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La grève des 8 jours en 1957 avait pour but de faire entendre la voix du peuple algérien

image Photos : Billal

A l’initiative de l’Association Machaâl Chahid, en coordination avec El Moudjahid, commémoration de l’anniversaire de la grève des huit jours avec la participation de M. Yacef Saâdi

Une portée politique considérable pour la suite de la lutte de Libération nationale

A l’initiative de l’Association Maachal Chahid, en coordination avec El Moudjahid, a eu lieu au Centre de presse de la publication, une rencontre commémorative de la grève des huit jours qui a été déclenchée par le FLN du 28 janvier, au 4 février 1957 en prévision de la tenue de l’Assemblée générale des Nations unies qui devait débattre de la question algérienne. La rencontre a vu la participation du colonel Yacef Saâdi, principal acteur et animateur de la grève historique des huit jours. Avant l’intervention du héros de la bataille d’Alger.
Ce fut Me R’kila, juriste et féru d’histoire, qui aura dans une brève introduction à situer le contexte dans lequel a été décidé la grève des huit jours, contexte particulièrement difficile, dit-il, dans une guerre d’influence dans laquelle l’armée coloniale voulait peser de tout son poids, avant qu’elle ne soit mise en échec par l’organisation mise en place par le FLN qui facilita d’ailleurs la tenue de la grève.

Alger, “ville morte”

Le FLN avait décrété Alger “ville morte” durant la grève. C’était là le mot d’ordre qui concerna les autres régions du pays. Alger de part son statut, bénéficie de moyens supplémentaires pour contrer la propagande colonialiste et faire en sorte que la portée de la grève soit répercutée jusqu’aux Nations unies. Dans son intervention M. Yacef Saâdi rappela que l’idée du déclenchement d’une grève avait fait débat  dans les sphères dirigeantes de la Révolution armée, avant que ne soit décidée sa tenue. L’orateur a décrit alors dans le menu détail, les préparatifs au niveau de la réunion d’Alger, la coordination à ce sujet avec Larbi Ben M’hidi et Abane Ramdane, la mobilisation de toutes les forces militantes pour faire aboutir un projet politique aussi important que déterminant, la Casbah, comme centre nerveux de la préparation.

Un moment favorable

Pour les initiateurs de la grève, il s’agit d’un moment particulièrement favorable pour porter haut le message de la lutte de libération nationale, puisqu’elle devait débuter avec l’ouverture de la session de l’Assemblée générale des Nations unies. Les relais diplomatiques mis en place par la Révolution algérienne, l’appui des pays frères et amis devaient contribuer à ce que le message atteigne son objectif, pour faire entendre aux pays membres de l’Assemblée générale des Nations unies, les souffrances et les sacrifices du peuple algérien, la grandeur de sa lutte. Le succès de la grève devait contribuer puissamment à convaincre de la légitimité de la lutte.
Il fallait donc préparer très soigneusement cet événement historique dans le déroulement du combat libérateur. Yacef Saâdi en fut le chef d’orchestre.

Mobilisateur et tacticien


Parfait mobilisateur des foules, habile tacticien, meneur d’hommes, le héros de la bataille d’Alger a été à l’origine de l’application précise des consignes venues du FLN et du parfait déroulement de la grève. En relatant ces péripéties, on sentait l’orateur gagné par l’émotion à l’évocation des énormes sacrifices qui ont été consentis pour vaincre la brutalité et les crimes de l’armée coloniale. Il était clair que la seule ville à supporter le poids d’une pareille entreprise, relève l’orateur, était Alger. Il fallait passer aux actes et veiller à la sécurité de la population en ne la laissant pas seule aux prises avec l’administration et l’armée coloniales. Il fallait donc gérer la situation avant même le déclenchement de l’opération, et d’abord les rumeurs qui circulaient déjà dans les milieux d’Alger quant à l’imminence d’une grève et que le pouvoir colonisateur ne profite pas de la situation pour organiser l’échec. Quelle période choisir pour la tenue de cette grève, et comment devrait-on procéder ? Telles furent les questions à résoudre, note M. Yacef Saâdi, chargé de la conduite et du succès de cette grève.

Début de la grève et ouverture de l’AG des Nations unies

Le début de la grève sera celui du jour où s’ouvrira la session de l’Assemblée générale des Nations unies. La symbolique était grande avec la certitude que l’écho sera puissamment relayé. Il fallait mobiliser la population, notamment les 80.000 habitants de la Casbah, mais aussi des autres quartiers d’Alger. Il fallait impliquer directement la population et faire échec à la propagande colonialiste à partir de laquelle le sinistre général Massu menaçait d’affamer les quartiers habités par les Algériens (les colons disaient les quartiers musulmans), si la grève devait avoir lieu. On devait ainsi parer au pire et au plus pressé, relève Yacef Saâdi. Larbi Ben M’hidi remit à Yacef Saâdi une enveloppe contenant 10 millions de l’époque pour couvrir tous les besoins.

10 millions remis par Ben M’hidi

L’orateur note que cette somme, qui était la bienvenue, ne pouvait être cependant suffisante, mais il fallait composer avec. La grève entrait ainsi dans sa phase active, en termes de préparation. Yacef Saâdi fut chargé de toute l’opération. Tu connais Alger, me rappellent les représentants des initiateurs du projet. Yacef Saâdi et ses compagnons avaient alors décidé de travailler en silence pour ne pas attirer les indicateurs toujours à l’affût d’informations, pour ne pas compromettre l’organisation déjà en place et en premier la sécurité des approvisionnements, constitués en prévision du déclenchement de la grève. Yacef Saâdi reconnaît qu’en examinant la situation, il reconnaissait qu’il lui était difficile d’appréhender la suite des événements. L’orateur reconnaît que la tâche était écrasante, passant de la gestion d’un secteur militaire et hériter d’une responsabilité qu’on n’était pas spécialement qualifiés à entreprendre.

Responsabilité et détermination

Il fallait, néanmoins, faire preuve de responsabilité et de détermination, d’engagement. Yacef Saâdi parla d’insurrection froide, c’est-à-dire sans usage de la violence. Il avait utilisé aussi le terme de “bras croisés”, mais événement suffisamment imposant pour porter le message de la Révolution algérienne aux quatre coins du monde. La question se posait de savoir comment ne pas perdre le bénéfice de l’élan pris par la lutte armée et la gestion de la grève.
Toutes ces questions pouvaient laisser penser à des réponses des instances dirigeantes de la Révolution. Mais le temps pressait et il fallait entrer en action, déclencher le processus et rectifier le tir à l’occasion. Yacef Saâdi relate alors la mobilisation qu’il entreprit d’organiser pour informer la population.

L’engagement des femmes artistes

Il se retourna vers les femmes artistes, qui étaient très connues dans le pays (Aouichet, Fadéla Dziria et d’autres encore) pour sensibiliser la population en lui portant le message et le mot d’ordre de grève, celle-ci décrétée par le FLN. C’est un véritable travail de fourmi qui fut entrepris dans notre zone de repli, que constituait le domicile d’un certain Boutaleb, en plein cœur de la Casbah, où furent réunies une trentaine de femmes artistes, qui ne connaissaient pas avec exactitude l’ordre du jour de la rencontre, note l’orateur, pensant, dit Yacef Saâdi, à un possible enrôlement dans le réseau des poseuses de bombes.  Mais cela était impossible, car ces femmes artistes, à travers leur activité, étaient trop connues par l’administration coloniale.
Je leur expliquais qu’on avait besoin de leurs services très précieux dans les circonstances qui prévalaient pour porter auprès de la population le message du FLN sur la grève des huit jours. Un ordre de mission leur a été délivré avec cachet du FLN pour pouvoir aller de domicile en domicile, accès facilité par leur statut. Il s’agit de femmes artistes particulièrement connues. Elles jouissaient d’une grande audience et d’un imposante popularité. L’idée de mobiliser ces artistes avait germée dans nos esprits, relève Yacef Saâdi.

Une initiative réussie

Ce fut un coup réussi. La mobilisation de ces femmes artistes se fit à la suite d’un léger briefing. Il vous revient de procéder au recensement des familles nécessiteuses pour les mettre à l’abri du besoin, leur ai-je dit, pour la durée de la grève, note Yacef Saâdi. La priorité accordée aux nécessiteux l’a été pour ne pas donner l’occasion à l’administration coloniale d’exploiter la situation.
Des bons d’achat avaient été préparés et remis au groupe d’artistes. Ces bons d’achat portaient le cachet du FLN. Les commerçants acceptèrent ces bons et participaient à cet élan, car faisant eux-mêmes don d’un partie des marchandises livrées aux bénéficiaires.
Des consignes furent  données à la population pour ne pas circuler durant les journées de grève dans les  quartiers habités par les Européens. Il fallait éviter tout rassemblement. Il avait été décrété l’arrêt de la lutte (attentats, etc.). Les possesseurs d’armes devaient les remettre aux instances désignées à cet effet, sauf pour les fidayine qui faisaient l’objet d’avis de recherche de la part de l’administration coloniale. Il fallait en effet leur laisser le soin de se défendre en cas de nécessité. Il avait été demandé aussi d’héberger les pauvres, les mendiants, les sans-logis. Les femmes artistes missionnaires se mirent tout de suite à la tâche. A mesure que les préparatifs s'accéléraient on sentait la fièvre monter. Un fait à noter c’est la ruée des Pieds Noirs vers les magasins d’alimentation pour constituer des provisions en prévision du déclenchement de la grève.
Ils harcelèrent les services de la préfecture de police pour se faire délivrer des permis de port d’armes. Il fallait donc réagir à ces agissements. 

90 attentats pour le seul mois de décembre


Il y a eu 90 attentats, note Yacef Saâdi, durant le seul mois de décembre, tout cela pour provoquer une psychose et obliger les Pieds Noirs à rester chez eux. L’atmosphère était lourde, reconnaît l’orateur. Nous nous préparions à une paralysie volontaire de la situation. Il nous fallait aussi entrer dans une clandestinité intégrale. Comment s’est déroulée la première journée de la grève, pose la question l’orateur en y apportant la réponse qui est celle d’un acteur attentif à tout ce qui se passait dans la ville.

Le silence était total

Le silence était total, le matin de très bonne heure à l’heure où les travailleurs avaient l’habitude de se rendre à leur travail. Je sentais que le pari que l’on avait engagé était déjà gagné, relève l’orateur qui rappelle qu’une grande effervescence régnait dans les quartiers populaires à la veille du déclenchement de la grève. Dans la nuit, l’armée coloniale avait encerclé la Casbah. Le dispositif d’encerclement par les parachutistes avait été fait dans le silence, dans le but d’investir les maisons. 5.000, 10.000 parachutistes, on ne peut préciser le nombre, avaient été mobilisés, relève Yacef Saâdi. Dans l’arrière-pays, la région du Sahel d’Alger, il y avait 50.000 autres soldats coloniaux qui n’attendaient qu’un ordre pour investir la ville. L’intervention des groupes armés coloniaux a eu lieu. Elle fut d’une grande brutalité. Au total, la grève des huit jours a été d’une immense portée politique, les objectifs arrêtés avaient été atteints et l’échec de l’administration et l’armée coloniales consommé. Elles qui avaient envisagé la liquidation des structures du FLN, de briser le moral de la  population. Toutes les tentatives ont échoué face à la résistance populaire.
Elle n’ont pas engendré l’effondrement qui était escompté du FLN.
T. M. A.

La grève des 8 jours, déclenchée le 28 janvier 1957  à l'appel du Front de libération nationale (FLN), avait un but "politique",  celui de faire entendre la voix du peuple algérien qui rejetait la colonisation  française, a affirmé hier, le moudjahed Yacef Saâdi."La grève du 28 janvier 1957 a été envisagée dans un but politique et  non militaire. Il fallait faire entendre les cris du peuple algérien à travers  le monde et surtout à l'Onu, qui allait discuter de la question algérienne",  a souligné M. Yacef Saâdi lors du forum d'El-Moudjahid, à l'occasion de la   célébration du 53e anniversaire de cette grève.  Il a évoqué dans le détail la préparation de cette grève, depuis sa  proposition par Abane Ramdane devant les membres du Comité de coordination et  d'exécution (CCE), jusqu'à sa mise en oeuvre.          
Il a ainsi précisé qu'il avait, vers la fin du mois de décembre 1956,  rencontré Larbi Ben M'hidi à la Casbah (Alger), qui lui avait fait part de la  décision du CCE de déclencher une grève de 8 jours dès l'ouverture de la session de l'Onu.  "Abane, auquel revient la paternité de la proposition de la grève, avait  fait un véritable plaidoyer pour nous convaincre de l'ampleur d'un telle action.  Saâd Dahleb et Benyoucef Benkhedda se sont vite rangés
de son côté. Exception  faite de Krim Belkacem, qui accordait plus d'intérêt à la lutte armée", a-t-il  indqué."Personnellement, j'étais du même avis que Krim Belkacem, mais je ne  pouvais rien dire, ne faisant pas partie du CCE. Je me suis contenté de dire  à Ben M'hidi que nous commettrions une erreur si nous devions prolonger la grève  au-delà de trois jours", a témoigné Yacef Saâdi. Il a souligné que "la grève avait nécessité une préparation minutieuse",  précisant que Ben M'hidi lui avait remis de l'argent pour "assurer le ravitaillement  de la population à Alger". "Comment se rapprocher des citoyens et leur annoncer l'intention du  CCE (de déclencher une grève) et comment les ravitailler, sans que l'armée française  ne s'en aperçoive ? Il fallait apporter des réponses à ces questions", a-t-il  poursuivi. Il a expliqué, à cet égard, que des femmes avaient été chargées de faire  du porte-à-porte pour informer les gens sur la grève. "Nous avons pu ravitailler la population et la grève avait été une réussite  et avait porté ses fruits", a conclu Yacef Saâdi.

APS

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