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Enseignement supérieur : L’université algérienne face aux nouveaux défis

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image Ph. T. Rouabah

A l'heure de la technologie de pointe, de la bonne gouvernance et des génies de la finance, un marché mondial de la compétence a vu le jour. La ressource humaine qualifiée est devenue une richesse convoitée par tous les pays. De  ce fait, les établissements de «fabrication du savoir» requièrent une importance stratégique. C'est ce qui ressort d'ailleurs de la visite d'inspection et de travail du Président de la République qui a eu lieu mardi dernier à Blida, et au cours de laquelle il a  procédé à la  pose de la première pierre d'un pôle universitaire à El Affroun.
Ce projet qui s'étend sur une superficie de 200 hectares  comprend 4 instituts qui abriteront les filières des sciences sociales et humaines, les  sciences juridiques et administratives, les sciences économiques ainsi que les  filières professionnalisantes dans le cadre de la nouvelle architecture des enseignements supérieurs. 
D'une  capacité d'accueil de 27.000 places  pédagogiques,  ce pôle dispose d'une résidence universitaire de 15.000 lits, d'une bibliothèque centrale,  d'un rectorat, d'un auditorium de 600 places ainsi que de trois centres de soutien  à la pédagogie, selon les explications fournies au Président de la République.         
Ce pôle comprend également un centre d'enseignement intensif  des langues, un centre d'audiovisuel et un centre de reprographie. Ayant nécessité  une enveloppe de 2,8 milliards de dinars, il est venu à point nommé pour  alléger la pression exercée sur l'université Saâd-Dahleb de Blida.   
L'Algérie dispose actuellement d'une soixantaine d'établissements universitaires accueillant plus d'un million d'étudiants. Chaque année, environ 120.000 diplômés sortent de l'université et plus de 300.000 y entrent. Une évolution quantitative importante qui va de pair avec l'augmentation du nombre d'étudiants. Ceux-ci étaient de          23.416 en 1971, 372.647, en 1998 et atteignent actuellement 952.699 étudiants. Il faut savoir que sur cette masse d'étudiants, plus de 46% sont hébergés en résidences universitaires et 81% sont boursiers. Pour accueillir cette population estudiantine, des efforts considérables ont été consentis en matière d'infrastructures universitaires. Sur le plan des places pédagogiques, les capacités ont crû d'une manière importante. De 356.400 en 1998, elles ont atteint 806.000 à la rentrée universitaire 2007/2008. Pour ce qui est de l'hébergement, le nombre de lits a plus que doublé durant la même période (163.300 en 1998 et 373.400 en 2007/2008) répartis à travers 219 résidences universitaires.
Pour le premier trimestre 2008, 35 nouvelles résidences seront réceptionnées, selon le MESRS. Malgré ce bond quantitatif en infrastructures d'accueil et en enseignants, le déficit reste important, d'autant que les prévisions faites par le ministère, à l'horizon 2009, font état de 1,4 million d'étudiants qui occuperont les bancs des universités.
Certes, en  termes de chiffres les statistiques de l'enseignement supérieur algérien sont impressionnantes, mais ce n'est pas le cas, quant à la qualité de la formation.
La meilleure université algérienne (celle de Tlemcen) est classée à la 39e place sur le plan africain et 6.995e (sur 7.000) au niveau mondial. Cette situation serait due, selon des experts, à la politique adoptée dans les années 1980 qui a favorisé la quantité aux dépens de la qualité.
La démocratisation irréfléchie des études universitaires, adoptée en ce temps, a certes permis à toutes les franges de la société de poursuivre des études supérieures, mais, en contrepartie, elle a occasionné une dégradation importante des conditions pédagogiques. Surcharge des amphithéâtres et des salles de cours, désertion des enseignants, baisse des subventions pour chaque étudiant...
Face aux défis auxquels est confrontée l'Algérie, à savoir  l'ouverture à l'économie de marché, l’Accord d'association avec la communauté européenne, prochaine adhésion à l'OMC..., il était devenu urgent de revoir toute la politique de l'enseignement supérieur.
Une nouvelle stratégie générale fut alors engagée dès 1998. Celle-ci a eu pour cible trois axes majeurs : la réforme de la gestion de l'université, celle des enseignements du supérieur ainsi que celle de la réforme de la fonction publique.
En termes de nouveauté, la principale modification reste l'introduction du système LMD lancé depuis 2004 dans une dizaine d'établissements universitaires. En vigueur dans les pays anglo-saxons, puis adopté dès 1998 par les Européens, ce système vise à uniformiser les diplômes, favoriser la libre circulation des compétences et permet d'adapter la formation en fonction des exigences du marché du travail.
A la rentrée universitaire précédente, sur 270.285 nouveaux inscrits à l'université, seuls 79.989 ont souscrit au LMD, soit 30% des effectifs. Cette année, le taux approche les 50%. Les  responsables du ministère de l'Enseignement supérieur  organisent, en marge des inscriptions universitaires, des journées portes ouvertes sur l'université algérienne, pour attirer les réticents vers ce nouveau système international.
S'agissant de l'encadrement pédagogique après la véritable saignée qu'a connue l'université en matière d'enseignants, particulièrement durant les années 1980 et 1990, le ministère essaie par tous les moyens d'attirer les compétences. Ainsi, de 1.718 en 1971, le nombre d'enseignants universitaires est passé à 16.260 en 1998, puis à 31.614, dont 40% de maîtres assistants contre 7% de professeurs en 2007/2008. En moyenne, il y a approximativement 1 enseignant pour 29 étudiants.
Le programme quinquennal 2004-2009 prévoit la réception de 500.000 places pédagogiques et de 12 nouveaux pôles universitaires. Proportionnellement à l'évolution du nombre d'étudiants, cela reste insuffisant, bien que l'enveloppe consentie par l'Etat soit conséquente : 120 milliards de dinars pour le programme quinquennal, 521 milliards de dinars pour le budget de fonctionnement. L'enveloppe allouée au secteur de l'enseignement supérieur représente environ 6% du budget de fonctionnement de l'Etat et 1,4% du PIB.
Mais l'enseignement n'est pas seulement tributaire de moyens matériels. La recherche et l'encadrement sont des conditions sine qua non pour une université compétitive. Sur ce volet, en plus de la mise en place de pôles d'excellence (11 grandes écoles), le MESRS s'est engagé dans nombre d'accords de coopération internationale à l'image du projet Tempus, du programme de coopération inter-universitaire avec l'Espagne ou le Québec. Cela permettra la réinsertion de l'université algérienne dans la communauté universitaire mondiale.
Devant toutes ces mutations, le secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, à l'image de celui de l'éducation nationale, est en plein chantier. Si le temps du bilan pour le programme quinquennal qui s'achèvera en 2009 n'est pas encore venu, le seul constat que l'on peut retenir est que beaucoup a été fait, mais que beaucoup reste à faire.
Sarah SOFI

 

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