Conférence de Paris sur l’Union pour la Méditerranée : Un acte majeur pour le dialogue euro-méditerranéen
En plus du président de la commission de l’UE et du SG de l’ONU : 43 chefs d’Etat et de gouvernement présents
- Le Président Bouteflika depuis hier à Paris.
- 43 Chefs d’Etat et de gouvernement présents à ce rendez-vous.
Les grandes assises de Paris pur la naissance de l’Union pour la Méditerranée semblent un événement majeur dans la poursuite du dialogue et du partenariat euro-méditerranéen. Au départ, idée spécifiquement française, l’Union de la Méditerranée est devenue par la suite Union pour la Méditerranée. C’était une réorientation pour le projet et sa prise en charge à un niveau européen. On a appelé cela la refondation du processus de Barcelone impliquant les 27 pays membres de l’Union européenne et les 17 pays de la rive sud.
Changement dans la sémantique donc, mais changement aussi de stratégie. L’Union pour la Méditerranée sera un partenariat fondé sur des principes d’égalité entre les deux ensembles adossés à d’étroites solidarités. Le tout est que Européens comme pays de la rive sud parviennent à harmoniser ces objectifs et les méthodes d’action pour parvenir à leur concrétisation. Beaucoup d’espoirs sont formulés. De nombreuses attentes sont là, mais aussi des appréhensions, car nombreux sont ceux qui restent prisonniers des échecs répétés du processus de Barcelone, et s’interrogent sur l’efficacité de la nouvelle politique mise en place et qui devrait être confirmée durant la grande réunion d’aujourd’hui à Paris.
La tendance qui prévaut est bien de s’appuyer sur les acquis de Barcelone et de se prémunir contre ce qu’il a amoncelé comme échecs. Les discussions promettent d’être extrêmement vives avant que les accords néanmoins attendus n’apparaissent. L’Algérie a marqué sa disponibilité à adhérer au nouveau processus après mûre réflexion et une concertation à haut niveau avec le pays qui reste malgré tout le grand ordonnateur ou, à tout le moins, l’inspirateur du projet.
Le Président de la République présent à cette grande rencontre défendra la ligne de front qui est celle de l’Algérie. Notre pays fonde le partenariat sur un pied d’égalité, des obligations et responsabilités clairement annoncées de part et d’autre. L’accord qui a pu être trouvé pour que la conférence de Paris se tienne dans les rendez-vous préalablement fixés est une victoire considérée comme importante par tous ceux qui fondent beaucoup d’espoirs sur la suite des événements. La stratégie qui pourrait être adoptée sera forcément le résultat de compromis s’avérant toujours laborieux. C’est la nature même de ces grands rassemblements d'être toujours porteurs de longues et difficiles négociations.
Concrètement, les grandes questions qui restent posées, c’est bien de savoir si à travers un tel projet qui est celui de l’Union pour la Méditerranée, les grandes préoccupations qui sont celles des pays de la rive sud sont à même d’être prises en charge. Si les pays du Nord ont la volonté de dépasser leur égoïsme toujours vivace pour se projeter dans un avenir où les concepts de paix, de développement, de sécurité et de solidarité peuvent supplanter les situations d’immobilisme jusque-là persistantes.
Les pays du Nord clament leur bonne foi. Ils attestent de leur volonté de ne plus s'ériger en tuteurs forts de leurs capacités économiques et financières, de leur technologie. L’Union pour la Méditerranée semble avoir opté pour la prudence, mais aussi pour la modestie. Les grandes déclamations nées de Barcelone semblent avoir vécues. C’est sous le prisme du pragmatisme que les choses devraient se concevoir à l’avenir. Ce pragmatisme portera sur la concrétisation de projets préalablement identifiés et évalués. Les sources de financement seront diversifiées et ne devraient pas appartenir aux seuls fonds européens. Le recours à des financements internationaux est envisagé. C’est à un mariage heureux entre le processus de Barcelone, la politique de bon voisinage et l’Union pour la Méditerranée que les choses sont envisagées. Pas de grandes remises en cause donc, mais le souci de faire preuve d’un réalisme qui a marqué jusqu’à présent.
C’est là, semble-t-il, le message envoyé à l’ensemble des pays participants par les organisateurs. L’Union pour la Méditerranée semble avoir pris le parti de n’être pas exclusive de l’initiative d’un pays ou d’un autre. De ce point de vue, le gouvernement français a dû très vite revoir ses ambitions à la baisse et de s’aligner sur une ligne de crête qui laisse l’Union européenne et les pays de la rive sud dans un face à face qui prenne en compte les préoccupations des uns, leur capacité à être porteurs d’initiatives et la volonté des autres à se poser comme de véritables partenaires et non en tant que donneurs d’ordre.
La parfaite égalité et la solidarité qui figurent toutes deux dans l’essence même du projet n’auront de chance de pointer que si les mentalités évoluent, que les préjugés laissent place à la compréhension de l’autre, de ses problèmes et de sa volonté à contribuer à les résoudre au travers d’un accompagnement de ceux qui ont puissance de l’argent et rayonnement de la technologie.
Le processus de Barcelone a failli sur ces points-là. Il a surtout failli en ne se portant pas en partenaire de la paix et du développement.
C’est pour cela que l’initiative appelée Union pour la Méditerranée a souffert d’un scepticisme longtemps affiché par les uns et les autres.
Tout le monde a pu craindre à un certain moment qu’il s’agissait d’une initiative de plus, avant que les choses n’évoluent dans un sens plus positif.
En clair, ce qui est demandé à l’UPM et à ses promoteurs, c’est d’impulser une véritable dynamique de la paix, une démarche réaliste pour le développement qui ne s’arrête pas à de grandes et ennuyeuses déclarations, mais porte à échéances régulières, sur un véritable co-développement.
La sincérité dans les actes devrait s’entrevoir dans des délais plus ou moins rapides. Ce qui est sûr, c’est que la phase de démarrage devrait très certainement être décisive.
L’Algérie portera en tout cas une attention particulière d’abord à ce qui sera dit et fait à Paris, mais bien sûr dans le lancement réel du projet.
Pour avoir été particulièrement critique sur les insuffisances et les incohérences générées par le processus de Barcelone auquel comme tous les autres pays, elle avait fondé beaucoup d’espoirs, l’Algérie est fondé aujourd’hui à marquer son action d’un devoir de vigilance, cela n’exclut nullement un préjugé favorable qui semble déjà accordé par les responsables algériens, qui serait au vu de l’évaluation de la situation quelque chose de largement partagé.
Dans tous les cas, les pays de la rive sud ont d’ores et déjà marqué leur disponibilité, un esprit d’ouverture, le tout devant être conforté par le partenaire d’en face acquis à de nouveaux comportements, de nouvelles attitudes, une propension à considérer l’autres comme un réel partenaire avec qui il est impérieux de partager l’essentiel des responsabilités.
Ce qui est sûr, c’est que la conférence de Paris semble s’ouvrir sous de nouveaux auspices. Il y a une volonté commune de surmonter les obstacles qui se dressent.
L’insistance sur des notions aussi sensibles que celles qui font référence à la solidarité, au co-développement, tout cela prouve que les choses commencent à bouger concrètement.
C’est une évolution qui conforte nos pays dans leurs traditionnelles revendications, pour avoir cherché à se constituer en véritable forteresse. L’Europe des 27 a suscité inquiétudes et parfois même relents d’hostilité, rigidité de la part de ceux qui projetaient leur politique dans le sens partenarial.
Les déséquilibres n’ont cessé de s’élargir créant ainsi frustrations et désapprobations, incompréhensions aussi. Paris a la lourde charge aujourd’hui de dégager la voie, de rétablir une confiance largement érodée devant l’usure du temps autant que devant les dérobades et les manquements aux engagements pris.
La besogne aurait pu paraître hors de proportions face aux dégâts largement apparents. Il se trouve que dans la concrétisation du projet d’Union pour la Méditerranée, il existe d’un bord comme dans l’autre, des hommes de bonne volonté, des hommes politiques et des intellectuels qui prennent aujourd’hui ce risque calculé de sortir un partenariat, qui promettait beaucoup à son origine, de l’ornière, voire d’un immobilisme dans lequel l’ont figé autant la conjoncture que des politiques d’exclusion qui ont été érigés comme dogmes.
Il revient aux participants de la rencontre qui s’ouvre aujourd’hui d’ouvrir de nouvelles perspectives et de se projeter dans un avenir qui pourrait être meilleur, si la volonté était au bout de l’effort commun.
Tahar Mohamed Al Anouar
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