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Note de lecture, «L'Algérie aurésienne» de Germaine Tillion : Une relation « ombilicale » avec notre pays

«Il s'écoula cent-trente deux années, à quelques heures près, entre le 5 juillet 1830 (jour où la ville turque fit sa reddition à un « roy de France par la grâce de Dieu ») et le 1er juillet 1962, date du référendum qui, pour la première fois dans l'histoire, donna vie à une toute nouvelle grande nation appelée Algérie » (Germaine Tillion).

PUBLIE LE : 15-02-2017 | 23:00
D.R

«Il s'écoula cent-trente deux années, à quelques heures près, entre le 5 juillet 1830 (jour où la ville turque fit sa reddition à un « roy de France par la grâce de Dieu ») et le 1er juillet 1962, date du référendum qui, pour la première fois dans l'histoire, donna vie à une toute nouvelle grande nation appelée Algérie » (Germaine Tillion).
Figure de l'ethnologie française, Germaine Tillion est née en 1907. Résistante de la première heure, déportée à Ravensbruck par les nazis, elle est une des pionnières de l'histoire du système concentrationnaire. Après avoir été libérée, elle continue à travailler sur les crimes de guerre des nazis mais également sur les camps de concentration ex-soviétiques puis sur l’Algérie où elle retourne en 1954. Là, elle participe activement à la création de centres sociaux et s’engage, avec le même courage que lors de la période de l’occupation allemande, à trouver une issue à la spirale de la violence qui commence à ravager l’Algérie. Rédigé à partir des notes prises lors des quatre missions scientifiques qu’elles  y ont effectuées entre 1934 et 1940, le récit de la rencontre de Germaine Tillion avec les Aurès a attendu quelque soixante ans avant d'être publié initialement sous le titre Il était une fois l'ethnographie (Paris, Le Seuil, 2000).
Dans la préface de son ouvrage qu'elle a elle-même rédigée, l'ethnologue s'explique d'emblée : « Dans la première moitié de l'autre siècle (je veux dire « le vingtième »), quatre missions scientifiques successives me permirent d'arpenter en toutes saisons, sous l'ardent soleil de juin comme sous la neige de l'hiver, les sentiers de l'Aurès, splendide massif montagneux du Sud Constantinois.
Cependant l'Aurès, (ou « les Aouras » comme disent les gens du pays), c'est d'abord un rivage, celui du grand Sahara dont on rêve, une mer de sable qui s'étend jusqu'à l'horizon et au-delà, ponctué seulement de lacs salés et de mirages.» Et, comme par souci de précision, de poursuivre en substance :
«  Dans les vallées du versant sud des Aouras où j'ai campé et chevauché si longtemps, il m'est arrivé de déboucher soudain, à l'aube, sur cette immensité ouverte brusquement entre deux hautes roches creusées par les fleuves d'avant l'homme. Ma petite jument barbe (elle s'appelait Chmama) partageait alors mon bonheur et ne manquait pas de me le dire –car les cavaliers savent bien que les chevaux parlent. En ce temps-là, outre de lourds carnets de notes (et de bonnes relations avec les petites « républiques» nomades qui contrôlaient chaque vallée), j'avais un roleiflex, mais également dix très petits albums, à peine grands comme la moitié d'une main mais pouvant avaler chacun exactement cent clichés, tous nantis d'un index où les cent photos se trouvaient scrupuleusement datées et identifiées ; quand mes mille premiers clichés eurent occupé ainsi les dix ingénieuses petites boîtes, je tentai évidemment d'en racheter dix autres, mais sans jamais en retrouver d'identiques. A mon grand regret, il me fallut ranger les clichés suivants dans de banales enveloppes. » On notera, à ce titre, que  les archives de Germaine Tillion comprenaient ainsi quelque 1.500 clichés réalisés durant la même période. L'ouvrage intitulé finalement L'Algérie aurésienne en a vu sélectionner 150, accompagnés souvent de textes tirés des travaux aurésiens de l'ethnologue.
Il faut savoir que L'Algérie aurésienne a été entrepris en collaboration avec Nancy Woods, alors que cette dernière se trouvait à Paris pour les besoins d'une biographie de Germaine Tillion. L'inventaire des archives photographiques  a également inspiré Les images oubliées de Germaine Tillion, un film documentaire de François Gauducheau (Fr., 2001).
Kamel Bouslama

L’Algérie aurésienne de Germaine Tillion en collaboration avec Nancy Woods, Editions de la Martinière/ Perrin, Paris 2001, 158 pages

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Bio-express

Figure de l'ethnologie française, Germaine Tillion est née en 1907. Résistante de la première heure, déportée à Ravensbruck par les nazis, elle est une des pionnières de l'histoire du système concentrationnaire. La relation qui la lie à l'Algérie est ancienne. Déléguée dès 1934, sur les conseils de son maître, l'ethnologue Marcel Mauss, pour étudier la population berbère dite chaouia, elle y retourne pendant l'indépendance. Elle a vécu en première ligne l'effondrement du colonialisme, dénonçant notamment  la torture contre les combattants et simples citoyens algériens. Son engagement pour notre pays ne se relâchera jamais. Elle luttera contre la paupérisation du peuple algérien autant que contre la torture et pour l’émancipation des femmes dans le bassin méditerranéen. Jusqu’à un âge très avancé, elle prend position contre la torture et les exactions, comme par exemple en 2004 à l’occasion de la guerre en Irak. Il n’y a pas longtemps que cette femme d’exception est morte (en avril 2008) à l’âge de plus de 100 ans. Son engagement sans faille pour l’Algérie ne se relâchera jamais.   

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