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La Roqya de Cervantès, roman d'Ahmed Benzelikha : Le mythe réinventé

Le nom même de Cervantès incarne un mythe. C'est, bien sûr, le mythe de Don Quichotte de la Mancha en route vers les sommets, passant des haillons à la richesse et, grâce à sa chance et à son courage, résolu avec une détermination puérile à « lutter et réussir contre des moulins à vent ».

PUBLIE LE : 28-12-2016 | 0:00
D.R

Le nom même de Cervantès incarne un mythe. C'est, bien sûr, le mythe de Don Quichotte de la Mancha en route vers les sommets, passant des haillons à la richesse et, grâce à sa  chance et à son courage, résolu avec une détermination puérile à « lutter
et réussir contre des moulins à vent ».

Aujourd'hui, le roman fétiche de Cervantès a peut-être perdu quelque peu de cette fraicheur due, pour ainsi dire, à sa « première naissance » ; mais il a, malgré tout, gardé plus de vitalité et de perspicacité qu'aucun des autres romans postérieurs. Ces autres romans, même émanant de grands écrivains, sont en effet, pour la plupart, bourrés de situations romanesques dans le goût du temps : nous les lisons aujourd'hui comme des documents d'époque... contemporaine.
Exception faite, toutefois, pour La Roqya de Cervantès dont Ahmed Benzelikha lui-même invite à suivre le récit —copieusement rythmé par l'évocation répétée des cinq prières quotidiennes— à travers les pérégrinations que nous devons précisément à Miguel de Cervantès : d'abord à Alger dans ce que fut sa célèbre « grotte », ensuite à Dellys, petite bourgade côtière nichée pratiquement dans une falaise qui surplombe la mer.
Ce qui, assurément, va provoquer chez le lecteur une bonne dose d'affection amusée qui se mêle au respect que mérite ce que cet auteur a accompli : faire revivre, dans une localité truffée de mausolées, de saints et de marabouts, en l'occurrence Dellys, le personnage de Cervantès à travers son esprit réincarné et ce, dans l'enveloppe charnelle de Braham dont le père, décédé dix ans plus tôt, revient chaque fois dans ses rêves nocturnes —est-ce un présage ?— pour lui demander une seule et unique chose : apprendre l'espagnol. Braham ne parvient d'ailleurs, selon l'auteur, à se rendre difficilement indépendant de l'esprit de Cervantès que grâce à l'expérience avérée d'un exorciste religieux chevronné, Rezki, qui certes réussit à l'en « expurger » gràce à quelques versets appropriés du Coran, mais non sans lui avoir fait supprimer la langue espagnole dans laquelle Braham s'exprime désormais. Ahmed Benzelikha se veut d'ailleurs rassurant en ces termes : « Braham revenait peu à peu à lui et se demandait où il était et ce qu'il faisait avec cet homme inconnu. Quelque chose avait changé en lui, mais quoi ? Oh, Dios mio !  Il parlait espagnol! Par quel miracle ? Peu importe se dit-il, le vœu de son père est exaucé ! »
Et le romancier de poursuivre : « Rezki savait que tout était désormais l'œuvre de Dieu et non la malfaisance du diable, il fut heureux que Braham puisse parler espagnol, peut-être est-ce pour lui la chance qui peut-être l'aiderait à réaliser ses rêves bleus. Oui, Rezki savait tout ça, car il n'était pas seulement l'exorciste borné qu'on pensait connaître, il avait été prince, il avait fui les hommes, peut-être que lui aussi était un peu écrivain, un peu démiurge, un peu inventeur et si tout cela n'avait pas existé, si ce n'était qu'un jeu inventé par « je » autour des « je », et si tout cela n'avait été qu'un roman d'aventures comme celui, justement, de Don Quichotte de Miguel de Cervantès ».  
Il est surprenant de constater que nous ne savons que peu de choses sur la carrière romanesque d'Ahmed Benzelikha, d'autant que chez cet auteur, nous relevons avec à propos des vertus cardinales telles la concision, la simplicité et la clarté dans la construction d'un récit qui, a priori, semble haché, discontinu, mais dont le fil d'Ariane n'est jamais rompu et ce, jusqu'aux tout derniers mots de la fin du roman, à savoir « la dernière prière accomplie» dans la sérénité « enfin retrouvée ».
La Roqya de Cervantès, roman d’Ahmed Benzelikha, Editions Alpha, Alger octobre 2016, 80 pages.   

Kamel Bouslama

Bio-express                                                                                                
Ahmed Benzelikha, essayiste et romancier, est né à Constantine en 1965. Linguiste, spécialiste en communication et financier, il a été chroniqueur au niveau de divers titres de presse algériens et étrangers.

 

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