dimanche 18 novembre 2018 07:51:04

Unité nationale : Première constante de puissance de l'Algérie

Diversité et homogénéité socio-culturelle en Algérie d'hier et d'aujourd'hui

PUBLIE LE : 23-01-2017 | 0:00
D.R

Par le Dr Mohamed Larbi Ould-Khelifa

Il y a dans le monde une multitude d’exemples de cas d’effritement de pays, mais aussi d’unions, qui sont dus à des facteurs communs, qui résident à titre d’exemple dans la force et la stabilité de l’Etat, dans la capacité de ses élites intellectuelles et de ses responsables dans les différentes institutions, à respecter les spécificités régionales, à créer une certaine concorde et réaliser un développement équilibré, sans pour autant négliger les manipulations extérieures qui pourraient trouver en certains individus ou groupes, le cheval de Troie les menant vers un affaiblissement de l’intérieur, par le biais de la dislocation de la société en entités opposées qui pourraient demander l’aide et le soutien de l’étranger. C’est le cas du mouvement du chanteur Ferhat Mehenni qui ne représente ni la Kabylie ni l’Algérie, aucun projet, si ce n’est d’embarrasser l’Etat et d’induire en erreur et duper un nombre limité de gens, car la majorité écrasante des enfants de la Kabylie sont convaincus que leur région est une partie intégrante de l’Algérie historique et moderne, l’Algérie qui se dirige vers la décentralisation administrative, dans un pays dont la superficie dépasse les deux millions de kilomètres carrés.
Dans la wilaya de Ghardaïa, un groupe marginal est apparu sous le nom de Mouvement pour l’Autonomie du M’Zab dont l’un des activistes, le Dr Kamar Eddine Fekhar, a été jusqu’à adresser par écrit au Secrétaire général des Nations unies pour dénoncer ce qu’il appelle «le nettoyage ethnique» (ethnic cleansing), sur une base ethnique et régionaliste, dont se serait rendu coupable l’Etat algérien et qui trouve un écho auprès des observatoires spécialisés de surveillance. (Algeria's south trouble's bellwether crisis group report n° 171, 21.11.2016).
En réalité, le différend et la tension qu’il y a eu en 2015, notamment ne diffèrent pas des formes de manifestation et de revendications dans les autres wilayas du pays et n’ont aucun lien avec les ethnies et le régionalisme qu’évoquent des observateurs qui n’ont pas connu l’organisation sociale et les référents historiques de l’Algérie antique et contemporaine. Ces observateurs se fondent sur les écrits falsifiés de ce que l’on appelle l’indigénophilie coloniale et que l’on retrouve dans les analyses de certains experts étrangers : (Louis Martinez : Algérie le calme avant la tempête, «le Monde», 10-01-2012).
Ce n’est pas une simple hypothèse ou la recherche d’un coupable qui ourdit des complots contre l’Algérie à partir de l’étranger que de dire qu’il y a des officines dans la région et en dehors de la région qui œuvrent dans l’ombre et en plein jour contre l’Algérie. Ces officines veulent pousser le pays vers ce que l’on a appelé «le Printemps arabe», alors qu’en fait c’est le printemps des catastrophes et du chaos, celui qui a conduit au morcellement de plusieurs pays. Elles veulent faire revenir le pays à l’époque durant laquelle il n’y avait pas encore d’Etat national, c'est-à-dire à l’époque du régime tribal. Elles veulent émietter davantage le tissu social.
L’histoire de Oued M’Zab et son présent, avec ses composantes Malékite, Ibadite, Chaamba et Mozabite prouve que les causes de la tension conjoncturelle actuelle (et c’est ce qui se passe aussi à l'intérieur de ces deux groupes) sont d’origine économique et ont trait au développement et aux opportunités d’emploi des jeunes. De même que nous remarquons que, contrairement à leurs aînés, de nombreux jeunes n’ont plus la même discipline, ni le même dévouement envers la structure traditionnelle connue à Ghardaïa, à l’instar des autres wilayas et autres régions du pays et ce, en raison de l’omniprésence des réseaux sociaux et des autres phénomènes de la mondialisation.
En outre, la contestation est parfois due aux carences des autorités locales, non pas que ce soit volontaire de leur part, mais plutôt à cause des lourdeurs bureaucratiques et de l’absence d’esprit d’initiative. Ajoutons à cela, l’absence relative de certains partis qui ont laissé les missions d’encadrement et d’explication aux services de sécurité que sont la police, la gendarmerie et enfin l’armée, sachant que les missions réelles de ces corps consistent à veiller à la préservation de la sécurité, de l’ordre public et des frontières, dans le cas de l’Armée nationale populaire. Les extrémistes qui se drapent du voile de l’islam ont trouvé ici une occasion propice pour attiser le feu de la contestation et le diriger contre l’Etat, pour encourager les foyers de tension, épuisant ainsi les structures locales et centrales de l’Etat.
Au tout début, c’est la région d’In Salah qui a été choisie lorsque le ministère de l’Energie a, en 2015, décidé de se lancer dans l’exploitation du gaz de schiste (shale gas), dans une région réputée pour ses traditions, ses zaouïas (confréries religieuses) enracinées dans l’histoire et son passé de lutte contre le colonialisme. Cheikh Amoud était l’un des héros de cette région, héros qui ont infligé de très lourdes pertes au colonialisme français. Le Sud du pays a longtemps résisté au pouvoir militaire jusqu’à la défaite de l’armée coloniale. Nous ne pouvons également pas passer sous silence le fait que la région a été la victime des essais nucléaires français dont les retombées catastrophiques sur l’homme, sur la faune et la flore se font ressentir jusqu’à ce jour.
Du point de vue de l’observateur des questions algériennes, il convient de noter que le projet d’extraction du gaz de schiste n’avait pour objectif de porter atteinte ni aux citoyens ni aux précieuses réserves d’eau potable de la région. Il est connu qu’une très vaste nappe phréatique se trouve dans le désert algérien, notamment dans les régions de Tamanrasset, Timimoun, Metlili, Adrar, Touggourt, Ghardaïa et Ouargla, et qu’elle peut transformer ce que l’on appelle le Sahara en des millions d’hectares de paradis agricoles et de jardins verdoyants.
Je dis que la sincérité ne suffit pas à rassurer nos concitoyens de cette partie du pays sur les objectifs du projet de gaz de schiste ; en effet, il aurait fallu avant cela, initier un dialogue avec les habitants, notamment à travers les instances, les associations et les structures locales qui ont des représentants dans de nombreuses institutions nationales. Nous ignorons si ces instances ont été consultées ou pas et si elles ont été associées au projet avant son lancement ?
Dans une interview accordée au quotidien national El Watan, le 09/01/2017, le sociologue, Nacer Djabi, estime que parmi les causes de l’aggravation des contestations, il y a la faiblesse des intermédiations sociales et politiques. Il déclare que les élites officielles reconnaissent les partis, les associations et les syndicats, mais ne font rien pour les associer en tant qu’intermédiaires pour apaiser les tensions et calmer les contestations. Avec tout le respect que je dois au Professeur Djabi et à son positionnement politique, je pense que son opinion sur le fait que le gouvernement préfère affronter des manifestations violentes car elles servent sa pérennité et n’offrent pas d’alternatives, et que son penchant pour la thèse de René Gallissot sur le rôle des mouvements de contestation comme vivier des élites alternatives dans la société algérienne ne s’appliquent pas à la continuité de cette société.
L’explication la plus plausible aux causes et aux conséquences des mouvements de contestation est celle qui prend en considération l’expérience historique de la société algérienne lors de l’occupation coloniale et la composante du mouvement national, société qui a adopté un comportement de refus et de rejet pour s’exprimer face à ce qu’elle considérait arbitraire ou injuste, «el hogra» dans le langage populaire. C’est, à mon avis, la dynamique positive d’un peuple qui a toujours refusé de se soumettre et de dire oui…. oui comme chez les béni oui oui.
La wilaya de Ouargla constitue un des points d’ancrage de la contestation dont le mot d’ordre est la revendication de postes d’emploi, et des manifestations massives pour protester contre la préférence accordée aux citoyens venant du nord du pays pour occuper les emplois à tous les niveaux et revendiquer le développement de la région qui recèle la richesse la plus importante du pays. La ville de Ouargla est proche d’une des plus grandes bases pétrolières, Hassi Messaoud, et d’une base d’extraction de gaz naturel, Hassi R’Mel, outre le fait que c’est l’une des villes du Sud les plus denses du point de vue démographique, avec plus de 140.000 habitants.
Il est clair que cette wilaya bénéficie, à l’instar des autres régions du pays, d’une grande attention de la part des pouvoirs publics en termes de droit légitime au développement et du fait de sa proximité avec des frontières instables, conséquence de la situation en Libye, en Tunisie et au Mali. Il en résulte un contrôle minutieux de ces frontières et la faiblesse ou l’absence totale d’échanges commerciaux avec ces pays voisins.

Conclusion

Les institutions étatiques se doivent d’accorder l’intérêt et l’attention nécessaires à cette région et c’est ce qu’a affirmé à plusieurs reprises le Président de la République, lui qui connaît personnellement ces régions pour en avoir été un des dirigeants de la Révolution. N’est ce pas le moudjahid Abdelaziz Bouteflika, connu sous le nom de Abdelkader El Mali, qui a ouvert, avec ses compagnons, le front sud, lors de la révolution de Novembre 1954.
Le Président Abdelaziz Bouteflika était convaincu dès le début de son premier mandat que sauver l’Algérie des conflits interethniques et des conflits attisés sous la couverture de la religion qui ont poussé les enfants du même peuple à s’entretuer, devait passer d’abord par la concorde et par la nécessité de convaincre toutes les parties de l’importance et de la nécessité de la réconciliation nationale. Ce projet innovateur et courageux a obtenu l’écrasante majorité lors d’une consultation par référendum, laquelle majorité a constitué une assise pour le lancement des programmes du Président, pour le développement et la modernisation de nombreux secteurs et services de l’Etat.
Il serait judicieux de rappeler qu'une grande partie des années quatre-vingt-dix, le discours politique était axé, dans son ensemble, sur l’échange d’accusations ou sur la qualification de la nature de la crise et ses conséquences sur l’Etat et la société. Les acteurs politiques ne savaient alors pas que la clé de la solution résidait dans la réconciliation avec soi, avec l’histoire et avec tous ceux qui aspiraient à la paix et la coexistence entre tous les Algériens. Il est rare de voir, dans un pays du tiers monde et même dans un pays démocratiquement avancé, un Chef d’Etat qui se tient côte à côte avec trois anciens Présidents et que des aéroports, des universités et autres infrastructures soient baptisés aux noms de grands leaders dont les noms et les époques faisaient l’objet depuis plus de soixante ans, d’une controverse politique et d’une levée de boucliers chez les différents courants qui traversent la société. Cette réconciliation avec le passé ne peut-être effacé de la marche d’un peuple, ni de sa mémoire. Une posture civilisée qui devrait constituer un modèle pour les autres.
L’épreuve du terrorisme pendant les années quatre-vingt-dix, a constitué la plus grande menace à la cohésion culturelle et sociale ancestrale des Algériens. Survenue après la catastrophe coloniale qui a constitué la plus grande menace pour la survie de l’Algérie et son existence, cette tragédie a été perçue par la plupart des pays du monde et même certains pays voisins, comme de simples scènes dramatiques à regarder en attendant l’effondrement total de l’Etat-nation et des fondements de la République, tels qu’énoncés par la déclaration du premier novembre 1954 ; une République où il n’y a pas de place aux ethnies, ni aux races ni à l’extrémisme religieux, car l’islam, dans son acceptation populaire, est un liant spirituel et culturel, purifié de toute forme de violence et de xénophobie à l’encontre des autres cultures et des autres religions. Pendant la résistance populaire et la Révolution pour la libération, il n’y jamais eu de destruction des lieux de culte chrétiens ou juifs, ni d’hostilité à l’endroit des Français parce qu’ils étaient chrétiens. La lutte des Algériens à travers l’histoire a toujours été dirigée contre les agresseurs. Les revendications des Algériens ont de tout temps été la liberté, la justice et le progrès, tels qu’énoncés par la Déclaration du 1er novembre 1954, qui constitue la synthèse de l’expérience historique de l’Algérie et une méthode valable aussi bien pour le présent que pour l’avenir.
Alger le 15-01-2017
Mohamed Larbi Ould-Khelifa
 

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