Le secteur de la pêche reste soumis à beaucoup d’aléas climatiques mais aussi d’ordre financier
Au Forum d'El moudjahid
M. Yahiouche Mohamed Larbi, président de la Chambre algérienne de la pêche et d’aquaculture et M. Rahmani Toufik, directeur général, invités d’El Moudjahid
Le président de la Chambre algérienne de la pêche et d’aquaculture, M. Yahiouche Mohamed Larbi et le directeur général de la même institution, M. Rahmani Toufik, ont été les invités d’El Moudjahid, hier, dans le cadre d’une conférence-débat portant sur les activités de la chambre et d’une façon plus générale de la situation socio-professionnelle des marins pêcheurs qui sont aussi les adhérents.
Les deux orateurs ont fait un bilan d’activité de la chambre dans les domaines qui sont les siens, l’animation, la sensibilisation, la défense des intérêts socio-professionnels des membres. Les deux orateurs ont aussi évoqué les questions de partenariat, les actions de formation, la question si sensible de l’investissement.
En faisant l’historique de l’organisation du secteur, les orateurs ont rappelé les objectifs poursuivis par les autorités politiques à savoir l’organisation de la profession, l’exploitation et la mise en place d’une chambre nationale.
Cette dernière compte actuellement, selon son président, une soixantaine d’adhérents, qui sont dans le même temps, représentants des chambres de wilaya.
M. Rahmani, le directeur général, a parlé de 50.000 inscrits maritimes. C’est le président de la chambre qui a évoqué la création au sein de la chambre d’une mutuelle dont l’objectif recherché est de servir de caisse d’entraide pour la profession permettant ainsi de suppléer aux périodes de “vaches maigres” que connaît la profession (120 jours ouvrables (l’an). Nous pouvons rester des mois sans travailler, affirme M. Yahiouche, mais l’on doit dans le même temps, s’acquitter impérativement des charges.
L’orateur a rappelé que les ressources halieutiques ont baissé et que les infractions du code de conduite restent nombreuses : pêche dans les zones interdites, dans les périodes de reproduction et de fermeture de la pêche, l’utilisation d’explosifs, le non-respect des zones de pêche.
La chambre mène des campagnes de sensibilisation pour la conservation de la masse halieutique afin de permettre la reproduction. Des conférences sont organisées également pour faire toucher du doigt aux professionnels, la nécessité d’une exploitation rationnelle et pérenne de nos ressources halieutiques, la nécessité aussi de respecter les périodes de repos biologique.
Aujourd’hui, les gens délaissent la profession, souligne le président parce que présentant trop d’aléas. Nous avons vécu six mois particulièrement difficiles, note le président de la chambre. M. Yahiouche Mohamed Larbi a évoqué les projets initiés par le ministère de tutelle, 19 au total, en aquaculture, en se posant la question de savoir pourquoi cela n’a pas démarré si l’on excepte, celui implanté à Ouargla.
Le président a révélé qu’une commission allait être mise en place pour faire le point sur l’opération.
L’orateur a aussi déploré le déversement de produits toxiques en mer, de déchets de toutes sortes qui sont déversés en mer avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur l’environnement, et sur les ressources halieutiques. Un plan bleu a été initié pour la surveillance de nos côtes.
L’aquaculture aux yeux des responsables de la chambre constitue une alternative à la rareté des ressources qui se fait jour aujourd’hui. Le problème réside dans la commercialisation. Il faut, insistent M. Yahiouche et Rahmani, mettre le produit à un prix attractif, intéresser les restaurateurs, créer au total des traditions de consommation et à l’occasion de foires et d’expositions, organiser des séances de dégustation.
Le président a parlé pour l’occasion de traçabilité du produit, de son étiquetage. Concernant le projet de Ouargla, Il a été subventioné à 80 % sur fonds public. Aujourd’hui, les méthodes de conservation ont beaucoup évolué, précisent les responsables de la chambre. Des camions frigos assurent la distribution à l’intérieur du pays. Cette façon d’opérer a fait augmenter la consommation de poissons élargie aux collectivités publiques (universités, écoles, établissements militaires etc.). La compensation est venue de l’aquaculture, précise le président de la chambre, compte tenu de la faiblesse de la production traditionnelle. L’élevage commence à être maîtrisé dans le domaine de l’aquaculture. Il est étendu, aujourd’hui, à la production de moules et huitres à Aïn Tagourait (wilaya de Tipaza) et Aïn Taya dans la région d’Alger. Le directeur général de la chambre a évoqué, également, l’élevage de la crevette, dans le cadre d’un partenariat algéro-coréen. Répondant aux questions des participants, le président de la chambre relève, à propos des dettes contractés par des patrons pécheurs, qu’il a été fait un courrier au Président de la République concernant ces dettes, on attend la réponse, a-t-il ajouté. M. Yahiouche Mohamed Larbi a confirmé que la profession connaissait des difficultés. C’est pourquoi a été sollicitée l’aide des pouvoirs publics.
Il a évoqué une récente réunion avec le P-DG de la BADR pour un rallongement des délais de remboursement. La chambre souhaiterait que ce ces délais soient étalés sur une durée de 15 ans. Ils sont moins de la moitié aujourd’hui. Il faut savoir, font remarquer les responsables de la chambre que les capacités de la pêche algérienne restent limitées, plafonnées à pas plus de 200 000 tonnes. Les 2/3 du plateau continental ne sont pas chalutables. 180 000 tonnes sont constituées de poissons bleus, le reste en poisson blanc.
Aussi surprenant que cela puisse paraitre, il a été importé de la sardine de Tunisie révèlent les responsables de la chambre. Cette importation était destinée à casser les prix qui avaient dangereusement grimpés ces derniers mois. Le kilo de sardines ayant atteint les 300 DA. L’Algérie exporte notamment de la langouste.
Le président de la Chambre en répondant à des questions ayant trait à la formation, affirme que le secteur y accorde un grands intérêt. Il y a notamment une école de formation de plongeurs professionnels. 200 marins pêcheurs arrivent chaque année sur le marché. Nous essayons de gérer la ressource humaine et surtout de la stabiliser car il y a une instabilité chronique compte tenu des aléas que présente précisément le métier.
En dépit des difficultés, le secteur a ouvert de nombreux chantiers, affirme M. Rahmani, directeur général : formation, recherche investissement, aquaculture... Nous essayons de positiver les choses.
Les budgets accordés pour le secteur ont été de 2001 à 2004, de l’ordre de 9,5 milliards de dinars. Ceux allant de 2005-2009, s’élèvent à 12,5 milliards de dinars. Nous avons des liens particulièrement étroits avec la tutelle, notent les responsables de la chambre.
T. M. A.
La Chambre algérienne de pêche et d'aquaculture (CAPA) a sollicité hier, l'appui des pouvoirs publics pour la création d'une coopérative mutuelle des professionnels du secteur.
S'exprimant au forum d'El Moudjahid, le président de cette association, M. Mohamed Larbi Yahiouche, a précisé que la durée réelle d'activité des professionnels de la pêche se limite à 120 jours seulement par an, alors qu'ils sont confrontés à un chômage forcé pour le reste de l'année en raison, notamment, des aléas climatiques.
Ainsi, a-t-il poursuivi, la création d'une telle coopérative devient "une nécessité pour la prise en charge des marins pêcheurs et d'assurer une source de revenus stable pour ces professionnels".
Une démarche a été, dans ce cadre, entamée par la CAPA en vue d'étudier la fourchette des montants de cotisations pouvant être collectées en fonction des capacités financières de ses adhérents, a, de son côté, affirmé le directeur général de la Chambre, M. Toufik Rahmani.
Cependant, la totalité de ces cotisations reste loin du seuil de 500 millions dinars requis par la loi comme capital de cette entité, a reconnu M. Rahmani sans avoir défini le montant exact à apporter par l'Etat pour atteindre ce seuil.
Par ailleurs, Une demande a été formulée par la CAPA auprès des responsables du projet du gazoduc algéro-espagnol Medgaz pour une compensation des pêcheurs de Béni Saf, dans la wilaya de Ain Témouchent, à travers laquelle passe le gazoduc, a indiqué M. Rahmani, ajoutant que les pêcheurs d'Almeria (Espagne) ont pu obtenir des dédommagements de trois (3) millions d'euros à l'issue d'une démarche similaire.
"Nous oeuvrons pour un même montant, dont une partie pourrait être allouée à la dotation de la future mutuelle", a-t-il expliqué soulignant que les premiers contacts avec les responsables de Medgaz, auquel le groupe Sonatrach est majoritaire avec une participation de 36%, étaient "positifs".
M. Rahmani n'a pas exclu d'engager une démarche similaire pour obtenir des compensations auprès des responsables du projet gazoduc algéro-italien Galsi.
S'agissant de la prise en charge des difficultés financières des professionnels de la pêche, M. Yahiouche a indiqué qu'une proposition a été faite par la CAPA à l'adresse de la Banque de l'agriculture et du développement rural (BADR) en vue d'un rééchelonnement de la dette des opérateurs du secteur auprès de cette banque.
"La CAPA a demandé une prorogation à 15 ans du délai de remboursement de cette dette, alors que la BADR a accepté d'accorder un rééchelonnement de 7 ans", a-t-il dit en ajoutant que les discussions se poursuivent entre les deux parties. Le délai initial du remboursement de ces créances était de six ans dont une année de grâce, rappelle-t-on.
A propos de la promotion de l'aquaculture en Algérie, particulièrement celle continentale, M. Yahiouche a reconnu que le problème de cette activité est étroitement lié aux habitudes de consommation des algériens.
Selon lui, il a été opté pour l'organisation de campagnes de sensibilisations auprès des consommateurs au profit des produits d'eau douce afin de promouvoir cet important créneau alternatif.
Dans ce cadre, a-t-il poursuivi, un investisseur de la wilaya de Ouargla a ouvert à Staoueli (Alger) un magasin pour vendre des produits frais ou même transformés de poissons d'eau douce comme le pâté et le merguez.
En outre, une commission d'évaluation du potentiel national d'aquaculture a été créée au niveau de la CAPA afin d'identifier les meilleurs moyens pour le développement de cette activité qui représente 60% de la consommation mondiale de poissons, a ajouté le président de la Chambre.
Interrogés, par ailleurs, sur les raisons de la hausse des prix du poisson sur la marché, les deux responsables ont imputé cette situation à la baisse de la ressource halieutique, la nature accidentée des deux tiers du littoral algérien et au non respect, par certains pêcheurs, des périodes d'arrêt biologiques de pêche imposées dans le but de reconstituer la ressource.
Sur une biomasse de 600.000 tonnes, l'Algérie peut pêcher jusqu'à 220.000 tonnes par an, mais faute de moyens matériels, la quantité pêchée aujourd'hui ne dépasse pas 170.000 tonnes/an.
L'enveloppe financière accordée par l'Etat au secteur de la pêche et l'aquaculture a été de quelque 22 milliards DA entre 2001 et 2009, selon M. Rahmani.
La CAPA, qui enregistre plus de 50.000 adhérents sur l'échelle nationale, compte 14 chambres de wilayas côtières et sept (7) autres à l'intérieur du pays.
APS
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