Coup d’Etat en Mauritanie : Le Président Sidi Ould Cheikh renversé
Le porte-parole de la présidence mauritanienne, Abdoulaye Mahmadou Ba, a annoncé que des hauts officiers militaires et de sécurité, dont le chef de la garde présidentielle, "démis de leurs fonctions hier par le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, mènent un "coup d'Etat". "Le général Mohamed Ould Abdel Aziz, démis mercredi matin de ses fonctions de commandant de la garde présidentielle du président mauritanien, est le meneur du coup d'Etat", a affirmé le porte-parole présidentiel, cité par des agences de presse. Il a rappelé que le président de la République Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait pris hier matin "un décret nommant quelques nouveaux officiers au niveau de la garde présidentielle, de l'état-major national et la garde nationale".
Le président Cheikh Abdallahi, et le Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, ont été par la suite "arrêtés et détenus" par les ex-officiers supérieurs qui avaient été démis auparavant de leurs fonctions.
M. Abdoulaye a expliqué que "des membres de la garde présidentielle ont arrêté le président à sa résidence, et le Premier ministre à son bureau. Ils ont coupé les téléphones de la présidence" a-t-il encore expliqué.
D'autre part, la radio et la télévision nationale ont cessé d'émettre après que des militaires en eurent chassé le personnel, ont rapporté les agences de presse, citant des témoins oculaires, qui ont fait état de mouvements de troupes à Nouakchott.
Annonce de la création d'un “conseil d'Etat”
Les officiers supérieurs qui ont mené un coup d'état ont annoncé la création d'un "conseil d'Etat" et l'annulation des dernières nominations au sein des forces armées décidées par le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, dans un communiqué reproduit par la télévision d'Etat.
Le "conseil d'Etat" est dirigé par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, indique le communiqué lu par le ministre de la Communication Abdellahi Salem Ould El Moualla sur la chaîne de télévision. Le texte précise que le décret sur les nominations présidentielles est "nul et sans effet", sans autre précision sur la composition du conseil d'Etat.
Le président avait, rappelle-t-on, annoncé auparavant la nomination par décret du colonel Abdarrahmane Ould Boubacar au poste de chef d'état-major de l'armée, et le colonel Mohamed Ahmed Ould Ismail comme chef d'état-major particulier du président mauritanien.
Par ailleurs, l'aéroport international de Nouakchott a été fermé, mais les frontières restent toujours ouvertes, a affirmé hier un responsable sécuritaire.
"L'aéroport est fermé. Je pense qu'il l'est pour un moment, le temps pour les nouvelles autorités de s'organiser.
Les frontières n'ont pas été fermées et les communications téléphoniques nationales et internationales n'ont pas été coupées", a déclaré la même source. Selon ce responsable sécuritaire, aucun acte de violence n'a été enregistré jusqu'à maintenant.
Bruxelles menace de suspendre son aide
La Commission européenne condamne le coup d'Etat militaire en Mauritanie et pourrait suspendre son aide financière à ce pays, a déclaré hier le commissaire européen au Développement Louis Michel. "Cette situation risque de remettre en question notre politique de coopération avec la Mauritanie dans le cadre de laquelle nous venons de finaliser avec le gouvernement mauritanien un programme d'appui de 156 millions d'Euro pour la période 2008 - 2013 en complément de l'assistance déjà en cours", a prévenu M. Michel.
Le commissaire européen a "condamné fermement cette action militaire et appelé au respect de la démocratie et du cadre institutionnel légal mis en place depuis 2007 en Mauritanie". Il a aussi "exprimé son souhait que le président et le Premier ministre retrouvent rapidement leur liberté et leurs fonctions".
Des membres du parti présidentiel obligés de quitter leur siège
Des membres du parti présidentiel en Mauritanie, le Pacte national pour la démocratie et le développement (PNDD), ont été obligés hier par la police à quitter leur siège, a affirmé un responsable du PNDD. "La police est venue investir notre siège et nous a donné l'ordre de sortir. Nous avons refusé, exigeant une décision officielle. Ils ne nous ont pas écoutés et nous ont obligés à partir", a déclaré à la presse le secrétaire-général du PNDD, Ahmed Ould Khairou.
Arrestation de ministres et proches du président déchu
Des proches du président mauritanien Sidi Ould Cheikh Abdallahi ainsi que plusieurs ministres ont été arrêtés par des militaires après le coup d'Etat, a-t-on indiqué de source militaire. Selon cette source, plusieurs ministres dont celui de l'Intérieur, Mohamed Ould R'Zeizi, ont été arrêtés après le coup d'Etat qui a renversé le régime du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Les militaires ont également mis aux arrêts deux personnes proches du président déchu, il s'agissait du directeur de l'agence nationale pour l'accueil et l'insertion des réfugiés rapatriés du Sénégal et du Mali (ANEIR), Moussa Fall, et le vice-président du parti au pouvoir (PNDD), Ahmed Ould Sidi Baba, qui est également à la tête du Conseil économique et social. La presse locale, a rapporté pour sa part, que deux nouveaux directeurs ont été désignés pour diriger deux médias publics: la télévision nationale et Radio Mauritanie.
L'UA condamne et rejette tout changement anticonstitutionnel
L'Union africaine (UA) a condamné hier le coup d'Etat et décidé de dépêcher à Nouakchott le Commissaire à la paix et à la sécurité, l'ambassadeur Ramtane Lamamra. "L'Union Africaine, qui, en collaboration avec ses partenaires au sein de la communauté internationale, a fortement accompagné le processus de retour à l'ordre constitutionnel et appuyé la transition remarquable qui a conduit à la mise en place d'institutions démocratiques en Mauritanie en mai 2007, condamne ce coup d'Etat et exige le rétablissement de la légalité constitutionnelle", souligne un communiqué de l'UA. Le Président de la Commission de l'UA, Jean Ping, "suit avec une grave préoccupation l'évolution de la situation en Mauritanie" et "réitère le rejet par l'UA de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement et de toute tentative de prise du pouvoir par la force", ajoute le texte. Le Président de la Commission de l'UA "a décidé de dépêcher immédiatement à Nouakchott le Commissaire à la paix et à la sécurité (CPS), l'ambassadeur Ramtane Lamamra, pour s'enquérir de l'évolution de la situation et aider à promouvoir un règlement pacifique de la crise", conclut le communiqué.
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