Conférence, hier, au centre de presse d’El Moudjahid : Un forum de la finance islamique demain à Alger
Les perspectives de la finance islamique en Algérie ont fait l’objet d’un débat au centre de presse d’El Moudjahid, hier, en prévision de la tenue du forum algérien de la finance islamique, organisé le mardi 5 octobre 2008 à Alger, au Sofitel, par le groupe Isla Invest, cabinet français de conseil en investissements financiers et immobiliers conformes aux principes de la charia.
Accompagner l’investissement en conformité avec la charia
Isla Invest Consulting Afrique a pour mission d’accompagner ses clients dans l’identification d’opportunités d’investissements conformes aux principes de la charia sur le continent africain.
Isla Invest Afrique, qui est implantée au Maroc, est à la recherche de partenariats en Algérie.
Pour le débat engagé au Centre de presse d’El Moudjahid, ce sont MM. Zoubeir Ben Terdeyet, le PDG de Isla Invest, et Nasser Hidem, directeur central à la Banque Al Baraka en Algérie, qui étaient venus expliquer les objectifs poursuivis à travers la tenue du forum algérien de la finance islamique de ce mardi.
Le forum regroupera, au titre des interventions, de nombreux experts et spécialistes, dont de nombreux Algériens.
Le marché algérien et son potentiel, les différents métiers de la Banque islamique et les défis à relever composeront les interventions des spécialistes.
Un intérêt croissant
Depuis un certain nombre d’années, la finance islamique suscite de l’intérêt à travers le monde et singulièrement dans les économies occidentales, où s’installent des institutions spécialisées dans ce type d’interventions.
Au Maghreb, la Tunisie et le Maroc ont pris de l’avance sur l’Algérie qui ne compte que quelques organismes, trois au total, qui s’investissent dans ce créneau, mais il semblerait qu’il y ait de nombreuses demandes d’agrément en attente.
Les organisations du forum de la finance islamique expliquent que leur venue en Algérie correspond à l’amorce d’une réflexion concernant les potentialités du marché.
Il y a lieu de s’interroger, disent-ils, sur le modèle financier qui va de pair avec cette problématique et savoir quelles sont les aspirations des Algériens à ce sujet. Un état des lieux devrait conclure cette réflexion.
La micro-finance est une grande opportunité
La micro-finance semble être une grande opportunité pour la finance islamique qui devrait amener des spécialistes à l’évoquer, notamment à travers des partenariats en cours ou d’autres à initier.
D’autres experts s’interrogeront au cours du forum, qui se tiendra au Sofitel, sur les différents métiers de la banque islamique, le financement participatif et ceux en charge de l’investissement. Quels défis sont-ils à relever ? constituera un troisième et dernier volet des interventions qui posera la question relative aux nécessaires adaptations réglementaires par rapport aux normes internationales, la mise en place d’outils spécifiques, les enjeux de la formation et des compétences humaines.
Les ressources humaines sont un enjeu de taille
Sur ce dernier aspect, le PDG d’Isla Invest, M. Zoubeir Ben Terdeyet, a eu l’insistance qu’il fallait, pour reconnaître qu’il s’agissait d’un point important, un fait déterminant pour la mise en place et la conduite d’un projet d’implémentation de la finance islamique dans un pays. Comme l’a rappelé M. Nacer Hidem, directeur central à la Banque Al Baraka d’Alger, la finance islamique est aujourd’hui au cœur de l’actualité.
Beaucoup s’interrogent au regard de la crise financière internationale, si la finance islamique ne constituerait pas une alternative au système financier international actuellement en place et qui a montré toutes ses limites.
La finance islamique bannit les opérations relevant de la sphère spéculative pour ne s’intéresser qu’à l’économie réelle. Cette position fait qu’aujourd’hui le système financier islamique échappe à la crise financière, parce qu’il est précisément en dehors de la bulle spéculative. C’est ce fondement de la finance islamique qui fait en sorte que les transactions se déroulent dans la sphère réelle et non dans des transactions spéculatives, cela épargne le système de crises éventuelles.
Favoriser la création de richesses
La finance islamique entend contribuer à la création de richesses pour favoriser le développement économique et social. C’est un créneau qui rencontre de plus en plus d’adeptes dans le monde financier. Le système financier islamique génère aujourd’hui des fonds à hauteur de 700 milliards de dollars pour 2007, et en prévision 1.000 milliards de dollars pour 2010. Les intervenants sont d’accords pour reconnaître que le système doit avoir une large adhésion des banques non islamiques, mais aussi des particuliers pour s’implanter réellement, sinon, rappelle M. Zoubeir Ben Tardeyet, on restera dans une niche. M. Nacer Hidem relève, pour sa part, que la finance islamique peut apporter beaucoup dans les économies des pays musulmans. Il rappelle que les fonds souverains des pays du Golfe peuvent redéfinir la problématique de l’investissement en trouvant à s’employer dans les pays musulmans. La finance islamique, selon l’orateur, peut sur le plan des fondements apporter des alternatives crédibles et de nouvelles règles de fonctionnement aux marchés financiers internationaux.
Dans la finance islamique, il est beaucoup question de responsabilité et de solidarité.
Les intervenants reconnaissent que beaucoup de pays musulmans sont bien ancrés dans la finance conventionnelle et il y a donc tout naturellement à changer tout un système. C’est une opération d’une extrême complexité. Dans beaucoup de pays musulmans, voire occidentaux, il n’y a pas de produits financiers et bancaires répondant aux principes de la charia, mais on rencontre beaucoup plus des produits alternatifs. Les intervenants pensent, en réponse aux nombreuses questions posées par l’auditoire, qu’il y a des effets psychologiques à dissiper, car ils constituent un frein important au développement de la finance islamique. Ils pensent que l’idéal serait de créer une spécialisation dans le domaine pour permettre l’éclosion de compétences. Il faut donc investir dans l’enseignement supérieur et les grandes écoles. Il faut fournir à la finance islamique l’ancrage nécessaire, affirment les mêmes intervenants. La promotion de compétences humaines est un volet important dans ce cadre-là. Sans ces ressources humaines, la finance islamique ne pourra connaître de développement. La finance islamique a besoin pour sa promotion d’un marché, d’une demande. M. Nacer Hidem fait remarquer qu’il existe une clientèle potentielle. On remarque que beaucoup de gens aisés, qui ont besoin d’investir, peuvent obtenir des prêts auprès de n’importe quelle banque de type conventionnel, mais répugnent à le faire, car ces formes ne répondent pas à leurs convictions.
Ils sont donc à la recherche d’autres alternatives que peut leur offrir la finance islamique.
La dimension culturelle est importante
La dimension culturelle devient dans ce cas extrêmement importante. Il y a des segments de la population qui ont beaucoup d’appréhension vis-à-vis du système conventionnel. Les banques islamiques peuvent ainsi focaliser leur attention sur ces segments de la population. Selon le représentant de la Banque Al Baraka, l’institution, dont il est un des responsables, a engagé des partenariats, notamment avec un partenaire suisse, la Fides, qui a une représentation en Algérie. Cette société de services financiers est spécialisée dans la micro-finance. Ce projet Al Baraka-Fides va démarrer dans la région de Ghardaïa, d’ici à la fin novembre.
La société de services financiers offrira des financements islamiques adaptés aux entreprises de très petite taille. L’étude des dossiers de financement et le suivi des clients sera assuré par Fides. Il s’agit de formules de financement assez souples qui peuvent être pour l’occasion une lutte contre le commerce de l’informel.
Le PDG de Isla Invest et le directeur d’Al Baraka attestent du travail qui reste à faire pour que le système de la finance islamique puisse s’implanter dans des conditions favorables. L’environnement est encore difficile, reconnaissent-ils. Pour M. Zoubeir Tardeyet, Isla Invest et les experts et spécialistes qu’elle a mobilisés sont là pour susciter une réflexion, proposer des partenariats éventuellement avec des banques. On reste pour la finance islamique dans des proportions modestes, est-il noté, avec moins de 2 % de la finance internationale. La finance islamique doit garder son caractère éthique, favoriser des actions sociales et de développement, servir l’économie réelle et favoriser la lutte contre les formes multiples de pauvreté.
Grâce à un certain nombre de paravents, la finance islamique a échappé à la crise financière internationale qui est le fruit de mesures spéculatives. Il est évident que nos pays ne pourront pas, par contre, pour des raisons évidentes, échapper aux effets de la crise économique.
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