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M. Masaya Fujiwara, ambassadeur du Japon à Alger : « Nous voulons renforcer davantage nos relations »

Les relations algéro-japonaises fêteront, en 2017, leur 55e anniversaire. «Nous voulons saisir cette opportunité pour renforcer davantage nos relations», a déclaré M. Masaya Fujiwara, ambassadeur du Japon à Alger .

PUBLIE LE : 16-03-2017 | 0:00
Ph : Nesrine

Les relations algéro-japonaises fêteront, en 2017, leur 55e anniversaire. «Nous voulons saisir cette opportunité pour renforcer davantage nos relations», a déclaré M. Masaya Fujiwara, ambassadeur du Japon à Alger .

El Moudjahid : Les deux pays célèbrent en 2017 le 55 e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques algéro-japonaises. Que représente aujourd'hui l’Algérie pour le Japon ?  
M. Masaya Fujiwara : Le Japon a reconnu l’Algérie en tant qu’Etat souverain le 04 juillet 1962, au lendemain de l’indépendance. Nous avons établi les relations diplomatiques le 28 novembre 1962. Cette année nous fêtons le  55ème anniversaire de nos relations. C’est dire que nous avons des liens historiques et d’amitié de longue date qui remontent même à avant l’indépendance. Comme vous le savez, le Bureau du FLN a été ouvert en 1958. Depuis nous maintenons de très bonnes relations d’amitié sur le plan politique, économique et sécuritaire. L’Algérie est pour le Japon un partenaire très important, surtout dans cette région.   

Comment évaluez-vous les relations entre les deux pays aux plans politique et économique ?
Sur le plan politique nous avons de très bonnes relations. Le Président Bouteflika a visité le Japon à trois reprises.  Une visite officielle en 2004 et s’est également rendu à l’occasion du sommet du G8 en 2000 et  2008. Cela montre bien l’étroitesse de nos relations politiques. Le nombre des visites de personnalités politiques sont également en hausse ces dernières années. Nous voulons donc saisir cette opportunité de la célébration du 55ème anniversaire pour renforcer davantage nos relations politiques.

Et qu’en est-il des relations économiques ?
L’économie est le moteur d’une relation bilatérale. Dans les années 80, les sociétés japonaises étaient très actives surtout dans le domaine des hydrocarbures, mais aussi dans le domaine du commerce. Au cours de ces 55 années, dans le volet économique, il y a eu bien sûr des hauts et des bas. Mais nous voyons qu’il y a un potentiel énorme dans les échanges entre nos deux pays. Malheureusement aujourd’hui le niveau de la relation économique n’atteint pas encore un niveau convenable compte tenu de la taille de nos deux pays en matière économique. Mais  nous voyons beaucoup de dynamisme de part et d’autre. Le Japon, comme vous le savez  a organisé le Ticad l’année dernière, et dans ce cadre nous avons pris de nombreuses initiatives pour promouvoir nos investissements à l’égard des pays africains. Cette politique s’applique bien au contexte algéro-japonais. Nous essayons de renforcer notre partenariat dans le domaine économique sachant que l’Algérie veut diversifier son économie. Le Japon est un pays d’industrie et de manufacture. Notre savoir faire peut être utile au développement de l’Algérie. Nous serons très heureux d’élargir notre coopération dans le domaine économique et redynamiser par la même la commission mixte algéro-japonaise. Dans le passé nous avons tenu six sessions. Mais depuis 2008, la commission ne s’est pas réunie. Nous pensons que c’est le moment de la tenir. Jusqu’à présent cette commission a été organisée entre Keidanren, qui est une grande association des patrons japonais, et les représentants de Sonatrach ainsi que le FCE, plutôt des liens privés-privés. Nous voulons élargir ce dialogue en invitant les représentants du gouvernement pour promouvoir le partenariat publics-privés. C’est du reste l’objectif du Ticad de promouvoir les partenariats privés entre le Japon et les pays africains dont l’Algérie.

Les secteurs susceptibles d’intéresser les investisseurs japonais ont-ils été identifiés ?   
 Oui. Il y a déjà l’industrie automobile. Quelques compagnies japonaises sont très intéressées. Elles veulent s’implanter sur le marché algérien. Un créneau de partenariat algérien  dont projet d’investissement pour construire d’abord une usine de montage est fort possible. Mais dans les prochaines années nous espérons développer une industrie automobile en Algérie. Nous attendons toujours le feu vert.

Pensez-vous que l’ambassade du Japon devrait multiplier des rencontres avec les investisseurs potentiels pour leur fournir les informations nécessaires sur le climat des affaires en Algérie pour engager cette dynamique que vous souhaitez ?
L’année dernière nous avons pris l’initiative d’établir un business club. C’est un club d’hommes d’affaires algériens  et japonais, de représentants de sociétés japonaises établies en Algérie. C’est un bon cadre pour renforcer le dialogue entre les opérateurs algériens et japonais. Côté japonais, c’est  une bonne occasion d’avoir plus d’informations sur le climat des affaires en Algérie. Nous voyons que malgré l’existence d’un grand potentiel, il n’est pas pleinement exploité, ni porté à un niveau convenable. Dans cette perspective, nous avons pris l’initiative d’avoir ce cadre de rencontres entre les hommes d’affaires des deux pays et jusqu’à présent nous avons tenu deux réunions de « Algéria business club ». Nous espérons qu’à travers ce dialogue on pourra lancer dans les années qui viennent des projets concrets.

L’Algérie veut mettre en place des partenariats gagnant-gagnant. Quels avantages pourrait tirer l’économie algérienne en s’associant davantage à des partenaires nippons ?
Pour les investisseurs japonais, l’Algérie est un marché très important. Avec une population de 40 millions et  un taux de croissance annuel de 3%, l’Algérie commence à prendre des initiatives en direction du marché africain. C'est-à-dire que l’Algérie est stratégiquement très bien placée   pour développer les affaires en direction de l’Afrique, de l’Europe et du Monde arabe. Pour les Algériens, je pense que le partenariat avec les Japonais est avantageux surtout pour le transfert de technologie et la formation des jeunes Algériens. Quand l’entreprise japonaise s’installe dans un pays, elle ne le quitte pas sans qu’il n’y ait de résultats positifs. Pour le gouvernement japonais, comme notre premier ministre avait exprimé à l’occasion du Ticad de Nairobi, l’avantage d’une coopération dans le domaine des infrastructures est qu’elle jette les bases d’un développement durable. Nous avons beaucoup d’expériences avec les pays d’Asie et le Japon lui-même a eu cette expérience après la guerre à travers le développement des infrastructures portuaires, ferroviaires et aussi routières, les bases de l’industrie. Il y a aussi l’énergie. L’année dernière la Gica, notre agence de développement chargé d’établir des partenariats avec les pays africains, a fait des études sur les projets d’infrastructures en Algérie. Au mois de décembre, à Tokyo, un séminaire sur les résultats de cette étude a été organisé auquel plus d’une centaine d’hommes d’affaires japonais ont participé . Cela montre leurs intérêts pour le développement d’infrastructures en Algérie.

Quels sont les centres d’intérêts ?
Nous sommes intéressés par exemple par l’élargissement du projet du port de Bejaia qui est stratégique. Le gouvernement algérien a un projet d’élargissement de ce port. Nous sommes prêts à lui apporter notre soutien. Il y a d’autres projets d’infrastructures dans le domaine du dessalement d’eau  dans les zones côtières. La technologie des entreprises japonaises peut y être appliquée. Dans le domaine d’électricité, le Japon est très fort efficace aussi. La technologie du japon peut contribuer au développement de ces projets.  

La qualité du «Made in Japan» est réputée mondialement. Est-ce que vous pensez que les produits algériens peuvent être commercialisés sur le marché japonais ?
Oui. Le marché japonais est ouvert. Si les hommes d’affaires algériens s’intéressent au marché japonais, ils sont les bienvenus. Mais le marché japonais est très compétitif. Le consommateur japonais est exigeant et beaucoup de sociétés japonaises et d’autres sociétés étrangères y produisent déjà. Mais je peux vous assurer que c’est une bonne chose pour le consommateur japonais s’il bénéficie de plusieurs produits d’une qualité irréprochable et à des prix très raisonnables. Ouvrir le marché est donc un atout pour développer l’économie et pour le bien être du consommateur.

Quels sont les produits algériens qui pourraient trouver leur place sur le marché japonais ?
L’Algérie exporte vers le marché européen déjà des produits agricoles. Je ne sais si dans le cas du Japon, qui se trouve géographiquement plus loin, cela est possible. Il faut travailler pour trouver un produit de qualité et compétitif qui pourrait être accepté par les consommateurs japonais. Vous avez de très bonnes olives. Si vous pouvez les labéliser, elles seront appréciées par les Japonais. Cependant il existe d’autres opportunités    

Qu’en est-il de la coopération dans le domaine sécuritaire ?
Depuis quelques années nous avons renforcé notre dialogue sur la coopération sécuritaire, surtout après l’attaque contre le complexe de Tiguentourine. Nous avons établi un dialogue entre nos deux pays sur les questions sécuritaires et la lutte contre le terrorisme. Nous essayons de hisser ce dialogue sur un plan ministériel. Renforcer le dialogue sécuritaire entre l’Algérie et le japon est très important. C’est un nouveau volet dans nos relations et nous sommes très contents d’avoir ce nouveau chapitre dans nos relations bilatérales. Nous apprécions le rôle très constructif de l’Algérie dans la stabilité et la paix dans cette région. L’Algérie a une expérience et un savoir faire dans la lutte contre le terrorisme. Nous apprécions aussi beaucoup les efforts de l’Algérie dans la médiation des conflits dans les pays voisins.  

Comment donner aux relations bilatérales cette dimension à laquelle aspirent les deux pays ?
Je pense que les visites mutuelles de grandes personnalités politiques est très important. Nous espérons que
M. Lamamra visitera cette année le japon. Sur le plan économique nous essayons de créer de nouveaux cadres. La commission mixte est un cadre qui peut offrir de grandes opportunités pour développer davantage nos relations économiques. Mais il faut mettre aussi l’accent sur le volet culturel. C’est très important pour nos deux peuples de renforcer nos échanges. Nous allons organiser , dan le cadre de la célébration du 55ème anniversaire, de nombreuses manifestations à Alger. Il y aura aussi au cours de cette année la création de l’association d’amitié algéro-japonaise.

L’élément humain est très important dans la consolidation des relations. Vous accordez combien de visas par an aux Algériens ?
En moyenne il faut compter 1000 visas/an. Il y a des étudiants, des hommes d’affaires et des touristes. Depuis quelques années, des Algériens visitent le Japon en tant que
touristes, qui un très bon signe de rapprochement et nous espérons que ce nombre va s’accroitre dans les années qui viennent. Des touristes japonais visitent également l’Algérie.  Des groupes font le circuit Alger Tipasa-Ghardaïa qui est très populaire

Les positions du Japon et l’Algérie convergent souvent sur les questions de l’actualité internationale. Il en est ainsi de la nécessaire réforme de l’ONU. Comment œuvrer pour faire avancer ces dossiers ?
L’Algérie est le japon ont beaucoup de choses en commun. Par exemple sur l’Etat de droit, le respect des droits de l’homme, la solution des conflits qui doit se faire par des solutions pacifiques, le désarmement, les armes nucléaires, Ce sont quelques exemples de position commune entre Tokyo et Alger. Le renforcement du système des Nations unies est nécessaire et surtout la réforme du Conseil de sécurité.  De notre point de vue et celui de l’Algérie, c’est très important. Jusqu’à présent nous avons eu des discussions très fructueuses et positives pour le renforcement du système des nations unies. Sur la question de la réforme du Conseil de sécurité, nous partageons l’idée de l’élargissement des membres permanents. Nous allons essayer de promouvoir ce dossier pour être concrétisé à l’avenir. Je pense que la voix de l’Algérie est très importante et nous comptons sur le soutien de l’Algérie  pour promouvoir ensemble ce dossier important.

Un dernier mot...
2017 est l’année commémorative du 55ème anniversaire de nos relations diplomatiques. Une année qui marque une dynamique nouvelle dans nos relations bilatérales. Nous souhaitons saisir cette occasion pour relancer nos relations qui datent de longtemps.            

Entretien réalisé par :
 Nadia Kerraz

 

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