vendredi 28 avril 2017 13:08:26

Manifestations du 11 Décembre 1960 : toute la détermination d’un peuple

Un tournant décisif

PUBLIE LE : 11-12-2016 | 0:00
D.R

Avant le 11 et le 10, il y a eu le 9 décembre 1960. Dans la mémoire collective des Algériens, cette date marque la flammèche de la colère de la rue algérienne sous l’occupation française, qui a porté la Révolution d’une réalité à une autre. Entre autres, celle de la campagne et du maquis à la ville, et du moudjahid au fidaï.

Pour de nombreux historiens, il ne s’agissait pas de manifestations, mais d’une véritable «intifada». Parmi eux, Amer Rekhila qui estime que «ce qui s’est passé en décembre 1960 marque un vrai tournant dans le processus de la guerre de Libération, car il a confirmé le caractère populaire de la Révolution et la détermination du peuple algérien à recouvrer son indépendance nationale. À vrai dire, il ne s’agissait pas de manifestations, mais d’une intifada qui a porté la Révolution d’une réalité à une autre, celle de l’embargo et l’encerclement des moudjahidine dans les maquis à l’action militaire et les opérations de fidaïne de la ville. Elle a aussi permis la reprise de l’action militaire sur le terrain et, au plan politique, les retombées étaient importantes, palpables et très positives, notamment que cette intifada a coïncidé avec la tenue de la session ordinaire de l’assemblée générale de l’ONU», dit-il. Ainsi, notre interlocuteur résume ces retombées à trois niveaux. Le premier au plan interne : «L’obstacle psychologique vis-à-vis de l’armée coloniale est tombé. L’Algérien s’est libéré et a décidé de prendre son destin en mains. En outre, il y a eu la reprise des opérations de fidaïne dans de nombreuses villes, ce qui a permis au gouvernement provisoire de bien utiliser cette carte dans son combat politique et les négociations pour l’indépendance de l’Algérie. Cette intifada a scellé définitivement la fin de l’Algérie française». Au plan interne français, les répercussions étaient aussi multiples, souligne M. Amer Rekhila. «Le conflit s’est intensifié entre les partisans de la solution politique. C'est-à-dire s’asseoir à la table des négociations avec les Algériens et les extrémistes partisans de l’Algérie française jusqu’au bout. Et ce n’est certainement pas un hasard si au début de l’année1960 il y a eu l’apparition de l’OAS à Oran et Alger, comme conséquence directe de l’intifada algérienne. Ces extrémistes ont déclaré, à la fois, la guerre aux Algériens et aux Français. Les conséquences sur le plan économique n’étaient pas des moindres, étant donné que l’augmentation continue des dépenses militaires de l’armée coloniale ont alimenté l’opinion publique, opposée à la guerre, et soumis la France coloniale à des pressions internationales et régionales», a-t-il dit. «Au plan international, la guerre d’Algérie a pris d’autres dimensions et devenue la cause commune des 4 continents et la principale cause de la chute de l’empire français.
C’est d’ailleurs pour cette raison que plusieurs pays ont obtenu leur indépendance juste après ces évènements», a-t-i ajouté. De son côté, le président de l’association «9 Décembre 1960», Benabdeslam Mohamed, estime que la première étincelle de la colère populaire survenue à Aïn Témouchent le 9 décembre a provoqué une sorte d’effet «boule de neige» en gagnant plusieurs autres wilayas et s’est étendue jusqu’au 17 décembre 1960. Pour ce qui est de la 1re manifestation, survenue le 9 décembre à Aïn Témouchent, «elle a mis en échec les visées de De Gaule qui comptait sur l’appui de nombreux colons d’une zone économiquement importante pour sa nouvelle politique intégrationniste. Mais le plus important, elle a appuyé la revendication du peuple algérien pour l’exercice de son droit à l’autodétermination et le rejet du système colonial», a-t-il dit. Pour Abdelkader Soumeur, SG de l’ONM d’Oran, «les manifestations de décembre 1960 ont détruit tous les rêves du colonisateur». Quant à M. Mustapha Bitam, le DG du Musée du moudjahid, «les manifestations des 9, 10 et 11 décembre 1960 ont un seul point commun. Elles ont montré que les Algériens, dans les quatre coins du pays, étaient unis autour de la revendication de l’indépendance». La Révolution algérienne n’est le monopole ni d’une région ni d’un douar ni d’une personne. Elle a été faite par tout le peuple algérien et partout dans le pays. Plus que nationale, elle avait une dimension nationale maghrébine, africaine, arabe et même humaine», dira M.Bitam.  
Ayant débuté un 9 décembre à la place centrale d’Aïn Témouchent où le président français, le général De Gaulle, devait prononcer son discours sur l’Algérie française, les manifestations de décembre 1960 ont exprimé de façon tranchée le rejet des propositions de la France au sujet de l’avenir de l’Algérie et conforté l’adhésion totale du peuple algérien à sa révolution armée. Pour les moudjahidine et les témoins de l’histoire de la révolution algérienne, les manifestations du 9 décembre  «ont été mûrement préparées par les responsables du FLN pour contrecarrer les visées de De Gaule, depuis l’aéroport de Tlemcen jusqu’à son arrivée à Aïn Témouchent, où il n’a pas pu prononcer son discours sur le perron du siège de la commune».
Amel Saher

---------------///////////////////

Un tournant décisif 

Le peuple algérien célèbre aujourd’hui le 56e anniversaire des manifestations du 11 Décembre 1960. Des manifestations considérées comme un tournant décisif dans l’histoire de la guerre de Libération nationale.
Ces manifestations, qui se sont déroulées principalement à Belouizded (ex-Belcourt) avant de s’étendre à d’autres quartiers d’Alger, pour gagner ensuite la plupart des villes et régions du pays, ont aussi mis à nu, encore une fois, les méthodes de répression barbares utilisées par l’occupant français contre le peuple algérien. En effet, ces événements ont dévoilé au monde entier la réalité criminelle et l’horreur du colonialisme français, et exprimé l’unité du peuple algérien ainsi que sa mobilisation derrière le Front de libération nationale (FLN). Ce jour-là, les Algériens sont sortis dans la rue pour crier leur refus du colonialisme et exprimé haut et fort leur attachement à l’indépendance et à la liberté. Lors de ces manifestations pacifiques, les Algériens ont dit «non» à la nouvelle politique du général De Gaulle qui visait à maintenir l’Algérie comme partie de la France, d’une part, et «non» à la position des colons français qui cultivaient le rêve de l’Algérie française, d’autre part. À travers cette nouvelle tentative désespérée, le général De Gaulle voulait isoler le FLN et les membres du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) du reste du peuple algérien, selon les historiens. Mais, le peuple algérien a encore une fois démontré son remarquable niveau de maturité politique et a déjoué cette manœuvre des dirigeants français de l’époque. Scandant des slogans traduisant l’aspiration du peuple à une «Algérie musulmane et indépendante» et clamant leur soutien au FLN, à l’Armée de libération nationale (ALN) et au GPRA, en brandissant haut les drapeaux algériens, les manifestants ont écrit, en versant leur sang, une autre page glorieuse de l’histoire de la résistance du peuple algérien face au colonialisme français, relèvent des témoins de ces événements. Ces manifestations, réprimées dans le sang par les forces d’occupation françaises, ont fait des centaines de victimes parmi la population algérienne, dont des enfants. Au plan international, les manifestations du 11 Décembre 1960 ont eu également le mérite de faire entendre la voix de l’Algérie au niveau des organisations internationales. En effet, quelques jours après ces événements, l’Assemblée générale de l’ONU adoptait une résolution reconnaissant le droit du peuple algérien à l’autodétermination et à l’indépendance. Les manifestations du 11 Décembre ont eu aussi pour conséquence l’élargissement, à travers le monde, du cercle de soutien à la cause algérienne et à la lutte du peuple algérien pour son indépendance et sa liberté. La célébration du 56e anniversaire des manifestations du 11 Décembre 1960, considérées par de nombreux historiens comme une étape importante dans l’histoire de la guerre de Libération nationale, rappelle la nécessité d’écrire l’histoire de la Révolution pour que les sacrifices du peuple algérien soient connus par les générations montantes. «Notre mémoire historique nous dicte aujourd’hui l’obligation de mettre les vérités et les données des importantes étapes de la guerre de Libération nationale à la disposition des générations montantes», ont estimé des acteurs de cette période.
Salima Ettouahria

---------------///////////////////

La fin des illusions françaises

Durant longtemps encore et pour que la mémoire n’oublie jamais ces actes héroïques du peuple algérien, les manifestations du 11 Décembre 1960 constitueront une étape importante dans le recouvrement de la liberté, spoliée par l’occupant à un peuple plus que jamais décidé à la recouvrer par son expression sans faille à la déclaration du premier Novembre 1954 dans les maquis, mais aussi au cœur même de toutes ces villes qui se soulevèrent pour dire non à la colonisation, oui à la liberté et à l’indépendance.
À Sétif, où les massacres de Mai 1945 étaient encore ancrés dans les mémoires de tous ceux là qui avaient survécu à ce génocide pour avoir revendiqué la liberté et crier à la face du monde ce désir avide d’un peuple qui voulait accéder à son indépendance, alors que l’oppression colonialiste atteignait déjà son paroxysme, ces manifestations du 11 décembre seront une fois encore la preuve indélébile de la détermination d’un peuple qui voulait se défaire à jamais du joug colonialiste et dans son adhésion unanime au mot d’ordre du FLN, faire face au grand jour aux forces colonialistes françaises et mettre fin aux dernières illusions de la France.
De Bab El-Oued d’où les manifestations se propageront à travers le territoire national, Sétif ne fera donc pas exception à ce grand soulèvement populaire contre le colonialisme français et cette grande démonstration de force qui gagnera de nombreuses contrées et, avec cette flamme de Mai 1945 et de Novembre 1954, ravivera le souvenir de massacres sans limites contre des populations innocentes qui investiront la rue et qui, dans un déferlement sans précédent, scandent le droit à la liberté et à l’indépendance.
Pour le moudjahid Djemaoui Lyamine, que nous avons rencontré pour nous en dire davantage, sur ces manifestations et leur portée dans le processus de l’indépendance, ce dernier, alors sous la coupe de Cheikh Laifa dans la Wilaya III, souligne : «Ça a commencé avec la visite du général de Gaulle à Témouchent où il y a eu des manifestations qui s’étaient propagées jusqu’à Alger. C’était, si ma mémoire ne me trahit pas, le 9 ou le 10 décembre. J’avoue que nous avons été pris quelque peu au dépourvu. Cheikh Laifa avait tenu une réunion urgente avec l’état-major de la région et il m’avait chargé des manifestations à Sétif et dans les villages. C’était surtout pour marquer notre présence sur le terrain, faire sortir le peuple dans la rue, mais aussi le canaliser. Nous avons chargé immédiatement des familles de Bougaâ, Aïn Roua, Megress et d’Ouricia aux côtés d’anciens militants, à l’instar de Saâdna Douadi, Saâdna Youcef, Benyelles Mokhtar et Cherif ‘‘El-Garde’’, de même que d’autres militants qui activaient à Sétif, sans oublier d’envoyer sur le terrain des moussebiline en mettant bien l’accent sur Sétif. Comme nous avons agi pour que les populations ne soient pas exposées directement aux représailles de l’armée française. Nous avions donc organisé tout cela, et fait en sorte que ça commence à la cité «Bel Air», et lorsque les forces sont arrivées sur ces lieux, nous avons déclenché simultanément l’action au niveau de la cité «Yahiaoui», ensuite c’était au tour de la cité «Tlidjene», à «Bir Gaillet». Tout était donc éparpillé et l’armée française ne savait plus où donner de la tête. L’organisation était ficelée et nous n’avons pas enregistré de morts, sinon 5 blessés et des arrestations : c’était une manifestation réussie à l’issue de laquelle nous avons pu tenir en échec l’intervention des troupes colonialistes de l’armée française. Une manifestation qui avait duré jusqu’à 16 heures, et l’armée française avait instauré le couvre-feu. Comme je me dois de souligner que les femmes étaient très engagées dans la ville de Sétif, elles étaient même aux premiers rangs. Je considère que c’est un grand mérite, un fait historique même à voir encore toutes ces femmes aux côtés des hommes, brandir l’emblème national et revendiquer à gorges déliées l’indépendance de l’Algérie. Il fallait donc en ces manifestations du 11 décembre que le peuple s’implique. La population a fait état d’une adhésion exceptionnelle. Elle voulait en découdre avec les soldats français. Cette population était bien encadrée par les composantes du FLN et recevait des mots d’ordre avec instruction aux fidayine et djounoud qui étaient rentrés à Sétif de ne pas utiliser leurs armes. Il fallait démontrer que le peuple entier était derrière le FLN et voulait à tout prix sa liberté et son indépendance, proclamant par là même que le FLN était le seul interlocuteur du peuple algérien. Bref, c’était la fin des illusions françaises.»
F. Zoghbi

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions