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Presse écrite : Informer ou entreprendre ?

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Réunis à  Barcelone (Espagne) pendant  deux jours, durant la dernière semaine du mois de mai, pour débattre de l’avenir de la presse sur support papier,  les dirigeants des principaux journaux de la planète ont rallumé l’espoir de voir la presse papier se maintenir et s’offrir de belles perspectives en dépit des prophéties les plus pessimistes qui lui prédisent  une mort certaine  dans un peu plus d’une dizaine d’années,
dans le meilleur des cas.

L’avenir ne s’annonce pas sous de bons auspices  pour les journaux de la presse écrite taraudés par l’exigence d’une intégration dans le monde numérique, où Internet tend à se substituer au classique journal en papier, sans montrer, à ce jour, de modèle économique suffisamment fiable pour consolider la presse en ligne. D’un autre côté se sont les revenus publicitaires qui ne cessent de s’éroder dans une tendance aggravée par la récente crise financière mondiale qui a rétréci  l’offre publicitaire.  Sans s’attarder sur le développement prodigieux, notamment en Europe, de la formule de la presse gratuite dont les parts de marché augmentent inexorablement. Pourtant les patrons de journaux, réunis par l’Association Mondiale des Journaux, en Espagne, ont abordé la problématique sous un angle plus optimiste en clamant, expériences à l’appui, que  tout n’est pas joué. Même le magnat australien, réputé papivore, Robert Murdoch pense que l’avenir de la presse n’est plus dans le papier. Ce dernier possède un véritable empire médiatique d'ampleur globale, comprenant de nombreux sites Internet - IGN Entertainment, AskMen, Rotten Tomatoes - un grand nombre de journaux, dont le New York Post aux États-Unis et The Times au Royaume-Uni. Il possède également un réseau de télévision incluant la chaîne Fox News.
Propriétaire du site communautaire MySpace, Rupert Murdoch l'a acquis durant l'été 2005 contre 580 millions de dollars. Le site est maintenant estimé à 12,3 milliards de dollars d'après L'Expansion. Fin juillet 2007, Rupert Murdoch rachète le Wall Street Journal pour 5 milliards de dollars US. « L'avenir des journaux est à chercher dans le numérique », a estimé jeudi le magnat de la presse Rupert Murdoch cité par l’agence France presse (AFP), ajoutant « qu'il faudrait 10 à 15 ans pour que les lecteurs abandonnent complètement le papier. »
A l'avenir, "au lieu d'un journal imprimé sur papier, on pourra l'avoir sur des supports mobiles qui capteront l'intégralité du contenu du journal par les airs et seront mis à jour toutes les heures ou toutes les deux heures". "Je pense que cela mettra deux ou trois ans à se généraliser et que le public mettra probablement 10 ou 15 ans à basculer complètement", a-t-il dit.
Tournant le dos à ces prédictions, un rapport de l’association mondiale des journaux distribué lors de la réunion de Barcelone, avance des chiffres sur une évolution positive de la presse écrite. La vente des journaux dans le monde a augmenté de 1,3% en 2008 avec près de 540 millions d'exemplaires quotidiennement, en dépit du contexte de crise économique et financière, lit-on dans ce rapport  repris  par l’AFP.


Les chiffres contredisent des analyses

Selon un document distribué en marge de la  réunion de Barcelone sur la situation du secteur en période de crise, l'AMJ a précisé, dans son rapport annuel « tendances de la presse mondiale », que les chiffres contredisent « les analyses simplistes et fallacieuses » qui augurent de « la mort des journaux. L'augmentation mondiale de la vente des journaux est due principalement aux marchés des pays en voie de développement, a relevé l'AMJ, notant que les pays développés enregistrent une chute constante des ventes, compensée par la presse digitale qui attire de plus en plus d'audience, souligne la même source. Le rapport 2008 de l'AMJ fait état de l'intérêt grandissant pour les journaux gratuits, indiquant que l'Europe est le continent où ce secteur se développe d'une façon rapide. En effet, plus de 23%  des journaux distribués dans le vieux continent ont été gratuits.
L’optimisme volontariste de l’AMJ ne semble tenir devant les chiffres sur le secteur de la presse écrite rudement secoué par la crise.  Dans un article du New Yorker intitulé “Out of Print : The Death and Life of the American Newspaper” publié récemment, l’état de la presse écrite aux Etats-Unis se résume ainsi :  « moyenne d’âge des clients : 55 ans ; une confiance dans le produit tombée à 20% ; une valeur boursière en baisse de 42% depuis 3 ans ; un quart des jobs supprimés en moins de 20 ans ». Un constat particulièrement renforcé durant le second semestre de l’année écoulé qui a vu la presse américaine procéder à de massives vagues de licenciements. Le groupe Gannett, le plus important des Etats-Unis (46.000 employés), avait alors  annoncé 3.000 départs en décembre, soit 10% de ses salariés de la presse quotidienne. Gannett c’est USA Today, le premier quotidien américain de diffusion nationale mais aussi 84 journaux régionaux, 900 magazines et 32 chaines de télévision. Gannett avait déjà organisé une vague de 1.000 départs en août dernier, mais sur une base volontaire. Le Los Angeles Times (groupe Tribune) a annoncé avoir atteint son objectif de 10% de suppression de postes de journalistes avec 75 nouveaux départs volontaires. La rédaction  du premier quotidien de la côte Pacifique est maintenant de 660 journalistes, ils étaient 1.200 en 2001.  Le Christian Science Monitor, le prestigieux quotidien centenaire publié à Boston, a lui annoncé qu’il renonçait à son édition papier dans la semaine, pour ne garder que la version internet et l’édition papier du weekend. Ce changement de format s’accompagnera d’un certain nombre de départs dans sa  petite rédaction de 95 journalistes. Il prévoit de perdre 18,9 millions de dollars pour le budget en cours, qui seront couverts à hauteur de 12 millions par son propriétaire, la Christian Science Church.    
L'Irlandais Gavin O'Reilly, président de l'Association mondiale des journaux (AMJ) ne veut pas en démordre et soutient que le phénomène est circonstanciel et ne correspond pas à une tendance lourde, irréversible. Les ventes de journaux ont diminué en Europe et surtout aux États-Unis (-3,7%), mais elles ont progressé en Afrique, en Amérique Latine et en Asie, où se trouvent les trois plus grands marchés, Chine, Inde et Japon, explique l’AMJ. La baisse de la publicité dans la presse écrite a atteint 5% globalement en 2008 et devrait s'accentuer en 2009, mais ce secteur va «rebondir» dès que la crise sera passée, selon M. O'Reilly.

Quelles sont les perspectives de relance ?

La réunion de Barcelone aura été l’occasion pour les responsables de journaux de partager cet optimisme et d’entrevoir les perspectives de relance de la presse écrite sur support papier, par des stratégies intelligentes.  Cité en exemple, l’expérience du journal sud africain le Daily Sun, semble faire des émules dans la profession.  Créé en 2002 en Afrique du Sud, ce journal devenu en six ans le premier quotidien du pays avec un tirage de 500.000 exemplaires et un lectorat très identifié. "Notre cible était les jeunes travailleurs urbains qui ne lisaient pas de journaux" et le Daily Sun répond à leurs "besoins spécifiques" d'information sur la vie quotidienne, sans vouloir tout couvrir, a expliqué jeudi un de ses responsables, Fergus Sampson, cité par l’AFP. Partant de cette initiative, l'idée de "niche" éditoriale, permettant de trouver ou de fidéliser des lecteurs, est mise en avant par l'AMJ, qui conseille aux journaux de multiplier les suppléments thématiques et de choisir des thèmes bien ciblés. Des  conseils déjà mis en œuvre, par ailleurs, par l'Arizona Republic, 10e quotidien américain (400.000 exemplaires) qui semble avoir opté pour cette stratégie de la diversification mise en place, avec 24 produits différenciés, pour consolider sa diffusion, en l'accompagnant d'un système original de portage individualisé. Le journal et ses distributeurs disposent d'un logiciel spécifique - Softbook - permettant de déposer devant chaque abonné avant 6h00 du matin un quotidien pratiquement à la carte, sans donner tout à tout le monde. Autre piste examinée, celle du changement de format à l’instar du grand quotidien coréen JoonAng Ilbo, vendu à 1,8 million d'exemplaires, avec  64 pages, mais qui a réduit de 90 à 76 millions de dollars sa facture de papier en passant récemment au format berlinois (inventé par le quotidien allemand Berliner Zeitung) Ce changement, longuement préparé, a en outre permis d'augmenter de 30% la productivité au sein du journal, qui a conservé ses 322 journalistes, a précisé son directeur pour la stratégie, Jeong Do Hong. Il a été également de l’option prise par les quatre grands groupes de presse néerlandais qui espèrent pour leur part économiser 30 millions d'euros par an en regroupant leur distribution, en coopération avec la poste locale.
Indubitablement la presse écrite est à un tournant existentiel crucial. « Les journaux donnent l'impression d'être de moins en moins des entreprises rentables et de plus en plus des causes perdues », constate le « Financial Times » dans son grand éditorial. Aux Etats-Unis, des fleurons comme le « New York Times » et le « Washington Post » s'interrogent sur leur propre survie. Même Google, dont les services d'information en ligne sont « à tort » accusés d'être responsables des difficultés de la presse papier, s'intéressent à leur avenir avec comme objectif, comme le dit au « Financial Times » son directeur général, Eric Schmidt, « de les aider à s'adapter à Internet plutôt que de les racheter ».
Pour le quotidien britannique, dire que les difficultés de la presse sont une menace pour la démocratie est exagéré. Internet a réduit les marges bénéficiaires de la presse écrite, mais a en même temps créé de nouvelles formes d'informations et de commentaires. Le monopole des journaux à la fin du XXe siècle sur les petites annonces « était une anomalie ». Avant, on détenait un journal pour son pouvoir et non pas pour défendre la démocratie. Au XVIIIe siècle, la presse était aussi engagée politiquement qu'une bande de bloggers d'aujourd'hui. Mais le « FT » continue à défendre le principe de base de l'économie de marché. Car si les gens veulent vraiment quelque chose, ils sont prêts à payer. « Si aujourd'hui les propriétaires de journaux n'arrivent pas à convaincre leurs lecteurs de les acheter, ils seront chassés par d'autres personnes qui, eux, en sont capables. ».
Alors faut il se limier à cette philosophie typiquement anglo saxonne du laisser faire est espérer que la presse écrite finira par trouver ses marques, ou faire jouer la dimension de service public de l’information, le droit du citoyen à l’information pour autoriser le recours aux subventions et autres aides publiques pour tenter, peut être en vain,  de mettre fin à ce cycle tumultueux ?
K. T.

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