samedi 18 novembre 2017 11:29:00

Célébration de Yennayer : Opulence et abondance

Yennayer correspond au début du calendrier agricole chez les Amazighs, d’où le fait qu’il est célébré traditionnellement par des rites agraires. Il coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien.

PUBLIE LE : 12-01-2017 | 0:00
D.R

Yennayer correspond au début du calendrier agricole chez les Amazighs, d’où le fait qu’il est célébré traditionnellement par des rites agraires. Il coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien.

Au Djurdjura, à Béchar, dans les Aurès, dans l’Ahaggar de même qu’au Maroc, Yennayer ou Yennar est l’occasion de fête, de liesse populaire voire d’un carnaval, comme à Tlemcen.
Yennayer est une fête très répandue, à travers toutes les régions de l’Algérie où elle est considérée comme une célébration nationale. Cette fête est aussi célébrée par les autres communautés nord-africaines, comme au Maroc.
Dans l’univers culturel berbère, un drame mythique marqua, de sa forte empreinte, Yennayer. Des histoires légendaires sont différemment contées au sujet d’une vieille femme. Chaque contrée et localité ont leur version. Les Kabyles racontaient qu’une vieille femme, croyant le mois d’Yennayer (donc l’hiver) passé, sortit un jour de soleil dans les champs et se moqua de lui. Yennayer mécontent voulut punir la vieille. Il emprunta deux jours à Furar (le mois suivant yennayer) et déclencha, pour se venger, un grand orage qui emporta, dans ses énormes flots, la vieille.
Dans la version des At-Yenni, la femme fut emportée en battant du lait, chez les At-Fliq, il emprunta seulement un jour et déclencha un grand orage qui transforma la vieille en statue de pierre et emporta sa chèvre.
Ce jour particulier est appelé l’emprunt (Amerdil). En Kabylie on le célèbre chaque année par un dîner de crêpes. Le dîner de l’emprunt (Imensi umerdil) fut destiné à éloigner les forces malveillantes. Des mets de circonstances sont préparés : couscous au poulet ou simplement du kasbasu, Uftiyen (soupe préparée à partir de poix chiches, de fèves et de pois cassés), de la Talabagat (viande hachée), accompagnés d’un aghaghe (jus), de Tagalla (pain) Tighrifin (crêpes), de gâteaux et autres divers beignets… Dans certains endroits, le premier jour, Amenzu n’ Yennayer, on ne mange que des produits végétaux, la viande est laissée pour le lendemain. On se gave de fruits secs, figues, raisins, noix, dattes. La veille de Yennayer les femmes se chargent de recouvrir les murs de chaux et changent le trépied du feu (lkanun). Dans l’Aurès, ce rituel se fait deux ou trois jours avant yennayer et porte le nom de « bu ini » (jour du trépied). Le nettoyage intensif se termine par un grand coup « d’emezzir » (balai de bruyère). Afin d’assurer l’abondance de la nouvelle année, on verse des céréales entre les jarres en terre (ikufan). Cette notion d’abondance souhaitée et préparée pour conjurer le sort se retrouve dans le repas de yennayer dont le mets principal reste le couscous de blé. Le recours à la semoule d’orge est, ce jour-là, banni n’est-elle pas noire et ne constitue-t-elle pas en temps ordinaire le repas du pauvre ? Le couscous est préparé avec une sauce à base de légumes secs, selon les régions, on mélange deux à sept légumes (pois cassés, lentilles, fèves concassées « abiṣar », haricots blancs, cornilles ou doliques à œil noir, pois chiches...) et l’incontournable volaille.
D’une contrée à une autre on propose des explications différentes au choix de la volaille. Certains diront, par son chant matinal, le coq annonce la naissance de la lumière (le lever du jour), d’autres expliqueront, par ses œufs, la poule incarne la fécondité donc l’abondance.

Ces croyances à la peau dure
 
Les croyances populaires méditerranéennes nous apportent d’autres éclaircissements sur cette préférence vouée à la volaille. Par exemple les Grecs et les Romains auraient adopté le coq comme oiseau protecteur ce qui s’apparenterait à l’usage d’« asfel » (offrande) dans l’ensemble de l’Afrique du Nord. Dans la préparation des autres mets qui accompagnent le couscous, les femmes en appellent toujours à la prospérité et à la profusion, aussi composent-elles « uftiyen » ou « iɛrecmen », un mélange de céréales entières, passées à la vapeur ou grillées huilées, servies aux enfants le matin du 12 janvier ou simplement jetées sur les arbres des jardins dans l’attente d’une bonne récolte. Selon les moyens dont disposent les familles, « uftiyen » sont complétés par un mélange de fruits secs disposés généreusement dans un plat en bois ou en terre mis sans restriction à la disposition des enfants. Le repas « imensi n yennayer » est servi dans le respect du nombre des membres de la famille élargie, on rajoute le couvert de l’absent, éventuellement « iminig » (le voyageur), la fille mariée et surtout l’ange gardien de la demeure « aɛssas buxxam ». La tradition exige que l’on ne vide pas les plats ce qui signifie que l’on ne doit pas avoir faim. Dans la soirée, la maîtresse de maison dépose sur le toit quatre coupelles en terre remplies de sel représentant chacune les mois de yennayer, furar, meɣres et yebrir (janvier, février, mars, avril). Au matin de la journée de yennayer, le niveau d’humidité du sel annonce un mois arrosé ou non. En ce jour de yennayer, la nature est fortement mise à contribution, elle est observée et écoutée, aucun geste ne doit la contrarier car elle est porteuse de « lfal » (présage). Ainsi la femme kabyle ou tachaouit vérifie scrupuleusement ce qui se trouve sous les pierres qu’elle ramasse pour renouveler le trépied de son « kanun », la présence d’un ver blanc laisse entrevoir la naissance d’un garçon, une herbe verte signifie une moisson abondante, les fourmis symbolisent l’augmentation du bétail... L’ensemble de ces éléments plus ou moins perpétués ou simplement conservés dans les récits témoignent du caractère agraire du calendrier berbère.

Yennayer connaît aujourd’hui un regain de vitalité

Le nouvel an berbère, Yennayer, est une tradition ancienne inscrite dans le calendrier agraire de l’Afrique du Nord, qui connaît aujourd’hui un regain de vitalité. Des traditions berbères liées au changement de l’année se retrouvent dans plusieurs régions d’Afrique, voire du bassin méditerranéen. Elles s’apparentent parfois à de la superstition, néanmoins elles participent à la socialisation des personnes, harmonisent et renforcent le tissu culturel. Des peuples d’identités différentes, considèrent les divers rites de yennayer faisant partie intégrante de leur patrimoine culturel. Yennayer symbolise aussi la longévité, et c’est souvent l’occasion d’y associer des événements familiaux. Première coupe de cheveux aux petits garçons. Dans certaines régions on dit que l’enfant est comme un arbre, une fois débarrassé des mauvaises influences, il poussera plus fort et plus énergiquement, c’est d’ailleurs à cette période qu’on opère la taille de certains arbres fruitiers. Le mariage sous le bon présage de Yennayer… les petites filles s’amusent à marier leurs poupées. On habitue les enfants a des rites d’initiation agricoles en les envoyant aux champs afin de cueillir eux-mêmes fruits et légumes.
Farida Larbi

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MédéA
Une tradition bien ancrée

La célébration de Yennayer est une tradition bien ancrée dans les us et coutumes des Médéens qui ont pris l’habitude d’accueillir l’avènement du nouvel an amazigh dans une ambiance de joie et de partage. «El-Aâm» ou «El-Djrez» sont, entre autres, les appellations par lesquelles les Médéens désignent le nouvel an amazigh, un moment très attendu par les familles qui le préfèrent d’ailleurs à des fêtes de fin d’année, associées à une autre culture, étrangère à la leur. Fête populaire par excellence, Yennayer continue de faire de «l’ombre» aux fêtes de fin d’année, dont la célébration y passe presque inaperçue, en raison de l’attachement de la population à une culture unissant les Algériens.
Le slogan choisi cette année pour la célébration du nouvel an amazigh : «Yennayer, héritage commun de tous les Algériens» traduit fort bien ce sentiment d’appartenance à une culture ancestrale commune qui se manifeste à travers différentes formes de célébration, à Médéa ou ailleurs. Pour marquer le passage à l’An 2967 du calendrier amazigh, une série de manifestations socio-culturelles a été programmée par la direction de la Culture, en collaboration avec le Haut-Commissariat à l’amazighité, le Musée des arts et des traditions populaires et la Chambre de l’artisanat et des métiers. En sus des traditionnelles expositions consacrées aux mets et plats culinaires préparés pour la célébration d’«El-Aâm», organisées du 11 au 15 janvier à la maison de la Culture Hassan-El-Hassani, le programme des festivités comprend également des parades, des spectacles et des chants folkloriques animés par des troupes venues de différentes régions du pays. Parmi les troupes annoncées, figurent Iwaghnousen (Batna), Izelawen (Ghardaïa), Ahaggar (Tamanrasset), Aissaoua (Médéa) et Es-Saâda (Alger), dont les prestations vont donner une touche assez particulière à l’évènement et apporter un peu de chaleur, en ces moments de grand froid que connaît la région de Médéa. «El-Aâm» est vécu, aussi bien à Médéa qu’à travers les autres communes, comme un grand moment de communion et de solidarité entre familles, mais également avec les plus démunis qui ont droit, eux aussi, à une part des plats et des mets confectionnés à l’occasion de cette fête populaire.
La célébration prend des aires de rite «mystique», notamment au sein de certaines confréries religieuses où des veillées incantatoires et de chants religieux sont organisées au niveau des zaouïas et des mausolées, comme le faisaient, autrefois, leurs aïeuls, au début de la saison agricole, priant pour que les prochaines récoltes agricoles soient bonnes et abondantes. En milieu citadin, «El-Aâm» ou encore «Djrez», se distingue par ses aspects culinaires, symbolisés par des plats traditionnels à base de viande, de poulet et de pâtes faites maison, dont la préparation varie d’une région à une autre. Les plus prisées restent, sans conteste, le couscous et la chakhchoukha. Des plats accompagnés, d’habitude, de gâteaux traditionnels, dont les «maâreks» (crêpes à base de semoule), ou encore «rfiss», mélange de galettes de pain, de semoule et de dattes, qui sont servis accompagnés de café et/ou de thé à la menthe durant toute la durée de la fête.(APS)

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SIDI BEL-ABBèS
Valeurs de la nation

Depuis une semaine, les préparatifs allaient bon train pour se conformer aux us et coutumes et traduire fidèlement le message de cette fête évocatrice de l’identification d’une nation ayant résisté farouchement à toutes les hostilités et contingences de l’histoire. Les plats servis en cette circonstance sont des recettes du terroir ravivant le sentiment d’attachement à une terre riche en potentialités et perpétuant la tradition. Riches et pauvres partagent à cette occasion des moments agréables. Joie et bonheur sont au rendez-vous mettant en veilleuse, temporairement, les discordes conjoncturelles, les lassitudes et la monotonie du quotidien et autres déboires du temps.
Des prières également sont faites lors des dîners ou des soirées familiales pour le raffermissement des liens solidarité. Des Touiza sont organisées parfois pour assurer une quelconque tâche d’utilité publique. C’est pour l’ensemble de ces raisons qu’il convient de méditer sur la morale des activités à organiser à cette occasion, soirées et récits rapportés pour tirer les enseignements nécessaires de l’événement. Un événement rappelant la nécessaire solidarité et l’union d’une nation dans toute sa diversité et signifiant son attachement à ses valeurs.
A. Bellaha

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Mascara
Joie des enfants

Fidèles à la tradition, les familles de la cité de l’Emir s’apprêtent à célébrer Yennayer dont les prémices sont déjà visibles à travers les différents marchés populaires de la région de Beni Chougrane. Les préparatifs du nouvel an amazigh se traduisent par un regain de l’activité commerciale des produits prisés par les consommateurs en cette période, notamment les fruits secs. L’aubaine est saisie d’abord par les marchands dans la présentation des produits. La foule de consommateurs qui s’agglutinent devant les étals montre cependant qu’il est difficile de résister à la tentation, tant cette fête est ancrée dans les traditions et si on la prépare de différentes manières selon les régions, la célébration  demeure inchangée. Les étals des commerces sont très achalandés, à l’approche de cette fête, de produits ayant un lien direct avec cette occasion qui tient à nos origines ancestrales et les enfants en passant devant les magasins pendant toutes  ces journées précédant le 12 de ce mois écarquillent les yeux pour savourer, même à distance, les nougats et autres friandises. Les commerçants sont au rendez-vous et les vendeurs occasionnels exposent leurs étalages alléchants débordant de produits en tous genres et tout particulièrement les fruits secs, mais à des prix qui dépassent tout entendement. Les prix des dattes et des figues sèches restent  néanmoins raisonnables. Les oranges sont proposées sur les marchés à 140 ou 180 DA le kg. Les bananes ne sont pas cédées en deçà de 500 DA le kg. « Les produits sont trop chers cette année. Je vais me contenter d’acheter quelques produits seulement, pour faire plaisir à la famille », avance ce père de famille. Pour beaucoup, la célébration du nouvel an berbère est entrée dans les mœurs et les traditions de la région de Béni Chougrane tant les us et coutumes ont profondément ancré cette fête dans les esprits des jeunes et moins jeunes, les riches et les pauvres. Le dîner, ce jour-là, sera servi tard et se doit d’être copieux, ce qui aux yeux des familles augurera une année abondante.
     Mascara ne déroge pas à la règle quand il s’agit de célébrer dans le respect des traditions un événement de cette portée qui resserre les liens de solidarité humaine entres les membres de la société.
A. Ghomchi

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BOUIRA
Fête du terroir

Cette année, les préparatifs ont débuté depuis une semaine dans les différentes localités, notamment au chef-lieu de wilaya, à Taghzout, Saharidj, Ait Laâziz, El-Adjiba, Bechloul, M’Chedallah et Chorfa (Est). Comme à l’accoutumée, à chaque fête de Yennayer, les habitants de ces régions perpétuent cette tradition ancestrale à travers une série d’activités retraçant leur patrimoine, identité et civilisation. A Tassala et Ilyiten, deux villages montagneux relevant respectivement des communes de Taghzout et Saharidj, une ambiance bon enfant régnait hier dans les principales ruelles, où le mouvement associatif local et les citoyens s’apprêtaient à installer leurs étals et tables en vue d’exposer, à cette occasion, leurs produits du terroir, habits traditionnels, plats culinaires et bijoux traditionnels, livres et plantes médicinales. La nouveauté de Yennayer 2967, c’est l’organisation, à Tassala, de la dictée en langue amazighe et ce, dans le but de promouvoir et d’encourager les citoyens à apprendre cette langue nationale, a indiqué à l’APS le président de l’association Thagherma, Mohamed Taibi. La fête s’élargit à d’autres actions au profit des citoyens : « Yennayer, ce n’est pas uniquement le repas traditionnel ou les expositions habituelles, mais c’est aussi et surtout d’autres actions scientifiques et de sensibilisation », a expliqué le même responsable. A Tassala, 13 associations, dont celle de Thagherma, ont invité un groupe de 13 médecins de la wilaya de Tizi-Ouzou à effectuer une opération de dépistage (consultation et orientation) au profit des villageois. Dans leur programme, le collectif d’associations de Taghzout compte également organiser une série de conférences, dont une consacrée à la sensibilisation sur les dangers du gaz de ville sera animée par les services de la Protection civile. Une conférence médicale et une autre sur Yennayer seront animées, entre autres, par des professeurs et chercheurs en culture amazighe, action qui s’ajoute à une exposition-vente des différents produits traditionnels. Les organisateurs comptent aussi créer une zone pour dresser un manège pour enfants, ainsi qu’un mini-parc zoologique pour les visiteurs. « Cette année, la fête de Yennayer drainera plus de 10.000 visiteurs avec le programme que nous sommes en train de préparer », a expliqué M. Taibi.

Ilyiten, pour la première fois

Un programme presque similaire est en cours de finition au village d’Ilyiten, sur les hauteurs du Djurdjura, par un comité des sages du village composé d’un groupe de jeunes. Le comité est en train d’apporter les dernières retouches pour accueillir les invités de Yennayer, samedi. « Tout est fin prêt pour fêter Yennayer cette année, un événement qui se veut une occasion pour ancrer la culture d’entraide et de solidarité au sein de notre localité », a confié Bouzid Merzouk, membre du comité organisateur. « C’est la première fois que notre village organise une manifestation officielle pour fêter Yennayer. Nous souhaitons en faire une tradition pour nos habitants, appelés à préserver la culture et l’identité amazighes », a-t-il dit. Au menu de leur programme, une visite guidée des sites archéologiques du village, une conférence sur Yennayer ainsi qu’une rencontre entre les autorités locales, les sages et les notables de cette localité montagneuse, connue pour être un fief de la résistance pendant la guerre de Libération nationale. La chorale des jeunes filles du village sera, elle aussi, présente à cette fête pour présenter ses chants et matières poétiques amazighs, a ajouté M. Merzouk. L’approche de cette fête continue de créer une ambiance familiale particulière au sein des familles, qui attendent impatiemment cette célébration, censée faire sortir cette bourgade de l’anonymat qui la ronge depuis des années.  
La direction de la culture de la wilaya de Bouira s’est mise de la partie en concoctant un programme varié qui a débuté mardi dernier à la maison de la culture Ali-Zaâmoum, qui abrite une exposition dédiée aux produits artisanaux traditionnels et à laquelle participent une quarantaine d’artisans locaux. En outre, le siège de la bibliothèque principale de Bouira ainsi que le théâtre régional Amar-Laskri abriteront d’autres activités, à savoir des conférences sur Yennayer, des présentations poétiques et de danses traditionnelles, ainsi qu’un concours du meilleur plat traditionnel, selon le directeur de la Culture, El-Hachemi Bouhired. Une exposition du livre amazigh, une dictée en tamazight, une autre exposition d’arts plastiques, des représentations théâtrales et de dessin pour enfants marqueront le deuxième jour de cette manifestation culturelle amazighe, a précisé le même responsable. Des chanteurs locaux animeront, à cette occasion, une série de galas artistiques à la maison de la Culture, a-t-il ajouté. (APS)

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