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La peinture algérienne - les fondateurs, par Ali El Hadj Tahar : Entre histoire et empreintes

Parcours culturel et artistique de nos artistes plasticiens dans le temps depuis l’aube de l’humanité, témoignages de l’activité picturale très féconde des artistes contemporains, nationaux et étrangers sur notre pays, sur sa culture, ses paysages, sa lumière, telle est la thématique du bel ouvrage de Ali El Hadj Tahar, intitulé La Peinture algérienne, les Fondateurs

PUBLIE LE : 16-11-2016 | 0:00
D.R
Parcours culturel et artistique de nos artistes plasticiens dans le temps depuis l’aube de l’humanité, témoignages de l’activité picturale très féconde des artistes contemporains, nationaux et étrangers sur notre pays, sur sa culture, ses paysages, sa lumière, telle est la thématique du bel ouvrage de Ali El Hadj Tahar, intitulé La Peinture algérienne, les Fondateurs
 
Rétrospective très documentée donc et articulée autour de la thématique suivante : d’abord une présentation de la série « La peinture algérienne » dont le présent ouvrage, intitulé « les fondateurs», n’en est que le premier. L’auteur y relate le travail entrepris depuis trente années de recherches et débouchant sur la série en question qui comprend six livres au total : « Les fondateurs », « Abstraction et avant-garde », « La figure et sa présence », « Le signe », « L’art naïf », 
« La Miniature et l’Enluminure ». S’agissant des contenus respectifs de ces ouvrages, l’auteur dit « ne pas se limiter à répertorier les créateurs algériens. Il fait connaitre leurs œuvres, leurs styles et leurs techniques en émettant sur eux un jugement qui soit le plus complet et le plus juste possible ». 
 
Les ancêtres pionniers de l’art pictural en Algérie
 
Ensuite, une introduction à l’ouvrage de plus de quarante (40) pages, laquelle, selon Ali El Hadj Tahar, « est à elle seule un livre dans les deux livres » (le deuxième livre étant intitulé « La peinture algérienne - L’avant-garde »). Ici l’auteur nous fait voyager dans le temps, de l’aube de l’humanité jusqu’à nos jours, en nous rappelant que cet art « se situe sur le même horizon chronologique que l’art européen, vu que des figurines en terre cuite qui ont été découvertes à Mechta Afalou, près de Béjaïa, remontent à plus de 25000 ans avant notre ère ». Les différentes périodes se caractérisent chacune par des « apports et un brassage de cultures, l’altérité étant la caractéristique première du peuple berbère qui a toujours été accueillant mais rebelle face aux injustices. Les édifices romains tout comme l’architecture et les arts musulmans s’inscrivent également dans le moule berbère qui ne se laisse pas défigurer et garde ses principales spécificités, notamment ces signes et symboles amazighs qui remontent à la nuit des temps et qui se perpétuent encore dans tous nos artisanats, du bijou au tapis, en passant par la poterie ».                                                                       
Depuis la brillante civilisation attestée par les fresques et gravures rupestres du Tassili, l’auteur retrace ainsi avec moult anecdotes comment des hommes se sont succédé sur ces vastes territoires situés au carrefour de l’Orient et de l’Occident, de l’Afrique et de la Méditerranée : numides, puniques, maures, vandales, romains, arabes, ottomans. En témoignent à la fois quelques somptueux sites archéologiques (Timgad, Djemila, Tipasa, Cherchell, la Kalaâ des Beni Hammad entre autres, tous classés au patrimoine mondial de l’Unesco.                                                                         
Continuant de retracer l’évolution ultérieure des arts plastiques en Algérie et ce, dans le sillage de la colonisation française, (les peintres de l’Ecole d’Alger), Ali El Hadj Tahar met en exergue l’influence de l’Algérie sur l’orientalisme français : Delacroix, Fromentin, Renoir, Guillaumet, Nasr-Eddine Dinet ou, plus près de nous, Dubuffet… 
L’orientalisme donc, cette fascination de l’Occident face à l’Orient, a, selon l’auteur, été extrêmement riche en Algérie, avec le séjour de plusieurs dizaines d’artistes occidentaux dans notre pays, dont les trois principaux piliers du mouvement, en l’occurrence Delacroix, Chassériau et Fromentin, le premier ayant laissé une œuvre majeure, « Femmes d’Alger dans leur appartement » considéré par un autre peintre, Paul Cézanne, comme « le plus beau tableau du monde ». L’auteur a préféré ajouter aussi Nasr-Eddine- Etienne Dinet, dont l’amour de l’Algérie et du peuple algérien ne se résume pas à sa seule conversion à l’islam.                                                   
 
Les fondateurs de la création algérienne contemporaine
 
Mais, comme en littérature, une nouvelle génération de plasticiens algériens s’impose à partir des années 1920 qui seront, ainsi que le souligne Ali El Hadj Tahar, les fondateurs de la création contemporaine. Grace à la fraîcheur de leur langage pictural qui marque une rupture avec l’académisme qui avait jusque-là imprimé la peinture algérienne, ces artistes qui venaient en fait d’introduire la modernité dans l’art pictural algérien se nomment entre autres, Mammeri, Baya, Benanteur, Samson, Louail, Issiakhem, Ali-Khodja, Khadda, Mesli, Guermaz ou Aksouh, etc. Animés d’une volonté tenace d’émerger sur la scène artistique, ils allaient engager plus avant cette modernité et lui donner un visage. Collectivement et individuellement concernés par la situation politique du pays, ils entendaient concourir à l’algérianité du vingtième siècle. C’est pourquoi ils élaborèrent un discours plastique puisant aussi bien dans l’art vivant de leur jeunesse que dans le patrimoine symbolique inventé et accumulé tout au long de l’histoire culturelle algérienne.                                                    
 
Dans cette longue introduction donc, le livre très documenté de l’auteur rend compte aussi, en dernière partie, de l’histoire de la peinture en Algérie au XXe siècle, du retour à la miniature telle que l’ont symbolisée Mohammed Racim, Temmam, Hamimouna, Ranem, Bendebbah, etc. jusqu’aux activités des groupes Aouchem et Essebaghine…                 
 
Vient enfin  la plus grande partie de l’ouvrage qui est consacrée à la présentation de 26 artistes plasticiens dont on ne peut citer tous les noms, considérés par l’auteur comme les pionniers de l’art ainsi que leurs œuvres majeures, exécutées notamment à travers l’adoption de la peinture du chevalet... Une importante iconographie y accompagne les textes de présentation des artistes répertoriés ainsi que la rétrospective de leurs travaux et les différentes influences qu’ils ont reçues ou exercées durant leur parcours en tant qu’artistes plasticiens.    Ali El Hadj Tahar réalise ainsi avec talent le premier ouvrage de la série « La peinture algérienne, les fondateurs », le dédiant à ce parcours historique qui présente les uns et les autres dans toute la richesse de leurs œuvres, ainsi qu’au courant permanent d’échanges entre les deux rives de la Méditerranée dans les sens nord-sud et est-ouest, courants à la confluence desquels notre pays campe géographiquement et historiquement de façon on ne peut plus centrale.                                                                  
 
K. B.
 
 
Notes : La Peinture algérienne - Les Fondateurs, par Ali El Hadj Tahar. Editions Alpha, Alger 2015, 290 pages 
Bio express
Ali El Hadj Tahar est artiste peintre, poète et journaliste. Entre autres publications : Bettina, une monographie de l’artiste Bettina Heinen Ayech, Poèmes bleus, Encyclopédie de la poésie algérienne de langue française, 1930-2008, 157 poètes, Algérie vaste, captivante, diversifiée, paru en 2009. 
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