Au Forum d'El Moudjahid : L’avenir du livre à l’heure de la numérisation
M. Terrar Abdelkrim, chargé de cours à l’Institut de bibliothéconomie et des sciences documentaires, M. Radjaï Lamri, chargé de cours dans le même établissement, M. Ibarissen Mohand, directeur du programme de télé-enseignement à l’EEPAD, et M. Abdellouche Athmane, informaticien et consultant, invités d’El Moudjahid
Le livre n’a pas seulement un avenir, il est l’avenir
L’avenir du livre à l’heure de la numérisation, tel a été le thème de la table ronde qui s’est déroulée, hier, au Centre de presse d’El Moudjahid qui a regroupé spécialistes et professionnels.
Les intervenants ont été M. Terrar Abdelkrim, chargé de cours à l’Institut de bibliothéconomie et des sciences documentaires, M. Radjaï Lamri, chargé de cours dans le même établissement, M. Ibarissen Mohand, directeur du programme de télé-enseignement à l’EEPAD, M. Abdellouche Athmane, informaticien et consultant.
Le livre, c’est l’avenir
M. Terrar Abdelkrim, intervenant en premier lieu, s’interroge à l’effet de savoir si le livre a un avenir, est-ce que dans les nouvelles technologies, le livre peut avoir une place dans la chaîne documentaire. Si le livre a un avenir, on peut dire plus, affirme l’orateur, le livre n’a pas d’avenir, il est l’avenir. Pour l’orateur, un média ne chasse jamais l’autre, c’est ce qu’enseigne l’histoire du monde.
A travers l’histoire, on remarque que les premières formes d’écriture ont été les gravures rupestres que l’on retrouve dans les grottes. Ces gravures on les a classées sous différentes formes : sociologiques, psychologiques, idéologiques, religieuses. L’homme qui a cette époque-là, avant de partir à la chasse, dessinait l’animal qu’il voulait chasser, en implorant Dieu de lui permettre une chasse abondante.
C’est ainsi qu’on a pu connaître le mode de vie des populations de l’époque qui, sans ces gravures rupestres, auraient pu rester inconnu.
Avec l’évolution de l’humanité, les civilisations marquantes auront été les civilisations chinoise et sumérienne (Irak), les scènes de vie étaient reproduites sur des tablettes d’argile : diplomatie, commerce, cours de philosophie. Avec l’avènement de l’islam, il y a eu des supports autres que l’argile. On utilisant du bois. Dans la civilisation pharaonique, on écrivait sur du parchemin.
L’imprimerie a révolutionné le monde de l’écrit
L’humanité a par la suite fait un bond prodigieux avec l’apparition de l’imprimerie. C’était une révolution dans le monde, note l’orateur. Ainsi est apparu le premier livre imprimé. Avec l’évolution de l’imprimerie, le livre a alors commencé à prendre de l’ampleur. Il restait limité à une certaine classe en raison de son coût extrêmement élevé (bourgeoisie, les proches de la cour, les moines).
Le peuple n’avait pas accès aux manuscrits de l’époque pour les raisons déjà développés, le coût exorbitant. On a connu la période du livre dit enchaîné maintenu dans les églises notamment par des chaînes pour éviter les vols. Avec l’avènement de l’imprimerie, la fabrication du papier devenait une science. Elle était parfaitement maîtrisée par les Chinois. En 750 après JC, une guerre opposa les Chinois à des armées arabes. Ces dernières firent de nombreux prisonniers chinois qui tous maîtrisaient la fabrication du papier et initièrent leurs geôlièrs. Selon la tradition de l’époque, les personnes détenues qui arrivaient à transmettre le savoir étaient remises en liberté. Plus tard, dans les guerres qui opposèrent les armées arabes aux envahisseurs, les croisés, les combattants arabes qui furent arrêtés, ont transmis par la suite ce qu’ils avaient appris des Chinois sur la fabrication du papier.
Ainsi, celui-ci n’apparut en Europe qu’après le 13e siècle.
Un média ne peut chasser l’autre
Ainsi, dans les XVIIIe et XIXe siècles, l’imprimerie réelle a commencé en Europe. Pour ce qui est de l’avenir du livre, on l’a dit, fait remarquer l’orateur, le livre, c’est l’avenir. La radio n’a pas été chassée par la télé, la télé n’a pas détrôné le cinéma, la numérisation n’a pas éliminé le livre. M. Radjaï Lamri voit dans le livre et le numérique un complément. Le livre reste bien présent. Il est impossible qu’il disparaisse.
Il y a une nécessaire complémentarité disons-le entre le livre et les nouvelles technologies. Pour M. Ibarissen Mohand, le livre de demain on en parle sous forme de livre électronique, de livre numérique. On parle de numérisation, avec chargement à travers les CD, l’internet comme supports.
La numérisation gagne du terrain
Pour l’orateur, la numérisation du livre gagne du terrain. Les progrès sont là, dit-il, pour marquer ces avancées avec l’apparition de bibliothèques numériques, notamment dans les pays occidentaux. Le phénomène inquiète quelque part. M. Ibarissen Mohand voit deux écoles apparaître : celle représentée par les éditeurs qui soutiennent que la numérisation peut poser problème pour l’édition classique. En la matière, affirme l’orateur, il n’y a pas d’études précises qui permettent de trancher. La seconde école est représentée par tous ceux qui constatent les énormes progrès dans l’accès ou l’utilisation des éléments du savoir dont le livre constitue un volet important. Les supports sont d’un transport aisé. Cependant, s’agissant du livre, M. Ibarissen évoque une lecture difficile sur écran et il y a, dit-il, les traditions, tout ce que le livre classique peut procurer comme sensations, suggère-t-il.
Le livre scolaire est plus disponible à la numérisation
Il y a cependant deux formes de livres sur lesquelles il faut s’apesantir. Le livre classique (littérature, roman), et le livre scolaire. Il évoque une réaction du gouverneur de Californie aux Etats-Unis pour qui le livre scolaire était très coûteux pour un rendement jugé quelque peu moindre. Il fallait trouver donc et investir sur de nouveaux créneaux. Pour l’orateur, tous les pays sont en train de numériser le livre scolaire et introduire ainsi toutes les facilitations ratachées à une telle opération, possibilité de modification du contenu, son image. Le contenu produit est jugé convivial. Il apporte incontestalement un plus.
Le ministère de l’Education s’est impliqué dans la numérisation
L’orateur souligne que le ministère algérien de l’Education n’est pas en marge dans ce domaine. Il y a un appel d’offres qui a été lancé pour sélectionner des entreprises spécialisées dans la numérisation du livre scolaire. Intervenant à son tour, M. Abdellouche Athmane, relève que le monde d’aujourd’hui évolue vers un monde numérique. Pour lui, le livre écrit est mort. L’avenir est dans le numérique. Nous devons migrer de l’analogique vers le numérique, Cela est inévitable aux yeux de l’orateur. De la même façon que le livre, la bibliothèque classique est également morte. L’industrie du livre coûte beaucoup trop cher, d’où la nécessité d’évoluer vers le numérique. Toute la matière première pour la fabrication du livre classique est importée chez nous. Cela revient cher.
Des banques de données que l’on trouve à l’entrée des bibliothèques
Aujourd’hui, dans de nombreux pays, ce sont des banques de données que l’on retrouve à l’entrée des bibliothèques. Celles-ci sont dans les processeurs. L’orateur pense que si la relance de l’opération Ousratic le permet, soit un ordinateur par famille (6 millions de micros), le numérique avancera dans notre pays par sa réactivité. Selon M. Ibarrissen, l’EEPAD, travaille depuis trois ans sur la numérisation du contenu. Il y a une convivialité évidente et l’on peut lire son manuel différemment.
Numérisation de l’ensemble des manuels scolaires
L’EEPAD a numérisé l’ensemble des manuels, soit 300 cours et 3000 exercices. On a numérisé les manuels de 4e année moyenne et ceux des classes de terminale. Nous proposons ces cours sur le Net. Près de 20 000 enfants de l’Ecole algérienne ont passé leurs examens en consultant sur le Net leurs cours. Les témoignages que nous recevons sont encourageants, affirme le représentant de l’EEPAD. C’est sur cette base que l’on doit travailler à présent. Pour M. Terrar, intervenant dans le débat, le livre électronique est là certes, mais l’analogique n’a pas disparu. Il n’a surtout pas perdu ses vertus.
L’analogique garde quelques vertus
Ainsi, en 2006, lors de la Coupe du monde, lorsque l’on a décidé de balancer dans le numérique, on a vite recouru à l’ancienne et vieille méthode de l’analogique pour suivre le déroulement des rencontres. Ceux qui n’avaient pas la possibilité de s’offrir le numérique, ont été bien heureux d’être encore dans l’analogique. Citant une expérience personnelle, l’orateur souligne qu’un travail de deux années stocké sur flash disk a été détruit à cause d’un virus. On parle volontairement aujourd’hui quand on évoque le numérique et le livre, de complémentarité. Celui qui pense évidemment que l’on n’a pas besoin d’électronique se trompe, souligne M. Terrar. Néanmoins, si l’on voit ce qui se passe dans les pays développés, on constate que si le développement de l’électronique avance à grand pas, ces sociétés restent également attachées au classique, note-t-il.
Le classique fait de la résistance
Toutes les prévisions sur une rapide disparition des moyens classiques se sont avérées infondées. L’humanité est certes entrée dans l’ère du numérique et de l’image, mais nous sommes en 2009 et le livre classique est toujours là. Il a toujours sa place. C’est au même résultat que parvient M. Radjaï Lamri en affirmant qu’à l’ère du numérique, le journal imprimé reste très présent.
A propos de virus, M. Abdellouche souligne qu’aujourd’hui, il y a des techniques (open source) qui permettent de lutter contre les virus.
Qu’en est-il du droit d’auteur ?
M. Terrar pose pour sa part, le problème crucial du droit d’auteur, vu à l’ère du numérique. On sait qu’il existe de grands débats autour de la question des droits d’auteur, soulevé par M. Terrar Abdelkrim. Il évoque aussi les documents d’état civil transmis par la voie numérique. Ont-ils une force légale. Le débat n’est pas tranché encore. Pour M. Ibarrissen, quand on parle du livre, il faut savoir de quoi on parle. Les livres classiques vont inévitablement cohabiter avec les livres numériques. Sur le livre scolaire, la numérisation a fait de grands pas, mais dans les autres formes d’ouvrages, littérature, roman, la tradition persiste.
Disparition à terme du livre scolaire classique
Le livre scolaire devrait disparaître à terme pour laisser place au livre numérique. Les écoles s’équipent de plus en plus d’ordinateurs, donnant un contenu précis à la société de l’information qui se construit. M. Ibarrissen parle de cartable électronique dont devront être dotés à terme tous les enfants scolarisés. Il faut donc travailler sur cet objectif qui fournit les moyens technologiques et permet de transformer en contenu interactif le livre scolaire. On n’aura ainsi plus besoin de cartables lourds à porter.
Au ministère de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, on travaille sur une version visant à doter chaque enfant scolarisé d’un cartable électronique. Pour M. Terrar, il ne faut pas oublier l’éditeur dans le circuit de distribution. Il s’agit d’un homme hybride mi-culturel, mi-commercial. L’orateur s’interroge sur la question de savoir si l’on a un public pour lire et à qui pourra-t-il le faire ?
Faiblesse de la production du livre
L’orateur constate la faiblesse de la production de livres dans notre pays qui s’avère comme un réel handicap. Lui aussi rappelle que l’essentiel, sinon la totalité, des produits servant à la fabrication du papier est importé. C’est pour cela que les prix du livre restent encore élevés.
500 livres rachetés, par l’Etat en Tunisie, par éditeur
Chez nos voisins tunisiens, affirme M. Terrar, le livre est subventionné, l’Etat achète à l’éditeur l’équivalent de 500 livres. C’est une forme de subvention importante. A propos de numérisation, suite à une question, il a été donné l’exemple de la Bibliothèque universitaire d’Alger qui a numérisé 500 livres. Les anciens livres parus avant 1962, ont tous été numérisés. Cependant, la numérisation a un prix, souligne M. Terrar, et cela demande beaucoup de temps.
L’exemple de la BU en matière de numérisation mérite d’être étendu
Pour lui, l’exemple de la Bibliothèque universitaire d’Alger mérite d’être étendu à d’autres institutions du même type. Selon M. Ibarissen, répondant à des questions de participants, l’EEPAD, travaille sur les équipements les plus adaptés à offrir aux enfants. Elle travaille aussi à la numérisation du livre scolaire. Elle travaille enfin à développer des outils qui permettent de mieux visualiser un contenu interactif. Il y a aussi le développement du cartable numérique déjà évoqué.
Le choix des langues est possible
Le problème de la langue ne se pose pas, affirme M. Ibarissen. L’élève a le choix de s’inscrire dans la langue qu’il aura choisie. Arabe, latin... Concernant le tamazight, il faut savoir que l’opération est rendue difficile car il n’y a pas d’homogénéité encore dans la transmission (latin - arabe), mais c’est sûr que c’est une expérience qui tente beaucoup. Au niveau de l’éducation nationale, il y a maintenant un diplôme en maîtrise d’informatique qui est délivré (utilisation du micro).
Un projet intégré d’école numérique au niveau de l’ENI
De même on travaille toujours au niveau de l’éducation nationale sur un projet intégré d’école numérique. Une plate-forme de téléenseignement qui permet une communication entre l’élève et l’enseignant et numériser le contenu. On peut aussi gérer l’école à travers cette plate-forme (emploi du temps, etc.). On donne aux écoles, affirme M. Ibarissen, un package de programmes numérisés. La salle multimédia peut être utilisée pour apprendre l’informatique, c’est cela le profit, affirme l’orateur qui souligne qu’une centaine d’école ont adhéré à ce projet. On a formé la personne ressource dans chaque école.
Tahar Mohamed Al Anouar
La numérisation des programmes scolaires se poursuit graduellement, selon un cadre de l'Eepad
L'opérateur algérien de services internet "Eepad" compte lancer, dès la rentée prochaine, la numérisation des programmes scolaires de la deuxième année secondaire dans le cadre de son programme de téléenseignement inauguré en 2006, a indiqué, hier, son directeur, chargé du e-learning, M. Mohand Ibarissen, qui prenait part à une rencontre sur "le livre à l'ère de la numérisation", organisée par le forum d'El Moudjahid, a affirmé que l'opération se situait dans le prolongement de la numérisation des programmes de la quatrième année moyenne et des classes de terminale, lancée il y a quatre ans.
300 cours et 3.000 exercices corrigés ont été, ainsi, numérisés permettant à 20.000 élèves de préparer les examens sanctionnant les deux cycles, BEM et baccalauréat, grâce à l'internet, a précisé M. Ibarissen, affirmant que cette première expérience de l'Eepad dans le secteur du e-learning a reçu des "échos favorables".
Ces programmes scolaires numérisés sont développés par une équipe d'ingénieurs universitaires, travaillant en étroite collaboration avec des enseignants et des pédagogues pour offrir un contenu interactif "attractif", au moyen d'outils adaptés, a ajouté M. Ibarissen, pédagogue de formation et ancien cadre du secteur l'éducation nationale. Les programmes sont accessibles via Internet, moyennant un abonnement de 500 DA par matière et par an. Sont inclus dans ces frais, les cours, les exercices et les corrigés d'exercices et le contact par téléphone ou par courriel avec l'enseignant.
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