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Au Forum d'El Moudjahid : Les anciens condamnés à mort sont porteurs de la mémoire nationale

image Ph. : Louiza

Le président de l’Association des anciens condamnés à mort durant la guerre de Libération nationale, Boudina Mustapha, invité d’El Moudjahid

De 2.000 à l’indépendance, ils sont 1.000 actuellement.

L’Association des anciens condamnés à mort durant la guerre de Libération nationale a commémoré, jeudi dernier, au Centre de presse d’El Moudjahid, la Journée nationale du condamné à mort, fixée au 19 juin de chaque année. Cette date, comme le rappelle encore M. Boudina Mustapha, président de l’Association, qui vient d’être reconduit dans ses fonctions à l’issue d’un congrès de l’association tenu les 2 et 3 mai dernier,  l’Association souhaite la voir institutionnalisée.
La date du 19 juin correspond en effet à l’exécution de Ahmed Zabana et de Abdelkader Ferradj, le 19 juin 1956 à Serkadji.
Une cérémonie de recueillement a été organisée dans la journée du 19 juin à Serkadji, à la mémoire des deux moudjahidine et de tous ceux qui ont été condamnés et exécutés par la suite. C’est comme cela que la journée du 19 juin de chaque année est devenue d’un commun accord la journée du condamné à mort.
207 moudjahidine ont été exécutés en effet selon les chiffres fournis par le président de l’Association.
M. Boudina Mustapha a demandé à ce que pour la journée du 19 juin la prière du Fadjr soit consacrée à la mémoire de tous les chouhouda.
Le président de l’Association dans son intervention s’est élevé contre tous ceux, hier, bourreaux du peuple algérien qui se répandent en écrits pour soi-disant laver leur mémoire.
Les ouvrages qui fleurissent en France ayant pour auteurs des criminels de guerre ne sont qu’un moyen ignoble de faire du commerce des crimes commis.
On ne peut les assimiler à des actes de repentance.
Restent à présent les questions des relations entre Etats. Le président de l’Association appelle la France officielle à agir comme l’a fait avec l’Allemagne. La voie du pardon a été acceptée de la part de l’Allemagne au regard des crimes commis par le régime hitlérien.
Les victimes de l’hitlérisme continuent à ce jour à culpabiliser l’Allemagne qui paye encore pour le préjudice que l’hitlérisme a fait subir comme préjudice.
Le président de l’Association souhaite que la voie du pardon à l’égard des crimes commis par la France officielle en Algérie soit la voie qui sera suivie.
M. Boudina Mustapha rappelle que l’Italie a adopté cette voie envers le peuple libyen pour tout le préjudice qu’elle lui a fait subir.
L’orateur a affirmé que le peuple algérien n’était pas prêt et ne le sera jamais d’avoir à accepter la repentance de ses anciens bourreaux, alors que l’on sait que celle-ci répond, on le voit, à travers les écrits des criminels de guerre à des objectifs strictement commerciaux. Le repentance fait vendre, semble dire M. Boudina Mustapha.
Le président de l’Association affirme,  à travers l’institution qu’il préside, qu’on continuera à semer le patriotisme dans le cœur des générations actuelles et futures d’Algériennes et d’Algériens, cela pour que chacun sache la monstruosité des crimes commis par la France coloniale en Algérie.
L’orateur rappelle que pendant très longtemps la France officielle évoque la guerre d’Algérie en la qualifiant «d’événements d’Algérie».
Ce n’est que  45 ans après l’Indépendance de notre pays, que le Parlement français a, dans le cadre d’un texte de loi, reconnu le caractère de guerre d’Algérie mais ajoutait une disposition fallacieuse qui positive la colonisation.
Cette disposition a fait couler beaucoup d’encre en France comme en Algérie. Elle a suscité beaucoup de polémiques avant que le président de la République française de l’époque, M. Jacques Chirac, ne l’atténue.
M. Boudina Mustapha rappelle également que l’Algérie a une dette envers tous les Français qui ont partagé sa lutte contre la colonisation.
Il rappelle aussi que des milliers d’Algériens ont été contraints à travers leur enrôlement dans l’armée française de prendre part aux deux guerres mondiales dans lesquelles la France était engagée. Ces milliers d’Algériens sont morts sur les champs de guerre. Ils sont enterrés en France. C’est une dette de la France à l’égard de l’Algérie.
Pour l’orateur, la France officielle doit se démarquer de la France coloniale en demandant le pardon. Les anciens condamnés à mort sont porteurs au même titre que tous les moudjahidine de mémoire. Il y en avait 2.000 à l’indépendance, nous ne sommes qu’un millier actuellement, note M. Boudina Mustapha. L’orateur souligne que les condamnés à mort qui ont été exécutés par l’administration coloniale durant la guerre de Libération nationale ne bénéficiaient pas du statut de détenus politiques, ce qui leur auraient permis de bénéficier des dispositions des Conventions de Genève de 1949. Ils ont été exécutés au titre de détenus de droit commun.
Le président de l’Association note alors le paradoxe qui consistait pour la France d’adhérer aux Conventions de Genève et d’en violer le caractère. A l’époque, durant la guerre de Libération nationale, le FLN, par la voix de son ministre de l’Information, M. M’hamed Yazid, avait dénoncé ces exécutions et condamné le gouvernement colonial français, en faisant remarquer que les condamnés à mort exécutés étaient des officiers de l’ALN. Ils étaient en service commandé et devaient bénéficier pleinement des Conventions de Genève, mais la France avait persisté à ne pas reconnaître la qualité de détenus politiques et de détenus de guerre à  ces officiers de l’ALN, une armée en lutte contre la France coloniale.
M. Boudina reste convaincu que face au poids de l’histoire, notre lutte de Libération nationale sera  défendue par toutes les générations d’Algériens.
L’orateur souligne que l’histoire ne pourra jamais s’écrire sans la contribution des porteurs de mémoire que sont les moudjahidine, tous ceux qui ont été les artisans de la lutte. Nous faisons pour cela pleinement confiance à nos historiens, relève M. Boudina Mustapha.
Des témoignages d’anciens condamnés à mort ont illustré le courage et le patriotisme élevés à leur plus haut degré de ces femmes et de ces hommes qui continuent, comme l’a souligné le président de l’Association, à rester mobilisés au service du pays.
Pour rappel, les anciens condamnés à mort ont repris les armes pour s’opposer au terrorisme bestial et sanglant qui a endeuillé le pays une décennie durant.
Le président de l’Association a tenu à rappeler que beaucoup d’entre eux vivent une condition sociale extrêmement difficile, certains sont même dans un dénuement total. Il en appelle ainsi à l’Etat pour une prise en charge de ces cas.
M. Boudina Mustapha a rappelé qu’un programme de travail a été tracé pour l’Association, dont l’objectif est de veiller à entretenir la flamme du patriotisme et la défense des principes qui auront guidé notre Révolution armée et auparavant la lutte que le peuple algérien n’a cessé de mener un siècle et demi durant contre l’occupant colonial.
Tahar Mohamed Al Anouar

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