par un coup d’État militaire dirigé par le commandant en chef de l’armée, le général Suwar al-Dhahab. L’Union socialiste soudanaise de Numeyri est dissoute, et en 1986, les élections donnent une large majorité aux partis islamistes, l’Umma et le Front national islamique d’Hassan al-Turabi.

L’impossible construction nationale ?

En 1989, un coup d’État est conduit par le général Omar Hassan Ahmad al-Bashir. Il débouche le 9 juillet sur la formation d’un gouvernement de tendance islamiste qui écarte toute perspective de compromis d’entente nationale avec la rébellion sudiste. 1999 : le général Al-Bashir dissout l’Assemblée et entre en lutte avec Hassan al-Tourabi, qui était auparavant son « éminence grise « ; ce dernier est emprisonné puis placé en résidence surveillée avant d’être libéré en octobre 2003. Sous le commandement d'el-Béchir, le nouveau gouvernement militaire suspend les partis politiques et introduit au niveau national un code légal islamique. À la suite du référendum d'autodétermination organisé en 2011, le Soudan du Sud fait sécession de la République du Soudan.
Deux Soudan (le Nord et le Sud) sont nés d’un seul territoire, après deux décennies d’une guerre particulièrement meurtrière. Des analyses paresseuses amplifiées par les médias occidentaux procèdent par de dangereux raccourcis pour expliquer les racines du mal. Le Soudan du Sud, en proie aux conflits et à une hyperinflation de près de 800%, dépend des exportations pétrolières qui alimentent son budget national à hauteur de 98%.
Le Soudan du Sud est plongé dans les violences depuis décembre 2013, suite à un différend politique entre le président Salva Kiir et l'ex-vice-président Riek Machar, et ce conflit a fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés
Ce serait, dit-on, un conflit ethnique entre deux groupes aussi puissants que violents : les Nuer contre les Dinka. Un président originaire des Dinka, qui va dégommer son vice-président qui appartient aux Nuer, accusé de vouloir « être roi à la place du roi «. Le président et le vice-président déchu s’appuient, on l’imagine, chacun sur son ethnie pour s’imposer. Dans une société où les communautés se perçoivent, en l’absence d’une construction moderne fédératrice qui met en avant l’appartenance territoriale et des frontières nationales, d’abord à travers le prisme de l’appartenance ethnique, le basculement vers des revendications tribales masque les enjeux réels. Et les enjeux dans ce pays comme ailleurs, depuis que le monde est monde, est le pouvoir. Le président et le vice-président, à travers leurs ethnies respectives, s'affrontent particulièrement dans les territoires du Nord riches en pétrole.
 Mohamed Koursi

(*) Les accords Sykes-Picot sont des accords secrets signés en mai 1916 entre la France et le Royaume-Uni (avec l'aval de l'Empire russe et du royaume d'Italie), prévoyant le partage du Proche-Orient à la fin de la première guerre en plusieurs zones d'influence au profit de ces puissances. Ces accords n'ont été révélés au grand public que le 23 novembre 1917 dans un article des Izvestia et de la Pravda le 26 novembre 1917 puis repris dans un article du Manchester Guardian.
 


Famine et achat d’armes

Le gouvernement sud-soudanais dépense une grosse partie de ses revenus tirés du pétrole dans l'achat d'armes alors que le pays est confronté à une famine largement causée par les opérations militaires ordonnées par Juba, selon un rapport de l'ONU. Ce document appelle à mettre en place un embargo sur les armes contre le Soudan du Sud, une mesure qui était soutenue par les Etats-Unis mais qui a été rejetée par un vote du Conseil de sécurité en décembre. «Les armes continuent à inonder le Soudan du Sud, en provenance de diverses sources, souvent en coordination avec les pays voisins», indique le rapport rédigé par un panel d'experts. Ceux-ci ont découvert «des preuves évidentes montrant que les dirigeants du pays à Juba continuent à se procurer des armes» pour l'armée, les services de sécurité, les milices et d'autres «forces associées». Le Soudan du Sud tire 97% de ses revenus des ventes de pétrole. De fin mars à fin octobre 2016, les revenus du pétrole ont représenté environ 243 millions de dollars, selon les calculs des experts. Au moins la moitié, «et vraisemblablement beaucoup plus» de ses dépenses budgétaires sont destinées à la sécurité, notamment l'achat d'armes, note encore le rapport de 48 pages. Et le gouvernement du président Salva Kiir a continué à passer des contrats d'armements alors même que l'état de famine était déclaré dans l'Etat d'Unité, où au moins 100.000 personnes sont en train de mourir de faim. «Le gros des preuves réunies suggère que la famine dans l'Etat d'Unité résulte du conflit prolongé dans le pays et, en particulier, du bilan cumulé des opérations militaires effectuées par le gouvernement dans le sud de cet Etat depuis 2014», estiment encore les experts des Nations unies. Le gouvernement bloque l'accès aux travailleurs humanitaires, aggravant la crise alimentaire, tandis que les importants déplacements de population contribuent aussi à la famine. Une résurgence des combats depuis le mois de juillet a dévasté les cultures dans des zones cruciales, comme la région d'Equatoria. (APS) .
 

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