L'émigration algérienne en France a eu une part "importante" dans la naissance des idées d'indépendance
L'émigration algérienne en France était à l'avant-garde du combat émancipateur et a eu une part "importante" dans la naissance des idées d'indépendance, a affirmé, jeudi à Alger, le sociologue Aïssa Kadri, professeur aux universités d'Orléans et Paris VIII.
Le professeur Kadri, qui a intitulé son intervention au colloque sur les luttes politiques de l'immigration (1954-1962), "l'émigration algérienne dans les luttes : perspective socio-historique", a souligné l'importance de la thématique de la rencontre, relevant le rôle de l'émigration dans le combat émancipateur du peuple algérienne et sa part "importante dans la naissance des idées nationalistes ayant conduit à la guerre de libération nationale.
"L'émigration a été vraiment à l'avant-garde dans la cristallisation des idées de l'indépendance et la création du mouvement nationaliste radical", a-t-il ajouté à ce sujet.
S'interrogeant sur le degrés d'autonomie de l'émigration dans son action, par rapport au mouvement national et, aussi, vis-à-vis de la construction de l'Etat-nation, le professeur Kadri a estimé que l'émigration n'a pas été autonome dans les deux cas. Elle a été phagocyté dans le mouvement national, voire instrumentalisée par ce mouvement".
Tout en expliquant les trois phases ayant marqué l'émigration algérienne en France, il a mis l'accent sur l'augmentation du nombre d'émigrés algériens en France, à partir de la Première Guerre mondiale, jusqu'aux années 1950 et 1960, où le nombre d'Algériens installés en France a été estimé à 300.000.
Le professeur Kadri a évoqué, ensuite, ce qu'il a appelé l"'ambiguïté" d'affiliation de l'émigration qui est restée organisée autour de considérations liées aux origines géographiques, à savoir le village, la localité ou la région et les considérations "ouvriéristes" liées à l'espace syndical et le milieu du travail.
Pour le sociologue Kadri, la guerre de libération nationale a eu des effets sur les rapports de l'émigration aux ouvriers et mouvements syndicaux de la métropole qu'il a qualifiés d'"alchimie" où des tensions avaient fait leurs apparitions.
De son côté, Laure Pitti de l'Université de Paris VIII, a relevé, dans sa conférence intitulée "l'internationalisme en question. Ouvriers algériens et ouvriers français durant la lutte de libération nationale en métropole", la double répression que subissaient les ouvriers algériens engagés dans le combat libérateur de leur pays, à savoir la répression policière et celle de la direction des usines où ils travaillaient.
Elle a mis l'accent, dans ce contexte, sur le vote par le parlement français, des pouvoirs spéciaux qui, a-t-elle dit, entraînera des tensions sur les lieux du travail. L'universitaire Laure Pitti a mis en exergue, dans ce cadre, la différence dans la perception de l'internationalisme chez le Parti communiste français (PCF) et le militants de gauche en général.
C'est ainsi qu'elle a indiqué que si pour le PCF, l'internationalisme doit être garant des intérêts nationaux, pour une autre partie de la gauche, y compris des militants du PCF, l'internationalisme doit être conséquent et révolutionnaire, autrement dit, il doit plaider pour l'émancipation des autres peuples du joug du colonialisme. Le professeur de l'université de Leeds (Grande-Bretagne), James House, qui a publié un livre sur les manifestations du 17 octobre 1961 et leur répression, s'est interrogé sur le "mutisme" ayant entouré la répression "sauvage" des manifestants et le "silence" de la gauche dite modérée sur "événements".
Tout en se référant aux travaux de l'historien Jean-Luc Einaudi qui a, pour la première fois, mis en exergue l'ampleur "paroxystique" de la répression des manifestants à Paris, le professeur House a indiqué que "la violence exacerbée" des policiers avait commencé "bien avant les manifestations", l'a situant vers le début du mois d'août 1961.
Il a relevé, dans le même contexte, la mise en place d'un dispositif d"'occultation" des responsabilités de la répression, semblable, a-t-il dit, à celui ayant accompagné les massacres en Algérie, en plein guerre de libération nationale.
Traitant d'un sujet relatif à l'apport de la femme algérienne de l'émigration au combat libérateur, l'universitaire algérienne Linda Amiri, mis l'accent sur la participation des Algériennes aux manifestations du 17 octobre 1961.
Tout en estimant qu'il est erroné d'occulter l'apport des immigrés installés dans d'autres provinces en France, notamment, à la création du deuxième front qui s'est soldé par des attentats à l'intérieur même des territoires de la puissance coloniale, elle a cité plusieurs attentats ayant été l’œuvre de femmes émigrées, à l'instar de celui ayant ébranlé la ville de Marseille.
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